ÉCOLOGIE & SOCIÉTÉ
LE PAPE FRANÇOIS
LANCEUR D'ALERTE

Le pape lance l'alerte au sujet de l'écologie et de la société

Préservation de la planète, de la vie et justice sociale, l'Église catholique là où on ne l'attend pas : à la pointe du combat avec l'encyclique du pape François sur l'écologie intégrale et humaine.

Sommaire de la page

  • La terre n'est pourtant qu'un grain de poussière suspendu dans un rayon de lumière

  • Opinions d'astronautes : frontières et nationalités abolies

  • La position avant-gardiste de l'Église

    • L'évolution du message écologique des papes

    • Qu'est-ce qu'une encyclique

    • Le thème de l'encyclique Laudato Si

    • Table des matières de Laudato Si

    • Télécharger Laudato Si en français

    • Extraits de Laudato Si

      • 5 choses à retenir

      • 3 choses nouvelles

      • 4 préoccupations

      • 5 éléments surprenants

    • Résumé de l'encyclique Laudato Si

  • Jésus était-il écolo ?

  • Le salut des animaux

Les écologistes et les personnes plutôt à gauche ne soupçonnent pas qu'ils ont un allié de poids : le pape François. Dans une encyclique nommée Laudato Si, le chef de l'Église catholique s'est montré quasiment révolutionnaire en étrillant le capitalisme sauvage, rouleau-compresseur destructeur de la Vie. François ne prend pas de gants pour argumenter en faveur de plus de justice sociale et d'une préservation urgente de la Création... Dans la droite ligne du message du Christ.

Pourtant, la Terre n'est qu'un grain de poussière
suspendu dans un rayon de lumière

Blue dot petit point blanc de la terre dans l'espace

Un grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil
 
Un point bleu pâle (Pale Blue Dot en anglais) est une célèbre photographie de la planète Terre prise par la sonde Voyager 1 en 1990 à une distance de 6,4 milliards de kilomètres, ce qui en a fait la photographie la plus lointaine jamais prise pendant 27 ans (jusqu'à ce que New Horizons réalise des images en décembre 2017). Elle a été baptisée selon le titre d'un livre inspiré par cette photo écrit en 1994 par
Carl Sagan. Voyager 1 est actuellement l'artefact humain le plus
éloigné de notre planète.

Terre vue de l'espace
Coucher de soleil à la plage

Opinions d'astronautes : frontières et nationalités abolies

Couverture du livre Clair de terre

Dans un magnifique livre, 

Clairs de Terre,

publié en 1994 chez Bordas, les astronautes de plusieurs nationalités ayant participé à la mission Apollo 15 en 1971 se sont exprimés. Déjà, ils disaient à quel point cet écrin était à préserver absolument. L'un d'entre eux, l'Américain, James Irwin, est depuis décédé. Quelques extraits :

Citation astronaute Your Glazkov en russe
citation-astronaute-youri-glazkov-francais.jpg
Citation astronaute Youri Artyoukhine
Citation astronaute Sigmund Jahn
Citation astronaute Boris Volynov
Citation astronaute Valery Ryoumine
Citation astronaute Rodofo Neri Vela.jpg
Citation astronaute Oleg Atkov
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Citation astronaute Taylor Wang
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Citation astronaute Rakesh Sharma
citation astronaute Edgar Mitchell
Citation astronaute John David Bartoe
Citation astronaute Vladimir Kovalyomok
Citation astronaute Sultan  Ben Salman Al Saoud
Citation astronaute Alexei Leonov
Citation astronaute Donald Williams
Rouge-gorge sur une branche

La position avant-gardiste de l'Église sur l'écologie intégrale

Planisphère colorée

Audacieuse, sans complaisance et presque révolutionnaire, Laudato Si

a été écrite par le pape François en 2015. Elle s'adresse à toute l’humanité.

L’évolution du message écologique des papes

Qu’est-ce qu’une encyclique ?

– Paul VI: Le développement aide à nourrir les pauvres, mais afin de produire des fruits durables, il doit respecter les lois de la nature.

– Jean Paul II: Quand la dégradation environnementale affecte les pauvres, elle doit être arrêtée.

– Benoit XVI: Nous devons protéger l’environnement naturel, parce que Dieu l’a créé avec un ordre précis. (le « pape vert »)

– François: Sauvegardez notre maison commune et vivez fraternellement avec les créatures.

C’est un enseignement sur un enjeu contemporain.

Le 18 juin 2015, le pape François a publié cette première encyclique sur l’écologie.

Ce n’est pas par hasard que l’Église s'est fait entendre quelques mois avant la rencontre des chefs d’états à Paris (COP21) pour adopter le prochain traité international qui permettra de réduire l’impact des changements climatiques.

Le thème de Laudato Si

Table des matières
de Laudato Si

L'encyclique Laudato Si a pour thème la sauvegarde de la "maison commune".  Elle constitue une attaque virulente contre le capitalisme, son éthique utilitariste et sa priorité donnée au progrès technologique et au consumérisme, réducteurs de liberté.
C'est un document social et environnemental. Le pape adopte la position des environnementalistes. Il s'y montre en faveur du développement durable et des actions climatiques basées sur le principe de précaution et sur celui de la responsabilité commune. C'est pourtant un document religieux et éthique ! Le pape nous enjoint à changer nos relations de domination entre nous, mais aussi avec la nature. Il rappelle la priorité à donner aux plus pauvres. La solution passe par l’éducation, par une conversion spirituelle et culturelle, à la fois individuelle et communautaire. Il faut abandonner le consumérisme pour la sobriété, la culture de la domination de l’autre et de la nature au bénéfice de la fraternité avec l’un et l’autre. 

Introduction : (paroles des papes et l’exemple de saint François d’Assise)

Premier chapitre - Ce qui se passe dans notre maison (un regard scientifique)

Deuxième chapitre - L'Évangile de la création (un regard biblique)

Troisième chapitre - La racine humaine de la crise écologique (un regard éthique)

Quatrième chapitre - Une écologie intégrale (recherche du bien commun)

Cinquième chapitre -Quelques lignes d'orientation et d'action (un regard politique et social)

Sixième chapitre - Éducation et spiritualité écologiques (un regard spirituel à transmettre)

En conclusion
Prière pour notre terre  (pour tous les croyants)
Prière chrétienne avec la création

Téléchager
Laudato Si

Croix arbre sur ciel bleu nuage

Extraits de Laudato Si

Feuille morte avec cœur découpé

5 choses à retenir

– « Loué sois-tu, mon Seigneur ». La Louange et la gratitude envers Dieu sont la clé de laconversion écologique, qui consiste à aimer notre monde et à en prendre soin. Saint François d’Assise est un modèle à suivre et son Cantique des créatures, dont est tiré le titre  Laudato Si', est une louange pour la beauté et la bonté de la Création. (1, 11, 72, 87, 91, 238, 245)

– Notre maison commune. C’est l’expression privilégiée du texte pour parler de l’environnement, de la planète Terre. Ainsi, on évite de la diviniser (déesse Gaia) ou de la banaliser (ressources à exploiter). La Terre est le lieu où la famille humaine et toutes les créatures habitent, et aussi le lieu par lequel Dieu pourvoit à leurs besoins. Le respect de la maison commune assure un avenir durable. (1, 3, 13, 17, 21, 53, 61, 155, 164, 232, 243)

– Tout est lié. Les créatures, incluant les personnes humaines, sont liées entre-elles pour former des systèmes, qui sont reliés entre-eux. Cela rappelle la responsabilité de nos choix de consommation. Cette interdépendance est aussi une invitation à la fraternité universelle. (16, 70, 91, 92, 117, 120, 138, 142, 240)

– Cri de la terre, cri des pauvres. La dégradation environnementale affecte plus fortement les pauvres (qui ne peuvent pas s’adapter). Lorsqu’on étudie les causes de la pauvreté, il se cache souvent un système injuste de distribution des richesses et c’est ce même système qui dégrade l’environnement. Les pauvres et la terre se retrouvent sans voix. (2, 70, 117, 139)

– Le changement est possible. Devant l’ampleur de la crise écologique, devant le pouvoir oppressant qui détruit la nature, certains se découragent. Le pape nous encourage en rappelant que chaque geste fait une différence et que chaque voix prophétique s’additionne aux autres pour apporter du changement. (13, 17, 163, 202, 208, 211, 217, 219)

Oiseau mur croix arrière-plan

3 choses nouvelles

– Aimer la Création et les créatures. Le pape ne demande pas seulement de « faire attention », pas seulement de « respecter », mais d’aimer les créatures et de vivre fraternellement avec elles, en communion avec elles comme l’a vécu saint François d’Assise. Jésus a dit que le Père prend soin de chaque créature. Ainsi, l’amour pour la Création fait partie de notre foi.   (4, 56, 179, 211, 213, 240)

– L’humain ne possède pas la Terre, Dieu en est le propriétaire. Notre société de surconsommation encourage la possession, mais le seul propriétaire est Dieu. Si nous « possédons » du terrain, c’est seulement dans le but de le gérer pour le bien commun. (67, 77, 83)

– La fin ultime des autres créatures, ce n’est pas nous. Autrement dit, la Création n’a pas été créé pour nous, mais elles ont été créées par Dieu et pour Dieu. (83)

Arc-en-ciel sur lac roseau, lumière dorée

4 préoccupations

– Exploitation des combustibles fossiles. « Nous savons que la technologie reposant sur les combustibles fossiles très polluants – surtout le charbon, mais aussi le pétrole et, dans une moindre mesure, le gaz – a besoin d’être remplacée, progressivement et sans retard. » (165)

– L’extraction minière. « Il y a, en effet, une vraie “ dette écologique ”, particulièrement entre le Nord et le Sud, liée à des déséquilibres commerciaux, avec des conséquences dans le domaine écologique, et liée aussi à l’utilisation disproportionnée des ressources naturelles, historiquement pratiquée par certains pays. » (51)

– Relations avec les Premières Nations. « Dans ce sens, il est indispensable d’accorder une attention spéciale aux communautés aborigènes et à leurs traditions culturelles. Elles ne constituent pas une simple minorité parmi d’autres, mais elles doivent devenir les principaux interlocuteurs, surtout lorsqu’on développe les grands projets qui affectent leurs espaces. » (146)

– Ralentir la croissance. « Nous devons nous convaincre que ralentir un rythme déterminé de production et de consommation peut donner lieu à d’autres formes de progrès et de développement. » (191)

Moines orthodoxes

5 éléments surprenants

– Dialogue avec la science. Un chapitre complet présente les consensus scientifiques qui sont la base d’une éthique de responsabilité face à l’environnement. C’est assez révolutionnaire, surtout quand on compare comment Galillée et Darwin ont été traités par l’Église.  (15 et chap. 1)

– Dialogue oecuménique. Dans l’introduction, trois paragraphes citent le patriarche de Constantinople, de l’Église orthodoxe « avec qui nous partageons l’espérance de la pleine communion ecclésiale ». À quelques reprises, le pape invite les Églises, les autres religions et les non croyants à dialoguer afin de sauvegarder notre maison commune. (7, 8, 9)

– Remerciement aux écologistes. Le pape remercie personnellement ceux qui s’engagent à préserver l’environnement et il souligne de travail du mouvement écologique mondial, le qualifiant de « digne d’appréciation ». (13, 14, 108, 169, 209)

– Citation de la Charte de la Terre. Il est très rare de trouver des citations qui proviennent d’une autre source que les institutions ecclésiales. Cette ouverture est signe d’une volonté de collaborer avec toutes les personnes de bonne volonté. (207)

– Citation d’un musulman. En présentant la spiritualité mystique, le pape invite à trouver Dieu en toutes choses, en citant saint Bonaventure. Mais dans la note de bas de page, il cite également Ali al-Khawwaç, un musulman soufi. (233)

Cette compilation fut préparée par M. Norman Lévesque, théologien et environnementaliste.

Source : www.eglisesvertes.ca

Points saillants de l'encyclique

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Résumé encyclique Laudato Si page 1
Résumé encyclique Laudato Si page 2

Jésus était-il écolo ?

« Si Jésus était né au XXIe siècle, est-ce qu'il aurait pris son bâton de pèlerin pour militer contre le réchauffement climatique comme Greta Thunberg ? La question semble étrange. Pour tenter d'y répondre, nous devons interroger le rapport de Jésus avec la nature. Nous analyserons la façon dont Jésus parle de la nature et ce que cela révèle de sa relation avec elle. Nous verrons ensuite que cette relation unique de Jésus avec la nature s'exprime aussi dans ses habitudes de vie, ses gestes et ses choix.

 

Tout d'abord, la nature a une place importante dans l'enseignement de Jésus. Nous savons qu'il enseignait en paraboles et souvent Jésus emprunte des éléments de la nature qui deviennent des enseignements pour ses auditeurs. Pensez à la semence qui grandit pour devenir un grand arbre, à la vigne, au lys des champs, au grain de blé qui meurt pour donner l'épi, etc... De même, Jésus cite de nombreux animaux : colombes, loups, serpents, passereaux, brebis, renards, poissons, ânes, petits chiens, cochons, scorpions, vautours, chameaux, bœufs, coqs, mites et vers. Et, même, Jésus se compare à une poule qui rassemble ses poussins et à la vigne. Au minimum, on peut dire que Jésus est un fin observateur de la nature et qu'elle est très présente dans son esprit.

 

Mais n'est-ce pas bien plus que cela ? Arrêtons-nous un instant sur un passage éclairant le rapport de Jésus à la nature : « Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » Vous avez bien entendu, Jésus justifie l'un de ses enseignement les plus fondamentaux ‒ l'amour des ennemis ‒ non sur la loi de Moïse, ni sur la Genèse, ni même d'ailleurs sur les écritures, non il fonde cet enseignement directement sur la Création. Mais une Création venant du Père, voulue par le Père. Ainsi pour Jésus, si le Père donne son soleil et sa pluie aux bons comme aux méchants, c'est donc qu'il les aime et que nous devons en faire autant. Pour Jésus, le Père est présent derrière chaque élément de la Création. Nous retrouvons clairement cette même vision de Jésus sur la nature dans une autre de ses paroles : « Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. » Pour Jésus, c'est le Père qui nourrit les oiseaux du ciel, qui leur donne chaque jour ce dont ils ont besoin. Bien sûr, ensuite, Jésus dira que ses disciples sont encore plus précieux que les oiseaux aux yeux du Père mais cela n'empêche, le Père est là présent dans sa Création, à travers sa Création, pour donner à ses créatures ce dont elles ont besoin. La nature est donc pour Jésus comme une parabole riche d'enseignement, un enseignement primordial presque plus important que les écritures et, par ailleurs, elle fait l'objet d'une attention aimante de tous les instants de la part du Père.

Croix bois dans forêt contre arbre coupé

Et nous pouvons sans difficulté imaginer cette même attention de Jésus pour la nature. L'évangéliste Marc, dans l'épisode des tentations au désert, suggère cette relation harmonieuse retrouvée entre Jésus et la nature sauvage. Jésus résiste aux tentations et la nature perd son hostilité : « Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. » Les lecteurs attentifs des Evangiles que vous êtes remarqueront également que Jésus enseigne dans les synagogues, mais il ne prie pas dans les synagogues. Il prie dans la nature. Elle est le cadre choisi par Jésus pour ses moments d'intimité avec son Père, que nous appelons prière. Et même quand il est dans la ville de Jérusalem, l'évangéliste Jean nous rapporte que Jésus avait l'habitude de se réunir avec ses disciples au jardin de Gethsémani. C'est là qu'il priera son Père avec intensité juste avant son arrestation.

 

Un dernier fait surprend de la part de Jésus et illustre une nouvelle fois sa sensibilité vis-à-vis du monde animal. A l'époque de Jésus on pratiquait de nombreux sacrifices rituels d'animaux au temple de Jérusalem. Or, les Evangiles ne nous rapportent aucun sacrifice d'animaux que Jésus aurait fait, alors que ses parents, par exemple, ont offert deux tourterelles après sa naissance. Au contraire, Jésus prend ses distances avec cette pratique et même chasse du temple ceux qui vendaient les animaux pour les sacrifices. Jésus choisira pour son mémorial du pain et du vin qui viennent du monde végétal alors qu'on aurait pu s'attendre à ce qu'il reprenne le mémorial juif : l'agneau immolé. Jésus a probablement mangé de la viande durant sa vie terrestre, mais il n'a pas fait de ce type de repas son mémorial.

 

En conclusion, Jésus se trouve dans la nature comme dans un jardin créé par le Père et dont le Père prend soin. Et ce jardin EST aussi Parole de Dieu à lire exactement comme la Bible. Ainsi, face à la nature, Jésus est émerveillé et infiniment respectueux. Elle fait partie de lui, il est d'ailleurs né dans une mangeoire pour animaux. Plus que cela, la nature est un moyen d'entrer en relation avec son Père. Bien sûr, nous ne savons pas si Jésus aurait été militant écologiste aujourd'hui. La question n'a pas de sens. Mais son émerveillement devant la nature, son respect et sa relation avec elle rejoint l'enseignement de nombreux écologistes aujourd'hui. »

Frère Benoît Ente

Dominicain à Lille

écureuil
Vitrail arche de Noé

Le salut des animaux

« Les personnes sensibles aux fragilités de notre vie et aux catastrophes diverses qui nous environnent, se posent immanquablement la question de la destinée de notre monde. Cependant, cette destinée, au regard du plan de Dieu depuis la Création, semble se résumer à une destinée commune à toute la création, en commençant par la commune destinée des hommes et des animaux.

 

Depuis les commencements, dans la Bible et plus lointain que la Bible, la destinée de l’humanité et des animaux semble être un projet unique dans le plan de salut de Dieu. Les textes fondateurs de la Bible et même de notre humanité semblent le confirmer.

 

Dans le récit de la Genèse il est intéressant de constater que la corruption de l’humanité provoque la colère de Dieu non pas seulement contre l’humanité méchante, mais aussi contre les animaux et les oiseaux. Dieu décide donc de détruire son œuvre tout entier à l’exception de Noé, un homme juste qui avait trouvé grâce aux yeux de Dieu (Gn 6, 5-12). Pour réaliser ce projet, il demande à Noé de construire une arche dans laquelle seront préservés Noé, sa famille, mais aussi sept paires (mâle et femelle) de chaque espèce d’animaux purs, une paire de chaque espèce d’animaux impurs et sept couples d’oiseaux de toutes les espèces (Gn 7, 1-5).

 

Drôle et même intrigante justice de Dieu. L’homme est méchant et Dieu décide de le punir. Mais il n’est pas puni tout seul. Avec lui sont punis les animaux et les oiseaux. De même, un seul homme plaît à Dieu, il le sauve avec sa famille, les oiseaux et les animaux aussi bien purs que impurs. Il y a certainement là un message et une réponse qui concernent la destinée commune de notre monde. Il y a même une interpellation à prendre conscience de la force de destruction massive des choix de l’homme. Il y a une responsabilité de ce dernier dans la pérennité de notre monde. Les erreurs de l’humanité ont aussi une conséquence sur les animaux et l’ensemble de la création.

 

Dans l’arche pendant près de soixante jours, on peut imaginer, comme le montrent les films sur le Déluge, comment les fils et belles-filles de Noé ont dû s’occuper des animaux pour les garder en vie. Et aussi, ces animaux ont assurément permis de produire pour l’homme ce qui est nécessaire pour sa nutrition. Il y a comme une complémentarité entre les hommes et les animaux. Il y a comme un projet divin harmonieux d’interdépendance qui suggère une conscience à l’auto-préservation dans la responsabilisation de l’homme en ce qui concerne la protection des animaux et des êtres vivants en général.

 

Plus loin dans le récit du Déluge (Gn 8, 6-12), cette destinée commune se vérifie. D’abord le corbeau et ensuite la colombe vont être pour Noé et sa famille des éclaireurs. Grâce à eux, Noé et les siens connaîtront que la fin du déluge est proche. Ces autres êtres, créés à côté de l’homme, peuvent être pour lui une unité de mesure dans les choix de développement qu’il opère. Leur disparition est le signe du déséquilibre que peut entraîner le mauvais usage des biens de la création.

 

Désormais, la mission de l’homme se résume à veiller à la conservation de l’espèce créée et à assurer sa prospérité avec toute la tendresse et la prudence que cela requiert : « …qu’ils pullulent sur la terre, qu’ils soient féconds et se multiplient sur la terre » (Gn 8, 15-19). Le dénouement heureux de ce récit se fait certainement à cette condition, Dieu est résolu à ne plus détruire la terre (Gn 9, 12-17). L’arc-en-ciel du récit du Déluge, est le signe de l’alliance noué entre Dieu et l’homme pour que la Création tout entière soit sauvée.

 

La fin de l’Evangile de Marc signale en effet ce désir immense de Dieu de sauver non pas seulement l’humanité, mais toute la Création. C’est pourquoi la dernière injonction de Jésus ressuscité à l’endroit de ses disciples, lorsqu’il les envoya proclamer la Bonne Nouvelle, précise que c’est en direction de toute la Création (Mc 16, 15). Une destinée commune des hommes et des animaux est sans doute le projet de Dieu, car il envisage pour lui un royaume où ses disciples vivent harmonieusement avec les animaux, mêmes les plus féroces (Mc 16, 18a. 19-20). La fragilité de la Création exige d’elle une interdépendance harmonieuse et selon l’ordre du Créateur, qui invite au respect de chacune des créatures (Rm 8, 20-39).

 

Il est donc évident qu’une solidarité des êtres vivants s’impose pour permettre au monde nouveau de se construire et d’être harmonieusement pérennisé. »

 

« Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon. » (Gn 1, 31a).

Frère Bernard Didier NTAMAK SONGUE

Frère Didier est au couvent de l'Annonciation, à Paris. Il est bibliste et a une expérience riche en pastorale des jeunes : il a été l'aumônier de l'université de Douala (Cameroun).

Sur le sujet des animaux, ce qu'ils deviennent après leur mort, et si nous les reverrons un jour, lire sur la page Que se passe-t-il au moment de la mort ?, la partie consacrée aux animaux.