BELLE POÉSIE CHRÉTIENNE

Oiseau dans ciel pastel, belle poésie chrétienne
IHS sculpté dans croix en pierre

À la brise du soir

Le jardin d’Eden

 

A la brise du soir je descendais chez vous

Et je me promenais parmi l’ombre limpide

Qui se penche aux rochers de la source rapide

Et qui palpite au fond des sous-bois lents et doux.

Je guettais votre pas au galbe du chemin,

Vous veniez près de moi sans crainte, et ma tendresse

Vous habillait de ciel, de grâce et de noblesse,

Et nous étions ensemble au souffle du jardin.

 

La chute première

 

A la brise du soir je vous ai tant cherchés

Et j’ai tant parcouru la terre désolée

Que je vous ai trouvés, tremblants sous la ramée

Où, pressés par la peur, vous vous étiez cachés.

Alors je vous ai vus, affligés, seuls et nus,

Lassés de tout, déjà, des frondaisons tranquilles

Et des prairies parées de pétales fragiles,

Car au jardin blessé les arbres s’étaient tus.

 

Gethsemani

 

A la brise du soir les oliviers sont las,

Et le sol a trop bu ma sueur et mes larmes,

Quand s’approche, confus, le sombre éclat des armes

Et que je reconnais dans ce chaos ton pas.

Il suffit d’un baiser pour trahir un ami

Et de trente deniers pour sceller sur ta tête

Les ténèbres sans fin que nul remords n’arrête,

Toi qui m’avais suivi, toi que j’avais choisi.

 

Le chemin d’Emmaüs

           

A la brise du soir je me suis approché,

Tandis que vous alliez, pesants de lassitude,

Et que le jour baissait, déjà lourd d’hébétude.

Je vous ai écoutés, avec vous j’ai marché,

Et je vous ai ouvert le trésor d’un savoir

Qui vous a enflammés d’une joie éternelle

Et qui vous a poussés, porteurs de la Nouvelle …

- L’aurore était déjà dans la brise du soir !

Colette

Novembre 2016

Sainte Bible ouverte devant croix rayon lumière

Ainsi dans le silence …

Comme l'herbe mendie

L'averse que l'été

Semble avoir endormie

En son jardin fermé,

Ainsi dans le silence

Mon âme est un appel

Qui vibre et qui s'élance

Vers Toi, Dieu éternel.

 

 

Comme la feuille éclose

Sous l'aile du matin

S'envole et se repose

Au galbe du chemin,

Ainsi dans le silence,

Au pas de chaque jour,

Mon âme est une danse

Devant Toi, Dieu d'amour.

 

 

Comme la branche espère,

Quand l'ombre vient s'asseoir,

La brise plus légère

Que murmure le soir,

Ainsi dans le silence

Mon âme se fait chant,

Couleurs et transparence

Sous tes doigts, Dieu vivant.

Colette

Fin juin 2019

Dune désert ciel bleu

Au vent du désert

Au vent du désert

Où mon pas se perd,

Où tremble ma flamme,

Où brûle mon âme,

Les nuits et les jours

Sont un même cours

Qui monte du sable,

Cherchant l’Ineffable.

 

 

Celui dont la voix

Habite les bois

M’entraîne et me guide

Vers l’aube limpide

Qui dans le lointain

Frôle de sa main

Les brumes couchées

Au fond des vallées.

 

 

Au creux du rocher

Le ciel s’est caché,

Et la source pure

Devient ce murmure

Douloureux, brisé,

Cet amour moqué,

Cette heure accomplie

Bue jusqu’à la lie.

 

 

Voici qu’au jardin

L’ange du matin,

Vêtu de lumière,

A roulé la pierre …

Le vent du désert

Se fait calme et clair

Et passe, silence

Où l’infini danse …

Colette

Chabeuil – Maison Nazareth

1er – 2 avril 2019

Croix losanges rouges suspendue ciel bleu

Chant de la Sainte Russie

C'est du tréfonds de l'âme et des confins de l'être

Que monte l'onde vaste et grave de ce chant,

Tandis que sur la terre où l'aube va paraître

Se lèvent les lointains où l'infini descend.

 

Il faut marcher longtemps sous l'aile du silence

Et plonger au secret des steppes de la nuit

Avant que de franchir le porche d'où s'élance

Cette joie devant qui toute crainte s'enfuit.

 

Les cierges sont un chœur qui clame la victoire

De la vie sur la mort, de l'amour sur la peur,

La senteur de l'encens conserve la mémoire

De ceux qui ont foulé ce sol avec ferveur.

 

Les icônes posées parmi l'ombre sereine

Ouvrent d'un seul regard le ciel transfiguré,

Et les cloches lancées au galop de la plaine

Se répondent sans fin sous l'écho murmuré.

Colette

Ombrefeuille ©  -  Noël 2020

Vierge du Pilier Notre-Dame de Paris

Le dit de la Vierge du Pilier

  de Notre-Dame de Paris

Pèlerins des lointains, gens d'ici,

Vous que la pénombre de la pierre

Déposait au creux de ma prière

Jusqu'à ce jour de terreur saisi,

Jusqu'à ce soir frappé de stupeur,

Jusqu'au seuil de cette nuit terrible

Où la cathédrale insubmersible

Devint la proie d'un feu ravageur,

Soyez consolés, ne pleurez plus :

Je demeure, au-delà de l'absence,

Et je veille, en mon profond silence,

Sur vous, familiers ou inconnus.

 

J'entendais s'enfler le long brasier

Animé d'une rage démente

Qui dévorait l'auguste charpente,

Je me tenais là, près du pilier

Où souvent s'arrêtèrent vos pas,

Quand la voûte presque millénaire,

Blessée, laissa tomber jusqu'à terre

A mes pieds de rougeoyants gravats.

Se peut-il que je doive au hasard

De m'avoir épargnée, préservée ?

N'est-ce pas là la marque avérée

D'un bras puissant, d'un divin regard* ?

 

Ô vous tous qui passiez en ces lieux**,

Ouvrez-moi la tente de votre âme***,

Accordez asile à Notre-Dame****,

Porte qui s'élève dans les cieux***** !

Lors, ne craignez point le désespoir

Et ne redoutez point les tempêtes

Qui se précipitent sur vos têtes,

Nées de l'abîme putride et noir

De l'enfer. Je veille, et j'ai vaincu,

Déjà, les assauts de l'incendie,

J'ai vaincu l'insulte et l'infamie,

Et celui qui se croit invaincu …

Colette

Ombrefeuille ©  -  Février 2020 

Portail secret jardin oliviers

En quel jardin …

L’orant en extase

 

 

En quel jardin vient-il d’entrer,

Lui que le souffle du silence

Couvre de son immensité ?

 

A quelle source puise-t-il ?

En quelle bien-aimée présence

Se plonge son regard subtil ?

 

Rien ne s’est produit, pas de transe,

Pas un cri, pas même une voix,

Seulement un grand calme, intense.

 

Mais il a laissé se défaire

Au creux du vide, entre ses doigts,

Les nœuds du temps et de la terre.

 

Il a été comme ravi

A des hauteurs où, pure flamme,

Il converse avec l’infini.

 

Son corps paraît n’être plus là,

Et la joie transperce son âme

Où l’éternité point déjà.

 

A quelle lumière intangible,

A quelle source a-t-il puisé,

Pour demeurer ainsi, paisible ?

 

En quel palais, sous quelle tente,

En quel jardin est-il entré,

Pour se tenir dans cette attente ?...

Colette

9 – 11 septembre 2018

libellule bleue sur tige plante

Esquisse d'une libellule

Elle a effleuré le matin

D'un trait de son vol cristallin,

Et lumière elle est devenue.

 

Elle a laissé sur le ruisseau

Perles de brise et perles d'eau

Dont elle s'était revêtue.

 

Les ailes tissées de silence

Et de subtile transparence,

Elle palpite au chemin creux.

 

Sur la rive du temps qui passe

Elle pose un reflet fugace

Où scintille un étang ombreux.

 

Sous une feuille au large pli

Elle se choisit un abri

Plein du froufrou des fleurs sauvages.

 

Voici que le ciel se fait lourd

Et qu'un vaste grondement court,

Venu du ventre des orages.

 

Puis à la colline se penche

Le parfum galbé de la branche

Que le soleil couchant étreint.

 

Lors, effleurant les pluies d'automne

D'un vol déjà plus monotone,

Libellule s'en va, s'éteint …

Colette

Août 2019

Poteau avec nombreux fils

Harangue au "peuple"

(avec des guillemets à peuple)

Ô peuple, n'es-tu plus qu'une foule ameutée

Aux appels répétés d'artisans du chaos

Qui, trouvant leur plaisir en leurs propres échos,

Nous infligent par toi leur vaine logorrhée ?

N'as-tu donc pas mûri ? Caresses-tu encore

Le rêve de voler la gloire et le pouvoir

Sans en porter la croix ? Refuses-tu de voir

Que tu es devenu fossoyeur de l'aurore ?

Hélas ! Dans tes clameurs se lève une ère triste,

Pétrie de jalousie, de morgue, de rancœur …

Tu n'es donc plus de tête, et tu n'as plus de cœur,

Tu es coquille vide où le sable s'enkyste …

Colette

Ombrefeuille ©  -  6 juin 2020

Portrait de Jésus l'unique

Je cherche l’Unique

Je cherche l’Unique,

Le Dieu des hauteurs

Qui tissa la danse

Des astres porteurs

De sa transcendance.

 

Connais-tu l’Unique,

Le Fort, le Clément,

Le Grand, l’Immuable,

Lui, l’infiniment

Sublime, Ineffable ?

 

As-tu vu l’Unique,

Ô toi dont le pas,

Constante prière,

Chemine ici-bas,

Vêtu de lumière ?

 

Montre-moi l’Unique

Dont tu es l’ami,

La joie et le temple.

Lui qui t’a saisi,

Que je Le contemple !

 

J’ai trouvé l’Unique,

Le Doux, le Vivant,

Car Lui qu’on ne nomme

Qu’avec tremblement

A visage d’homme.

Colette

Chabeuil – Maison Nazareth

3 avril 2019 - 

Poème inspiré par la présence d’une retraitante

née dans l’Islam et venue à la foi au Christ

Nuit styx

Je vous écris des bords du Styx …

Je vous écris des bords du Styx,

Fleuve où sont enclos les enfers,

Rive où l'air est d'un noir d'onyx,

Où se pétrifient les hivers.

 

 

Il est trop tard, et s'est rompue

La brume heureuse de l'aurore.

Que ne l'ai-je, alors, entendue

Pleurer déjà, danser encore ?

 

 

Revenir, hélas, ne le puis,

Car s'est éteint sans un regard

Le flot de mes profondes nuits

Et de mes jours … Il est trop tard.

 

 

Adieu forêts, brise légère,

Il est trop tard, la feuille tombe.

Adieu baisers, ô doux mystère,

Il est trop tard … Scellez ma tombe.

 

 

Ici tremble l'éternité,

L'air n'est plus, il s'est fait onyx,

Rien ne s'émeut, tout est figé :

Je vous écris des bords du Styx …

Colette

Ombrefeuille ©  -  Janvier 2020

Inspiré par la vision de la mort au fil de l'Antiquité

Coupole Saint Pierre de Rome

Liturgie

La cloche a traversé les écharpes de brume,

Saisi d’étonnement le matin endormi,

Tinté clair sur le roc où le givre a bondi,

Incliné au torrent son roulement d’écume.

Que se dresse l’écho de la montagne entière,

Que frémisse à nouveau le souffle des forêts,

Que se gonfle l’élan des longs sentiers secrets,

Que la vallée, enfin, enfante la lumière !

 

 

Quelques cierges sont là, parmi l’ombre qui danse,

Et l’attente esquissée au bord des lampes luit,

Sous les voûtes s’éteint le voile de la nuit,

Et palpite partout le vieil or du silence.

Que s’apaise le pas, que le geste s’élève,

Qu’aux fresques recueillies s’illumine le temps,

Qu’aux icônes résonnent les cieux triomphants,

Que jaillisse le chant, que toute peur s’achève !

 

 

Le flot grave du chœur, immuable, s’avance,

Monte comme l’encens, roule comme la mer,

Couvre de son manteau toute âme et toute chair,

Murmure sourdement puis, vaste et fort, s’élance.

Que la joie se répande, invaincue, partagée,

Que la coupole soit pour tous un abri sûr,

Qu’éclate en son sommet le jour plein, vif et pur,

Car la cloche, là-bas, éveille la vallée …

Colette

Saint-Laurent-en-Royans, Guilherand-Granges,  11 – 16 novembre 2013

Croix d'eau goutte

L'oraison du silence

La nef est d'un silence

Où le jour s'est posé,

Intangible présence,

Voile à peine esquissé.

 

Sous la voûte tranquille

Où la pierre est clarté,

Le temps passe, immobile,

Tissé d'éternité.

 

Je cherche la fontaine

Et cette aube au jardin

Qui a saisi la plaine

En son élan soudain.

 

D'où vient-il que ma cruche

Ne soit que sable et vent

Et que mon pied trébuche

Aux dunes du couchant ?

 

Où es-Tu, Ineffable ?

Pourquoi te caches-Tu ?

Es-Tu inconnaissable ?

Où te retires-Tu ?

 

Mon âme court, s'agite,

Elle cueille au hasard

Une ombre qui palpite

Au détour du regard.

 

Combien fade, insipide,

Trompeur et décevant

Est cet ailleurs rapide,

Aussitôt déclinant !

 

Voici que tout s'efface

Et que tout se confond …

Au désert est ta Face,

Au désert est ton Nom.

                                                                                                                …/…

En cette source vive,

Lors, qui ne plongerait ?

Aux flots de cette rive

Qui ne s'abreuverait ?

 

Est-ce toi dans l'orage

Qui frappe le ciel nu ?

Ou bien est-ce présage

Que ce souffle ténu ?

 

Tu te tiens à ma porte,

Et c'est toi sur mon seuil,

Mais je suis feuille morte,

Ecume sur l'écueil …

 

Ouvre-moi ton silence

Que j'ai goûté trop peu,

Ouvre-moi ta présence

Et l'arche de ton feu !

Colette

Juin 2019

Pélerin seul longues étendues

Le pèlerin des longues étendues

Il porte en lui la steppe immense,

La longue marche des matins

Parmi la plaine où l’ombre danse,

La lumière des soirs lointains

Où s’endorment sous la nuée

Les pétales lourds de lenteur.

Il a goûté l’aube éveillée

Parmi les monts dont la lueur

Se déroule, encore assoupie.

Il a reçu chez lui le vent,

D’écho en heure recueillie,

Sous le flot pur du ciel puissant.

 

Il a guetté sur la colline

La mémoire du temps qui fuit,

Quand soudain la pensée s’incline

Vers l’arche proche de la nuit

Refermée sur toute chair nue ;

Car ainsi tout regard se tait,

Car ainsi toute voix s’est tue,

Et se taira ce qu’on aimait …

Dans la forêt, là-bas, prochaine,

Il a cherché l’appui rugueux

Et l’ample force enfin sereine

Des troncs loyaux, droits et noueux.

 

Il a franchi le seuil de pierre

Et le silence répandu

Depuis la coupole première.

A peine un souffle retenu,

A peine un pas, à peine un geste,

A peine un vaste calme au front,

Un rien a suffi pour que reste

Au plus secret, au plus profond

De lui cet élan immuable

De l’encens riche et transparent,

Du chœur limpide et formidable,

De l’éternel et bref instant …

 

Il a repris la longue route,

De colline en porche lointain ;

Dans le ciel profond il écoute

Le matin pur, le soir prochain,

L’instant qui meurt au lourd pétale,

La brume parmi la forêt,

Le vent qui se gonfle et s’étale

Parmi l’écho où tout se tait.

La cloche sonne, et tout commence

Là-bas, au tremblement du jour,

En elle dort la steppe immense

Où l’aube lentement accourt …

Colette

19 mars 2014

Main tendue vers la lumière de Dieu

Prière nue d'une âme de peu

Mon Dieu, tant de martyrs ont supporté l'injure

Sans se rendre jamais coupables de parjure,

Préférant la mort-même aux factices bonheurs

Que, pour les terrasser, vantaient leurs tourmenteurs.

 

Mon Dieu, tant de veilleurs, de priants et d'ascètes,

Tant de pèlerins fous, d'oblats, d'anachorètes

Ont brûlé sur l'autel de votre majesté

Cet encens de silence en leur âme apprêté.

 

Hélas, mon pied trébuche et ma lampe vacille …

Hélas, c'est de fumée que mon aile s'habille,

Alors que je voudrais en vos clartés chanter,

Jusqu'à Vous m'élever, sur vos parvis danser !

 

Je suis ce sable nu que la tempête emporte,

Je suis de cendre éteinte et de poussière morte,

Quand il faudrait saisir, dans l'ombre de la Croix,

Le regard de Celui qui périt sur le bois …

 

Il est des jours mauvais, des aurores brisées,

Des heures de néant, des vagues déchirées,

Où l'air n'est que vertige, où la rose des vents

Chavire dans l'abîme où s'effondre le temps.

 

Mon Dieu, pour cette lutte accordez-moi les armes :

Je Vous offre ma joie née du fond de mes larmes ;

De Vous je l'ai reçue, et ce que Vous donnez

A qui Vous en supplie, point ne le reprenez.

Colette

Ombrefeuille ©  -  Juillet 2020

Jésus sermon sur la montagne

Qui frappe à l’huis ?

Qui frappe à l’huis dès l’aurore ?

Qui frappe à midi encore ?

Chaque soir, qui frappe à l’huis ?

Et qui frappe, au creux des nuits ?

 

Qui s’en vient dans le silence

De la brume qui commence,

De l’ombre au fond du vallon,

D’un chemin aride et long ?

 

Est-ce le vent qui apporte

Son pas jusqu’à notre porte ?

Cet élan est-il hasard

Ou clarté de son regard ?

 

Debout sous les giboulées,

Parmi les feuilles tombées,

Sur notre seuil vieillissant,

Il se tient là, il attend.

 

Il faudrait ouvrir sur l’heure

Pour que dans notre demeure

Le repos lui soit donné,

Mais … où est cachée la clef ?

 

Nous cherchons sous la poussière,

Fouillons la maison entière,

Dérangeons tous les objets,

Froissons leurs sommeils secrets …

 

Sous notre lampe immobile,

Il vient de s’asseoir, tranquille,

Car il est l’Ami, la clef,

Le repos tant désiré.

 

Il frappe à l’huis dès l’aurore,

Il frappe à midi encore,

Chaque soir, il frappe à l’huis,

Et il frappe, au creux des nuits.

Colette

1er novembre 2018

D’après Apocalypse III – 20 :

« Voici que je me tiens à la porte, et je frappe »

Pont de bois dans forêt croix lumineuse au bout chemin

  Sur le chemin j'irai …

  - Maillet -

Sur le chemin j'irai, car l'heure y est nouvelle :

Je sais que s'y tient l'aube et que s'ouvre déjà

Le frêle tremblement d'une fleur simple et belle

Qui gardait en son pli la nuit endormie là.

 

 

Quand la brume luira des rayons du lointain,

Sur le chemin j'irai, car l'heure y est nouvelle,

Et je caresserai d'un souffle de ma main

Le clocher du vallon, le vol de l'hirondelle.

 

 

Alors se cachera l'ingénue tourterelle,

La fontaine aura mis son habit le plus beau ;

Sur le chemin j'irai, car l'heure y est nouvelle,

Je suivrai blanche plume et doux murmure d'eau.

 

 

J'aurai entre les bras tout l'azur accouru,

Des lutins et des fées dansant la tarentelle,

Puis, retrouvant la clef d'un rêve interrompu,

Sur le chemin j'irai, car l'heure y est nouvelle.

Colette

Ombrefeuille ©  -  26 mai 2020

Visage Jésus qui tend la main

Visage ineffable

J’ai gravi la montagne où le silence écrit

L’attente de la pierre et le ciel insondable,

J’ai trouvé sous le porche où la route finit

L’abri de ton regard, ô Visage ineffable.

 

 

L’ombre de la coupole est penchée sur le soir

Et le chant de l’encens, vaste et souple, s’élève.

Tu marches parmi nous, chez nous Tu viens T’asseoir,

Ton souffle veille encore où la flamme s’achève.

 

 

Tu calmes les tourments que cachent les fronts las,

Compagnon des cœurs purs, Voix qui soutient le monde,

Tu as saisi ma main, Tu as séduit mon pas,

Ô éternel Ami, ô Lumière profonde !

Colette

25 juillet 2007

Après une visite au Monastère Orthodoxe

Saint-Antoine-le-Grand

 (Saint-Laurent-en-Royans)

Homme au pied d'une croix

À ton ombre

Les rues sont de poussière et les toits sont brûlants,

Sur les seuils éblouis la touffeur arrêtée

A capturé le temps, fermé l’aube nacrée

Et fait taire l’écho des arbres haletants.

 

 

Et l’heure qui s’étire ainsi qu’un lent soupir

N’a qu’un désir : s’asseoir dans l’ombre transparente

De la vieille fontaine où la pierre nue chante,

S’asseoir, s’abandonner, à l’ombre s’assoupir …

 

 

Comme elle je voudrais, ô éternel Ami,

Déposer à tes pieds mon feu d’impatience,

Car ton ombre est chemin, car ton ombre est silence,

Ô Toi dont la main sûre est un puissant abri.

 

 

Je voudrais écouter, ô Ami, avec Toi

La brise qui descend au galbe de la plaine,

Car ton ombre est clarté, car ton ombre est fontaine,

Toi la coupe et la soif, Toi le Pauvre et le Roi.

 

 

Enfin je voudrais boire, Ami, à tes secrets

Et m’asseoir à ton ombre avant que le jour baisse,

Car ton ombre est rocher, car ton ombre est sagesse,

Ô Toi que j’ai blessé, Toi qui ne fuis jamais …

Colette

25 août 2011

Croix et cœur en bois sur plancher bois gris

L’amour peut-il mourir ?

L’amour peut-il mourir

Au souffle de la plaine

Et le ciel se ternir

Au bord de la fontaine ?

Se peut-il que la mer

S’ennuie sur le rivage

Et que s’y perde, amer,

Le reflux du naufrage ?

L’étreinte de la main,

L’appui sûr de l’épaule,

Le silence serein

Qu’un simple regard frôle,

Peuvent-il se faner

Au pas du temps qui passe ?

Faut-il donc s’en aller

Quand la flamme s’efface ?

Ne peut-on espérer ?

Ne peut-on croire encore ?

Ne peut-on désirer

Les clartés de l’aurore ?

 

 

Hélas … L’amour souvent

Traverse l’eau glacée

Du doute lancinant

Et la lande pelée

Où gisent les regrets.

L’adieu est une dune

Où le vent à longs traits

Boit l’ombre de la lune …

Oui, l’amour peut mourir,

Et se fendre la terre,

La source se tarir,

Et les rochers se taire.

Car voici qu’on traîna

L’innocent au supplice,

Voici qu’on immola

L’agneau en sacrifice.

Alors, nu sur le bois,

Sous les yeux de la foule,

L’Amour est mort en croix,

Sous les cris de la foule.

 

 

Or il n’est de tombeau

Où la flamme ne veille,

Il n’est pas de flambeau

Où l’aube ne s’éveille …

L’Amour s’est relevé,

Plus clair que la fontaine,

L’Amour a triomphé,

Plus vaste que la plaine.

Il a saisi le vent

Qui pleurait sur la dune

Et l’a uni au chant

De la lande à la lune.

L’âme qui s’épuisait,

Il la porte et l’embrasse,

Car l’Amour ne saurait

Sombrer où tout s’efface

Et mourir à jamais,

Tant ses mots sont tendresse,

Tant ses gestes sont vrais,

Tant sa force est caresse !

Colette

Fin juin – début juillet 2018

Statue de l'ami bon berger avec agneau

Cantique à l'Ami

Je guetterai au bord de ce chemin brûlant

Le souffle de ton pas, la fraîcheur de ton ombre;

Dans le bruit de la foule et la vague du nombre,

Tu me verras malgré mon si timide élan.

 

 

A l'heure de midi j'irai m'asseoir au puits,

Et tu viendras, Seigneur, comme parfois la brise

Qui apaise la pierre et que le sable irise,

Comme le chant qui berce une à une les nuits.

 

 

Je me tiendrai, Seigneur, au sortir de la ville,

- On te prétend maudit, on te traite en banni -

Ton silence sera plus déchirant qu'un cri :

Ton amour est donc grand ! Mon âme est donc fragile !

 

 

Je courrai, au premier tremblement de l'aurore,

Verser sur ton repos les parfums du jardin,

Je sais que j'entendrai ta voix calme, soudain,

Je sais qu'à ton appel la flamme danse encore

Colette

 Chabeuil - 18 avril 2008

Bougie qui brûle

Comme brûle une bougie

Comme brûle une bougie,

Je suis devant ton autel,

Dieu vivant, Dieu éternel.

 

Je me tiens dans le silence,

Sous l’ombre de ta clarté

Où mon pas s’est arrêté.

 

Comme brûle une bougie,

La pierre veille et attend,

Sentinelle du présent.

 

Je me tiens dans le silence,

 Sous l’abri de cette nef

Où s’attarde le jour bref.

 

Comme brûle une bougie,

Comme s’élève l’encens,

Ainsi palpite le temps.

 

Je me tiens dans le silence,

Aux vitraux le soir s’en vient,

Riche de n’être qu’un rien.

 

Comme brûle une bougie

Et comme passe le vent,

Tout devient souffle mouvant.

 

Je me tiens dans le silence

Où se cache l’infini

Qui Te cherche, inassouvi …

Colette

Mi-août 2018

Pauvre Job

 Le dit du juste Job

Nu je fus enfanté, nu on m’enterrera,

Car l’homme qui est né d’un souffle de lumière

S’en ira reposer au fond de la poussière,

Et sur lui l’infini du temps retombera.

 

 

L’Eternel a donné, l’Eternel a repris,

Et je me garderai du venin du murmure

Qui ferait de ma bouche une caverne impure

Et de mes pensées l’antre d’infernaux esprits.

 

 

Ainsi parlait le juste Job en son malheur,

Lui que le Ciel couvrait naguère de richesses,

Lui que la terre avait comblé de ses largesses,

Lui dont le nom brillait jadis avec splendeur.

 

 

Ses récoltes pillées, ses troupeaux massacrés,

Ses filles et ses fils tués dans la tempête,

Même la maladie, des pieds jusqu’à la tête,

Rien ne fut épargné à ses jours fatigués.

 

 

Rien ne fit vaciller la flamme de son cœur,

Ni les mots des bavards, ni l’ardeur de sa femme

A instiller le doute au tréfonds de son âme,

Et Dieu le releva du fond de sa douleur.

 

 

L’Eternel avait pris, l’Eternel a donné,

Ainsi parlait le juste Job en sa vieillesse,

Car l’homme qui gisait dans la poussière épaisse

Ira dans la lumière infinie reposer.

Colette

Mars 2017

Source de feu et d'eau

En ses sources profondes

A celui qui descend en ses sources profondes

Il est donné d’entrer en des jardins frôlés

Par l’aile du silence et les vents esquissés

Sur le seuil deviné d’autres cieux, d’autres mondes.

Car le cœur est une arche, une grotte cachée

Où le feu du mystère a depuis si longtemps

Habité les chemins et les vallons naissants

Que la feuille est gravée sur la pierre couchée.

 

 

A celui qui descend en ses sources profondes

Il est donné de boire au creux des longues nuits

La coupe d’amertume, et de tirer du puits

La soif inassouvie, la ténèbre des mondes.

Car l’âme est un oiseau arraché aux abîmes,

Comme un cri, un élan, que ne peut contenir

Le pas de chaque jour si prompt à s’assoupir,

Comme un murmure, enfin, épris des hautes cimes.

 

 

A celui qui descend en ses sources profondes

Il est donné, parfois, de soudain se lever,

De jaillir, de bondir, d’exulter, de danser,

Sous la voûte où se tient la lumière des mondes.

Car l’aube s’est penchée sur la vague et l’écume,

La brise s’est assise au frisson du regard,

Car il n’est point trop tôt, car il n’est point trop tard,

Car l’ombre se fait douce, et légère la brume

Colette

Début septembre 2017

Bougie XP avec flamme église

Frères d'élection

Nous n'avons pas le même sang,

Mais la flamme qui nous anime,

Profond sommet, céleste abîme,

Nous enserre en son bras puissant.

 

 

Frères d'armes, frères de rang,

Liés jusqu'au regard ultime

Par le vœu d'un élan sublime,

Nous buvons au même torrent.

 

 

Je mourrais pour toi - Sort suprême ! -

Et tu ferais pour moi de même,

S'il fallait qu'il en fût ainsi.

 

 

Tous deux saisis par l'invisible

Et chacun par l'autre choisi,

Nous vibrons d'un souffle invincible.

Colette

Ombrefeuille ©

Mi-octobre 2019

Homme libre marchant désert dune sable

Homme libre …

Homme libre, jamais ne chériras l'amer,

Car toujours chercheras la sublime envolée

Au-dessus du commun, loin de l'âpre mêlée

Où ton aile, parfois, tombe encore et se perd.

 

Affranchi du tumulte effréné des bavards

Dont tu perçois le vide empli d'incomplétude,

Tu prises les beautés de Dame Solitude

Qui ont charmé ton cœur et ravi tes regards.

 

Tu connais cependant la soif des longs déserts,

Cette marche immobile en des terres arides,

Ces mirages, passant tels des souffles rapides

Sur la crête du doute aux abysses pervers.

 

Et tu ne prétends pas à ta guise jouir

Du temps qui t'est offert et des feux de la vie,

Car ce sont là trésors qu'une âme inassouvie

Briserait sans retour, se piquant d'éblouir …

 

Mais tu sais qu'une source en ton antre secret

Coule, et comme un écho très pur de l'empyrée,

Te porte vers le large où ta quête émondée

Te pousse à préférer l'audace au vain regret.

 

Ainsi peux-tu poser des actes de vertu

Qui élèvent le monde et ton étoile ensemble,

Ainsi ton pas est sûr et ta main point ne tremble,

Dusses-tu pour cela demeurer inconnu.

Colette

Ombrefeuille ©  -  Avril 2020

Jésus consolant femme accablée

Je te délivrerai

Du sommeil de la terre

Dont tu fus façonné,

Tu avais conservé

L’espace et le mystère

Où j’avais ma demeure,

Et je m’y reposais,

Et je te visitais

Lorsque descendait l’heure

Où s’attardait la brise,

Au jardin où ton pas

Répondait à mon pas

Parmi l’ombre indécise.

 

Je t’avais créé libre

Dans le creuset du jour,

Insufflant mon amour

Jusqu’en ta moindre fibre,

Ménageant une flamme

Au tréfonds de ton cœur,

Parant de ma splendeur

Et ton corps et ton âme …

Mais, froissant mon poème

Niché dans ton secret,

Voici que tu t’es fait

Prisonnier de toi-même.

 

Aux sentes désolées

Où tu pars en exil,

Ton œil s’abreuve-t-il

Aux aurores penchées

Sur les flots de ta peine ?

Tu n’es plus que dépit

Harassé, sans répit,

Sur ta rive lointaine

Où se perdent les mondes …

Je te délivrerai

Et je te guérirai,

Car tes plaies sont profondes …

Colette

Chabeuil - Maison Nazareth

2 – 3 avril 2019

Baiser d'une femme sur croix fleurie

Les litanies du Saint Baiser

Baiser au seuil de la nuit

Où le poids du jour conduit …

 

Baiser où l’ombre palpite,

Où la solitude habite.

 

Baiser au pied de la Croix,

Sans forces, pauvre et sans voix …

 

Baiser fragile de l’heure

Où la fatigue demeure …

 

Baiser que la longue nef

Pose sur ce souffle bref …

 

Baiser calme du silence

Où l’encens s’élève et danse …

 

Baiser venu des vitraux,

Effleurement du repos …

 

Baiser tremblant de la pierre

Au tréfonds de la lumière …

 

Baiser des cierges brûlés

Depuis des temps reculés …

 

Baiser des clartés d’aurore

Où la source veille encore …

 

Baiser qui tient tout de Vous

Et qui s’en remet à Vous …

 

Baiser du cœur, impalpable,

Sur Votre Face Adorable …

Colette

8 – 9 mars 2019

Saint Maximilien Kolbe matricule 16670

Matricule 16670

Les prisonniers sont là, debout,

Depuis le matin immobile,

Sous le midi d'un soleil fou,

Et jusqu'au soir dément, fébrile.

 

Les heures n'en finissent pas

De sombrer, vides, sans substance.

Les gardes qui font les cent pas

Pétrifient même le silence.

 

Une voix claque durement :

"L'évadé demeure introuvable.

Vous connaissez la loi du camp,

Vous savez qu'elle est implacable."

 

Un à un dix sont désignés,

Et sur eux tombe la sentence

Qui les laisse seuls, résignés,

Sans aucun espoir de clémence.

 

Voici que l'un des condamnés

Soudain sanglote et se lamente :

"Mes pauvres enfants adorés !

Ma chère femme si aimante !"

 

Quelqu'un, décidé, sort du rang,

Le corps frêle mais l'œil sagace :

"Je suis un prêtre vieillissant,

De cet homme je prends la place."

 

A ces mots l'instant s'est figé :

Aurait-il donc perdu la tête ?

Enfin l'échange est accepté :

Qu'il soit fait selon sa requête !

 

Lors, vers le Bunker de la Faim

S'en vont ceux que le sort accable,

Et déjà sur ce souterrain

Se clôt un néant insondable.

 

Quand le jour vient d'en retirer

Ce qui n'est plus que chair sans vie,

On voit encore respirer

Le prêtre, au fond de l'agonie.

 

On l'achève, mais sur ses traits

Une douceur insoutenable

Abat les murs les plus secrets

Du cœur, fût-il impénétrable.

Colette

Ombrefeuille ©  -  Décembre 2019

 

Ecrit en hommage au Père Maximilien Kolbe (1894 - 1941), prêtre franciscain polonais arrêté avec sa communauté par les nazis le 17 février 1941, puis transféré au camp d'Auschwitz le 28 mai de la même année.

 

Fin juillet 1941, l'un des codétenus du Père Kolbe parvient à s'évader.

 

Tous les prisonniers du bloc (le bloc 14) sont contraints de demeurer immobiles, sans eau ni nourriture, une journée entière, tandis que les autorités du camp font rechercher le fugitif. Sans succès.

 

Selon la loi en vigueur au camp, dix hommes doivent "payer" par leur mort l'évasion de leur compagnon de détention.

 

Devant l'extrême désarroi d'un père de famille, le Père Kolbe offre de prendre sa place. Il périt donc avec neuf autres captifs dans le "Bunker de la Faim", totalement privé d'eau et de nourriture.

 

Alors que dans de telles conditions il est habituel que les condamnés s'entretuent au bout de quelques jours, on sait que le Père Kolbe parvient à maintenir un climat de dignité humaine et à préparer ses compagnons à la mort inexorable.

 

C'est le 14 août 1941 qu'un "Kapo" est chargé de retirer les corps sans vie des infortunés. A sa grande surprise, le Père Kolbe respire encore. En l'achevant d'une injection létale de phénol, le "Kapo" ne parvient pas à soutenir le regard du prêtre, tant ce regard est empreint de douceur.

 

En 1971, l'Eglise Catholique béatifie le Père Kolbe comme "Confesseur". Puis en 1982 elle le canonise, en présence de l'homme de qui il avait sauvé la vie.

 

Source de ce résumé : Wikipedia.

Entrée paisible monastère

La paix des monastères

Il y a dans le creux des campagnes tranquilles,

Au bout des lents chemins dont le temps s’est épris,

Sous l’écho des forêts où les jours sont assis,

Ces clochers vigilants, ces voûtes immobiles.

 

C’est la nef qui palpite au pas de la prière,

C’est le chant déployé, pur, limpide et galbé,

Les vitraux attentifs, l’Infini contemplé,

La pierre qui respire au fond de la lumière.

 

Là s’ouvre peu à peu le cœur de toute chose,

Là s’attarde, effleurée, la senteur de l’encens

Où s’éloignent les cris, les peurs et les tourments,

Là l’homme que la vie a brisé se repose.

 

Que demeure à jamais la vieille ombre des cloîtres

Où l’air frémit à peine au souffle de celui

Qui se rend à Complies, à l’orée de la nuit ;

Que s’élève toujours le silence des cloîtres.

 

Il se niche un trésor aux porches tutélaires,

Il se cache en ces lieux un joyau deviné,

Une aurore entrevue, un peu d’éternité,

Il se chuchote ici la paix des monastères.

Colette

22 – 23 mai 2017

Daech djihad islamique

Pourrons-nous encore …

Pourrons-nous encore longtemps

Flâner librement dans les rues

Sous la caresse du printemps

Et nous enlacer à mains nues ?

Car il est des cieux assombris

Où un simple regard de femme

Est voilé de tant d’interdits

Que s’assèche le fond de l’âme …

 

 

Pourrons-nous encore longtemps

Veiller, en quêteurs de lumière,

Du silence des soirs tombants

Au frisson de l’heure première ?

En certain pays les bourreaux,

Remplis d’une morgue tenace,

Abattirent jusqu’aux oiseaux

Car ils chantaient, suprême audace !

 

 

Ces démons chez nous ont surgi,

Comme d’un trouble marécage,

La haine au cœur, et dans un cri

Ils ont pris Allah en otage !

Allons-nous encore longtemps

Nous contenter de mots, de larmes ?

Pourrons-nous encore longtemps

Eviter le fracas des armes ?

Colette

Avril 2019

Jésus consolant homme hurlant douleur

Prière pauvre d'une âme en quête

Sagesse sans commencement,

Plus vive que le firmament,

Toi qui as fait l'eau des fontaines

Et tissé la brume des plaines,

Lumière où se tient le matin,

Toi qui n'auras pas de déclin,

Brise plus vaste que les mondes,

Blottie dans les forêts profondes,

A mon âme daigne accorder

Le réconfort de ton toucher,

La caresse de ta présence

Et le souffle de ton silence.

 

Verbe où le cosmos est enclos,

Où le temps trouve son repos,

Toi dont la main posa la terre

Dans le clair-obscur du mystère,

Toi qui règles le mouvement

Du sidéral foisonnement

Et qui revêts la fleur fragile

D'un voile de rosée gracile,

En mon âme daigne verser

L'onde qui coule du rocher,

Le murmure de ta présence

Et le torrent de ton silence.

 

Soleil de Justice annoncé

Par les prophètes du passé,

Fils éternel de la Promesse,

Visage pur de la Tendresse,

Ami venu sur nos chemins

Apaiser la soif des lointains,

Reçois du tréfonds de mon âme

Le plus intime de ma flamme,

Reçois l'or, la myrrhe et l'encens,

Les rimes, les mots et les chants,

Reçois, ô Toi qui es Présence,

L'abîme nu de mon silence …

Colette

Ombrefeuille ©  -  Début mars 2020

Notre-Dame de Paris vue des toits

Rebâtir Notre-Dame !

Rebâtir Notre-Dame !Rebâtir Notre-Dame,

Redresser ce vaisseauSon silence profond,

De lumière ! Il le faut !L’écho de son bourdon !

 

Ce cri du fond de l’âmeCe cri du fond de l’âme

Se répand et grossit,Ne cesse de monter

S’élève et retentit.    Sous le ciel effondré.

 

Rebâtir Notre-Dame !Rebâtir Notre-Dame !

Lui rendre sa splendeur,Arracher à la nuit

Sa grâce et sa hauteur !Ce qu’un soir a détruit !

 

Ce cri du fond de l’âmeCe cri du fond de l’âme

Nous habite déjà     Tire de la douleur

Et point ne s’éteindra.L’espoir et la ferveur.

 

Rebâtir Notre-Dame !Rebâtir Notre-Dame !

Car le feu ravageur Car en elle est tapi

Ne peut être vainqueur !L’élan vers l’infini !

 

Ce cri du fond de l’âmeCe cri du fond de l’âme,

Se fait vaste et puissantPaisible et déchiré,

Comme l’eau d’un torrent.Touche l’éternité.

Colette

Ecrit le 15 avril 2019 en soirée et au cours de la journée du lendemain

Épouse robe blanche courant vers Jésus

TRIPTYQUE DU GRAND CARÊME

I – Te conduire au désert

 

Toi que j’aime et pour qui j’ai formé l’univers,

Toi que j’aimais avant le temps de ta naissance,

Ô toi que j’aimerai par-delà les enfers,

Pourquoi ton cœur a-t-il, aux rives de l’absence,

Abandonné soudain le souffle de mon Nom ?

Ton âme est devenue un creuset d’amertume,

Une source tarie, une étrange prison,

Où s’échoue toute joie, diluée dans la brume.

 

Laisse-moi m’approcher, te saisir par la main

Et poser mon regard sur tes larmes amères.

Laisse-moi dessiner sous tes pas le chemin

Vers ces hautes vallées qui nous étaient si chères.

Laisse-moi te conduire au puits de ce désert

Où le vent d’un manteau vêtira ton visage.

Laisse-moi chaque nuit veiller sous le ciel clair

Auprès de ton sommeil mouvant comme un mirage.

 

Alors tu sentiras les attaches du bruit

Desserrer leur étreinte et glisser jusqu’à terre ;

Dans ton corps épuisé le poids mort de l’ennui

Fera place à l’élan murmuré du Mystère.

Tu goûteras la danse effleurée des clartés

De l’aurore esquissée parmi la solitude,

Tu entendras ces chants trop longtemps écartés,

Et dont le galbe pur touche à la plénitude.

Tu trouveras enfin, tout désir dépouillé,

Ton silence et tes mots, ton intime poème,

Et je te rouvrirai le trésor oublié

De ton rythme profond, te rendant à toi-même.

Sur les plaies avivées qui tourmentent tes jours,

Je verserai le baume incréé de la Grâce.

Je te fiancerai à moi, et pour toujours !

Nous serons l’un à l’autre, embrassés, face à face …

Colette

Mars 2019. D’après :

Osée II – 16 : « Voici que moi, je l’attirerai, et la conduirai au désert, et je lui parlerai au cœur. »

 

Osée II – 21 : « Je te fiancerai à moi pour toujours. »

 

Cantique des Cantiques II – 6 :

« Que sa main gauche soutienne ma tête, et que sa droite me tienne embrassée ! »

 

Cantique des Cantiques II – 16 :

« Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui. 

Rayon de lumière jaune tombant sur mer falaises

La voix de l’océan

Depuis le fond des temps jusqu’à l’éternité,

De la rive lointaine au phare solitaire,

La voix de l’océan, tranquille majesté,

Mêle la vague au sable et le ciel à la terre.

 

 

De la rive lointaine au phare solitaire,

La houle qui s’éprend du mot de liberté

Mêle la vague au sable et le ciel à la terre,

Unissant le tumulte à la sérénité.

 

 

La houle qui s’éprend du mot de liberté

Sur la crête du vent demeure de mystère,

Unissant le tumulte à la sérénité,

Car ainsi le sublime épouse l’éphémère.

 

 

Sur la crête du vent demeure de mystère

Ce silence qui gronde, égale immensité,

Car ainsi la sublime épouse l’éphémère,

Depuis le fond des temps jusqu’à l’éternité.

Colette

8 – 9 mai 2019

La femme adultère accusée devant Jésus

Adultère !

La journée commence à peine

Dans la lumière sereine,

Et voici que le parvis

Retentit soudain de cris.

 

On jette dans la poussière,

Là, devant la ville entière,

Une femme qui se tait,

Accablée d’un lourd forfait.

 

« Rabbi ! Elle est adultère,

Cela ne fait point mystère !

Moïse nous l’a dicté :

Nous devons la lapider ! »

 

D’une main épouvantée

Et tremblante, l’accusée

Semble demander merci,

Cherche à se faire un abri.

 

D’une voix de pur silence,

Le Maître rend la sentence :

« Que veuille bien commencer

Celui qui est sans péché ! »

 

Elle attend, elle se fige …

Alors survient un prodige

Où ses sens restent saisis :

Un à un, tous sont partis !

 

Les voilà seuls, face à face,

Et sans la moindre menace,

Il a posé son regard

Sur elle, plus doux qu’un nard.

 

« Ils ne t’ont point condamnée ?

Moi non plus ! Sois délivrée

Des chaînes de tes méfaits,

Ne pêche plus. Va en paix ! »

Colette

Chabeuil – Maison Nazareth   -   5 avril 2019

D’après St Jean VIII – 1 à 11

Mini-chapelle sur socle pierre

Il t'a cherché(e)...

Il m’a aimée

Je suis un être créé

Qui ne vient pas de nulle part.

Je suis un être aimé

Qui ne va pas nulle part.

La vie a un sens !

Dans cet espace immense, où brille la lumière,

L’étendue m’appartient ;

Dieu me prend par la main

Et mon âme frémit à son amour divin.

Je souris au jour,

Il se lève et m’apaise ;

Car à jamais s’enfuit

Ce rêve qui tour à tour

Soulève la tempête

Ou réveille ma peur.

La brume se déchire en lambeaux qui s’étirent

Et bientôt se dissipent.

Une clarté bienfaisante se fraye un chemin

Jusqu’au fond de mon cœur ;

Un chant monte dans la nuit !

Étonnante est la voix de Celui

Qui fait vibrer la corde de l’amour !

Par le don de sa vie, mon Sauveur m’a aimée ;

Il est mort sur la croix pour ôter mon péché.

Ami ! Viens à Celui qui se tient aux croisées de ta route

Et t’offre son salut !

Il t’a aimé, Il t’a cherché, Il t’a trouvé, Il t’a sauvé.

C.B.

Tourbillon tempête

Cantique du prophète Élie

Au creux de la montagne et des vallées profondes,

La lumière a tonné, le silence a mugi,

Les cieux se sont rués au désert endormi,

La tempête a tremblé jusqu’où naissent les mondes.

 

 

Je voyais les rochers redoutables se fendre

Et l’abîme éclater comme un soleil trop mûr,

Je devais me cacher, trouver un abri sûr

Pour goûter, Eternel, le bonheur de T’attendre.

 

 

Il se fit un grand calme, et voici sur la terre

Le murmure secret de Ton souffle vivant,

La brise de Ton pas, l’aurore de Ton chant,

Le silence rendu, l’écho de la lumière.

 

 

Reçois, ô Eternel, l’offrande de ma flamme

Portée comme un encens, douce comme le miel,

Versée sur Tes parvis. Reçois, ô Eternel,

Sous Ta tente ma vie, la danse de mon âme.

Colette

Juin 2008

Oiseau dans ciel aurore

Dès l’aurore

Dès l’aurore naissante au bord de la fontaine,

Quand se pose la brume au galbe du vallon

Et que s’éteint la nuit dans la forêt prochaine,

Monte jour après jour ce chant vaste et profond.

 

 

Quand se pose la brume au galbe du vallon,

A l’heure où le silence ourle encore la plaine,

Monte jour après jour ce chant vaste et profond,

Et s’éveille la nef, immuable et sereine.

 

 

À l’heure où le silence ourle encore la plaine,

Le temps avec l’encens s’unit et se confond,

Et s’éveille la nef, immuable et sereine,

Au seuil de tes clartés, sous l’abri de ton Nom.

 

 

Le temps avec l’encens s’unit et se confond,

Pour t’offrir, Dieu Vivant, sa danse qui l’emmène

Au seuil de tes clartés, sous l’abri de ton Nom,

Dès l’aurore naissante au bord de la fontaine.

Colette

24 – 25 octobre 2018

Taille crayon, crayon, carnet

Écrivez-moi …

Ecrivez-moi, mon cher ami,

Ecrivez-moi dans le silence

Ces mots habités d'infini,

Où la pensée, libre, s'élance.

 

Je vous imagine penché

Sur la blancheur nue de la page

Où votre main suit le tracé

De chaque lettre, folle ou sage.

 

Sur votre visage pensif

La lampe laisse sa lumière

Effleurer l'instant fugitif

Qui ombre la phrase première.

 

Vous me contez le chant du vent

Qui souffla fort, la nuit passée,

Et vous me rapportez comment

Votre maison en fut hantée.

 

Vous évoquez avec pudeur

Votre quête la plus intime,

Et vous touchez la profondeur

De votre soif la plus sublime.

 

Vous me dites qu'en ce jardin

Se cache la porte secrète

Ouvrant sur l'aube du chemin

Que la brume d'automne apprête.

 

Et tandis que, mon cher ami,

Vous m'écrivez dans le silence,

Le chat couché s'est endormi

Sur le ton de la confidence …

Colette

Ombrefeuille ©  -  Novembre 2020

Coupoles bleues étoiles et croix dorées église orthodoxe

Esquisse du Pèlerin Russe

Là-bas, là où s’en va la lente et longue plaine,

Là où la neige étend son pas d’éternité,

Quelque part, le silence irisé a tremblé

Faiblement, tout là-bas, sur la route lointaine.

 

L’attente suspendue est à peine un murmure,

Un souffle qui grandit, un sourd bourdonnement

Grave et réconfortant, amical, bienfaisant,

Un chœur où s’est posée la forêt forte et pure.

 

La cloche a retenti, le temps est immobile,

La foule s’est pressée vers le porche entrouvert

Où s’avancent déjà, du fond du vaste hiver,

Les icônes, l’encens, la pénombre tranquille.

 

Il y a la coupole égale et tutélaire,

Il y a les regards de lumière habités,

La joie transfigurée, les murs comme effacés,

Les célestes parvis descendus sur la terre.

 

Il y a cette voix, enfin, basse, profonde,

Capable de porter, d’embrasser, de couvrir

La lente et longue plaine où rien ne peut finir,

Capable d’éveiller, de soulever le monde.

 

Et tout là-bas, au loin, où s’irise la route,

Le silence est immense et le ciel nu étreint

Le souffle solitaire au pas du pèlerin ;

Car la plaine est si vaste, et si longue la route …

Colette

Monastère Saint-Antoine-le-Grand, Saint-Laurent-en-Royans, 20 – 22 mai 2016

Rameau délicat rose de fruitier

Esquisses d'un rameau

Branche à peine éclose au bord de l'aurore,

Frisson de la brume agrippant l'azur

Au creux du chemin où tout dort encore,

Fragile est l'envol de ton galbe pur.

 

Silence du jour où la plaine pose

L'ondoyant parfum de cette langueur

Qu'on croirait venue du fond d'une rose,

Puissants sont tes fruits gorgés de lenteur.

 

Rameau où le soir berce la colline

Aux feuilles froissées de ton au revoir,

Tandis qu'au couchant la brise s'incline,

A ton ombre, enfin, que j'aime m'asseoir !

Colette

Ombrefeuille ©  -  Avril 2020

Jésus arbre de vie

Esquisses d'un rameau

Branche à peine éclose au bord de l'aurore,

Frisson de la brume agrippant l'azur

Au creux du chemin où tout dort encore,

Fragile est l'envol de ton galbe pur.

 

Silence du jour où la plaine pose

L'ondoyant parfum de cette langueur

Qu'on croirait venue du fond d'une rose,

Puissants sont tes fruits gorgés de lenteur.

 

Rameau où le soir berce la colline

Aux feuilles froissées de ton au revoir,

Tandis qu'au couchant la brise s'incline,

A ton ombre, enfin, que j'aime m'asseoir !

Colette

Ombrefeuille ©  -  Avril 2020

Goutelettes d'eau coloris pastel

Je toucherai …

Je toucherai ton souffle avant que ne s'éveille

Le premier firmament,

Alors tu deviendras ce soudain tremblement,

Cette pure merveille,

Ce vitrail de ma joie, dans l'infini caché,

Où l'aurore est éclose,

Cette ébauche d'un geste où le silence pose

Son murmure effleuré.

 

 

Je toucherai d'un feu plus profond que la plaine

Ton pas sur le chemin,

Alors tu deviendras jusqu'au torrent prochain

Cette hâte sereine,

Ce vitrail de ma joie, caché dans la forêt,

En sa lumière ombreuse

Où la branche est pensive, où la feuille est heureuse,

Où le roc est secret.

 

 

Je toucherai le soir penché sur ton épaule,

Au seuil de ta maison,

Alors tu deviendras ce délicat frisson

Que la colline frôle,

Ce vitrail de ma joie, caché dans le lointain

Où la brise s'étire,

Et cette bougie-même, égale, qui soupire

Dans le creux de ta main.

 

 

Je toucherai l'instant de ta pensée dernière,

Au fond de ton cœur nu,

Alors tu deviendras cet envol entrevu

Au bord de ta paupière,

Ce vitrail de ma joie, caché puis dévoilé

Et pour toujours paisible,

Ce cristal sans défaut, habillé d'invisible,

Enfin transfiguré …

Colette

Ombrefeuille ©   

 Fin octobre et 1er novembre 2019

Vierge Marie, agneau, enfant Jésus, blanc

Litanies de Notre-Dame

Souveraine des Cieux, Notre-Dame des Anges,

Vous par qui Dieu reçoit le chœur de nos louanges,

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

 

Ecrin de l’infini et joie de l’Eternel,

Vous qui nous entourez d’un manteau maternel,

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

 

Vous qui, dans le secret, l’attente et le silence,

Méditez toute chose et demeurez présence,

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

 

Palais de pur cristal, ô demeure où naquit

Le Prince de la Paix quand le temps s’accomplit,

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

 

Force de ceux qui sont près de rendre les armes,

Vous qui ne méprisez ni les cris ni les larmes,

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

 

Rempart face aux assauts du doute et de la peur,

Vous devant qui l’enfer est saisi de terreur,

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

 

Vous devant qui Satan s’épouvante et recule

Jusqu’au fond de l’abîme où sa haine l’accule,

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

 

Cœur qui fut transpercé d’un glaive de douleur

Quand, inclinant la tête, expira le Sauveur,

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

 

Réconfort des mourants, ô ultime espérance

De ceux qu’appesantit le joug de la souffrance,

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

 

Refuge des errants, patrie des exilés,

Salut des prisonniers, secours des opprimés,

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

                                                                                                                                    …/…

Phare dans la tempête, inexpugnable asile,

Ô vous qui prenez soin de la flamme fragile,

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

 

Etoile d’où jaillit la splendeur du matin,

Rosée limpide où luit le parfum du jardin, 

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

 

Visage de douceur, regard tout de tendresse,

Oasis au désert, fontaine d’allégresse,

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

 

Vitrail où sont penchées les divines clartés,

Arche où sont déposées les célestes bontés,

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

 

Temple de l’Ineffable, où se creuse la source,

Notre-Dame, vers vous nous hâtons notre course …

Ô Vierge, intercédez pour les âmes brisées !

 

Prière :

Vous qui gardez nos pas, vous qui nous soutenez,

Vous qui nous embrassez, vous qui nous consolez,

Nous recourons à vous, Mère compatissante :

Daignez, ô Notre-Dame, à l’heure déclinante,

Recueillir nos fardeaux, nos voix et notre encens,

Vous par qui Dieu reçoit l’hommage de nos chants.

Colette

Avril 2019

Jésus roi frappe à la porte

On a frappé à la porte

Voici que je me tiens à la porte,

et je frappe.

Apocalypse – ch III – v 20

Ce que dit le pauvre en sa maison

 

Dans le tumulte lourd que le monde m’apporte,

Il y a ce son doux, ce souffle différent …

C’est donc Vous, ô mon Roi, qui frappez à ma porte !

C’est donc Vous, l’étranger qui se tait, qui attend !

 

Entrez sous mon toit pauvre où l’ombre se fait conte,

Où palpite la lampe, où le vent s’est assis

A vos pieds.  Et parmi le silence qui monte,

Prenez place, ô mon Roi, les bruits sont assoupis.

 

Pas de faste chez moi, ici point de richesses,

Je n’ai pas de festin à vous faire servir,

Il ne se trouve pas ici de ces paresses

Que dans bien des palais on savoure à loisir.

 

Je ne peux vous offrir qu’un repas ordinaire,

Je ne possède ni l’art des nobles propos

Ni un brillant savoir. Une couche sommaire

Et sans atours, hélas, sera votre repos.

 

La nuit vous gardera, la nuit lente et propice

Au juste en son sommeil, la nuit où les secrets

Vous veilleront en paix, la nuit vaste où se glisse

La sereine splendeur des monts et des forêts …

 

Ce que dit le roi dans sa bonté

 

Je te sais gré, ami, de m’ouvrir ta demeure

Avec un cœur si simple, avec un cœur si droit …

Voici l’heure où s’approche la nuit, voici l’heure

Où je franchis ton seuil, où j’habite chez toi.

 

Je ne prends nul plaisir aux splendeurs et au faste

Qui séduisent les cours et aveuglent les cœurs …

Et dans l’ombre qui vient le ciel devient si vaste

Qu’il fera naître l’aube et s’éteindre les peurs.

 

Car je suis le désert et la source promise,

Moi qui prends place à table, ami, à tes côtés,

Car je suis souffle et roc, où ta flamme indécise

Recherche la lumière où les temps sont cachés.

 

Je suis ton repos même et c’est moi qui te veille,

Tandis que tout se tait au fond de ta maison,

Et c’est moi qui sans bruit me penche à ton oreille

Pour couvrir ton sommeil d’un chant calme et profond.

 

Je suis cet étranger qui se tient dans l’attente

Et qui frappe à ta porte, à l’orée des secrets,

Ma joie est de goûter, parmi la brume lente,

Le silence à ta lampe et l’écho des forêts …

Colette

Août – septembre 2016

Incendie Notre-Dame de Paris pompiers croix lumineuse dorée obscurité

Paris, 15 avril 2019

Ici s’est établie la voûte du silence,

Ici l’ombre est vêtue d’une sérénité

Qui n’est point de ce monde, et dont l’aube s’avance,

Sur les marches du temps posant l’éternité.

 

Or, ce soir-là, soudain, la clameur retentit :

Le feu est sous le toit, le feu est dans la place !

Il faut quitter les lieux sans délai, et voici

Qu’au dehors une foule incrédule s’amasse.

 

L’enfer semble accouru, et sa gueule assoiffée

Crache, crépite et gronde, en un râle profond :

C’est l’assaut ! Et la flèche élancée, ciselée,

S’embrase, veut lutter, chancèle, puis se rompt.

Alors, comme au chevet d’un blessé, d’un mourant,

Les prières, les chants, le murmure immobile

De tout un peuple, enfin, uni dans l’âpre instant,

S’élèvent, car la nuit se durcit sur la ville.

 

La voûte est une plaie, la pierre déchirée

Montre un ciel sidéré, un vertige béant ;

Le silence où se perd la lumière effondrée

Hésite au bord du temps, furtif comme un errant …

Colette

Août – septembre 2016

Vierge Marie mains jointes

Prière des heures

Je vous salue, Marie, quand le souffle entrouvert

De l’aube se répand et se lève aux fontaines,

Quand la vallée encore ensommeillée se perd

Aux brumes du torrent né de pentes lointaines.

Danse de la rosée, promesse de clartés,

Vous dont le seul regard à la rive éblouie

Fait tressaillir l’écho des ravins esseulés,

Aurore murmurée, Vierge, soyez bénie.

 

Je vous salue, Marie, quand sur les longs chemins

La lumière immobile ouvre son aile ardente,

Quand le ciel nu s’arrête au bord des champs sereins

Où la plaine s’étire, égale, vaste et lente.

Sentinelle du jour, silence médité,

Vous qui tenez cachée cette heure inaccomplie

Où va frémir l’éclat du soleil déployé,

Calme du plein midi, Vierge, soyez bénie.

 

Je vous salue, Marie, quand le galbe du soir,

Impalpable, ondoyant, descend sur la colline,

Au clocher tourbillonne, au porche va s’asseoir,

Et déjà berce l’ombre où le couchant s’incline.

Grâce qui réjouit la senteur des sous-bois,

Douceur où, sans un bruit, la feuille s’est blottie,

Caresse refermée sur la mousse des toits,

Brise au seuil des maisons, Vierge, soyez bénie.

 

Je vous salue, Marie, quand repose la nuit,

Si proche et si secrète, insondable et fragile,

Où la lampe se tait, où la légende luit,

Quand la lune se voile, immuable et tranquille.

Phare où se tient caché le large flot du temps,

Arche et roc devant qui la ténèbre est saisie

De stupeur, chant profond des arbres vigilants,

Attente inépuisée, Vierge, soyez bénie.

Colette

2015

Beau tabernacle doré

Psaume face au Tabernacle

Les yeux fermés je Te regarde,

Toi qui te tiens dans le secret,

Au bord du silence je garde

Mon âme calme et mon cœur prêt.

Je cherche et mendie ton Visage,

Toi dont les pas restent cachés

A qui se prétend fort et sage

Et se plaît dans les vanités.

 

 

Les yeux fermés je Te contemple,

Toi qui parmi nous t’es assis,

Toi qui as établi ton Temple

Chez les pauvres, chez les petits.

Je cherche et mendie ta Lumière,

Comme à la source on puise l’eau,

Comme au chemin lourd de poussière

Descend le soir, serein, nouveau.

 

 

Quand s’éteindra, à l’heure ultime,

Le dernier chant de l’ombre au creux

Du vent pensif, du souffle intime,

Et que se fermeront mes yeux,

Puisqu’il faut que toute chair meure,

Alors sans bruit je m’en irai,

Je monterai vers ta Demeure,

Les yeux ouverts je Te verrai …

Colette

2015

Père Jacques Hamel

Requiem pour un témoin assassiné

C’était un vieux guetteur, un simple serviteur,

Ouvert jour après jour à la douleur du monde,

Tourné jour après jour vers le souffle intérieur

Où s’abreuve la marche, où la flamme est profonde.

 

Rien ne semblait pouvoir abattre en un instant

Ce familier des rues et des gens de la ville,

Rien ne semblait devoir arrêter brusquement

Le chemin qu’il traçait, persévérant, tranquille.

 

Pourtant, ce matin-là, la mort l’a terrassé,

La mort lâche, au couteau, la mort laide et cynique ;

Frappé en pleine messe, il est soudain tombé

Sous le geste brutal, sans appel, fanatique.

 

Il manquera toujours les mots qu’il n’a pas dits

Et les matins blesses qu’il ne verra pas naître,

Il restera toujours les ponts qu’il a bâtis

Et l’espoir d’entrevoir la main tendue, peut-être …

 

Que demeure toujours parmi nous la mémoire

De celui qui veillait sur le souffle intérieur,

Que demeure à jamais vivace la mémoire

De ce simple guetteur, de ce vieux serviteur.

Colette

Début août 2016

 

En hommage au Père Jacques Hamel

mort le 26 juillet 2016,

assassiné par deux jeunes terroristes

à Saint-Etienne-du-Rouvray

(agglomération de Rouen)

Chapelle romane

Une chapelle en Provence

Il y a la garrigue où l'été s'est couché

Parmi le romarin, parmi le thym sauvage,

Il y a le mistral qui court, ébouriffé,

La lavande froissée, le soleil sans partage.

 

 

Là commence un chemin qui conduit à l'écart,

Une sente de terre où le pas se retire,

Où le souffle s'apaise, où se tait le regard,

Où l'âme touche au but où sa quête soupire.

 

 

Un porche sans orgueil s'ouvre au simple passant

Dont les pensées cachées demeureront mystère,

Le seuil garde secret l'intime effleurement

Où le cœur va puiser l'oraison solitaire.

 

 

La voûte est basse, et l'ombre est un murmure exquis

Où brûlent des bougies sans valeur, immobiles.

Se peut-il que déjà les célestes parvis

Soient l'abri familier de ces flammes fragiles ?

 

 

Le silence est chez lui dans le fouillis des bancs

Et parmi la fraîcheur où la pierre palpite,

Le voici qui se tient, assis au creux du temps

Où, pareil aux lointains de la mer, il médite.

 

 

Qui prêterait l'oreille à la lenteur des jours

Entendrait qu'au dehors la lumière stridule

Et que l'aube a déjà ces intenses contours,

Ces senteurs éblouies au bord du crépuscule …

Colette

Début juin 2019

Inspiré par la chapelle Notre-Dame de Pépiole (Six-Fours  -  Var)