LES PLUS BELLES
PROMESSES DE JÉSUS 

Les plus belles promesses de Jésus

Plus de deux mille ans après les avoir annoncées, les promesses de Jésus ont franchi les âges et tiennent toujours. Il vous regarde et vous dit, personnellement...

« Celui qui croit au Fils a la vie éternelle »

(Jn 3, 36a)

Certes, Jésus n'a pas annoncé moins de difficultés dans la vie à ceux qui croiraient en lui et choisiraient de le suivre. Ceux qui professent ce genre de mirage se trompent et font de Jésus un magicien exclusiviste !

 

Mais traverser les épreuves et profiter des joies avec lui, cela change tout. Non seulement, il soutient, guide et donne une nouvelle orientation à la vie, mais il entend les prières et les exauce en temps et en heure, les siens.

 

Après s'être donné sans compter et jusque dans la mort, il est là, présent auprès nous et continue à se donner à ceux qui lui ouvrent la porte de leur cœur.

Depuis plus de 2000 ans, les chrétiens s'appuient sur ses promesses et affirment qu'il les tient : il les fait entrer dès ici-bas dans son Royaume ; intervient personnellement jusque dans les moindres détails de la vie de chacun, solutionne les causes perdues, guide afin de faciliter la traversée des difficultés tout au long de la vie terrestre, et il offre enfin, lors de la mort, la vie éternelle près de lui, explosion atomique d'amour, de joie et de paix, hors de portée du mal et de la souffrance.

Il vous offre tout cela, à vous aussi. Le voulez-vous ?

Sommaire de la page

Promesses d'une vie terrestre sous ses yeux aimants et sa présence, avec son aide et ses conseils à chaque instant. Promesses de justice. Promesses d'égalité. Promesses d'une vie éternelle d'Amour avec lui, puissance atomique :

« Si tu savais le don de Dieu » (Jean 4, 10)

« Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. » (1 Corinthiens 2, 9)

 

Deux promesses essentielles de Jésus

  • Jésus est merveilleux. Il voit tout, connaît tout et tient ses promesses. En voici la preuve.

  • Évangiles commentés sur le thème des promesses de Jésus aux hommes et à ceux qui croiraient en lui

    • Celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera​

    • Vous qui m’avez suivi, vous recevrez le centuple

    • Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse ! 

    • Demandez, on vous donnera ; Quiconque demande reçoit

    • Je ne vous laisserai pas orphelins

    • Je suis le Pain de la Vie

    • Je vous donne ma paix

    • Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie

    • Ne craignez pas ceux qui tuent le corps

    • Ce n'est pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit de votre Père

    • Pour Dieu tout est possible

    • Qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera

    • Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume

    • Vos noms se trouvent inscrits dans les cieux

Deux promesses essentielles de Jésus

Celui qui croit au Fils a la vie éternelle

« Celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, car Dieu lui donne l’Esprit sans mesure. Le Père aime le Fils et il a tout remis dans sa main. Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui refuse de croire le Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. »

 (Jn 3, 31-36)

Je suis la porte, si quelqu'un entre par moi il sera sauvé

Ces promesses s'adressent à tous, sans exception, y compris ceux qui se sentent ou pensent être indignes ; ceux qui sont au fond du gouffre et ne voient plus de lumière. Quoi que vous ayez fait dans votre vie, ces promesses sont pour vous si vous saisissez la main tendue de Dieu car iI n'y a pas de limites à sa bonté et à son pardon, qui surpasse tout mal.

© Dr Ashraf Fekry

Les promesses de Jésus s'adressent à tous

Soutien, fidélité, amour inconditionnel,
promesses tenues, voici Jésus

Nous sommes à Jérusalem, le jour des Azymes, où l'on doit immoler la Pâque. Le repas que le Christ s'apprête à partager avec ses disciples, est unique dans l'histoire religieuse d'Israël. Le Fils de Dieu va établir une alliance nouvelle. Au cours de cette soirée , il instituera la Cène, mémorial de son sacrifice expiatoire sur la croix.

 

Ce n'est pas de ce repas, appelé plus tard « le repas du Seigneur », dont j'aimerais m'entretenir avec vous aujourd'hui, mais de ses préparatifs.

 

Les disciples demandent à Jésus: « Où veux-tu que nous allions te préparer la Pâque ? » Et il en envoie aussitôt deux, en leur disant : « Allez à la ville; vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau, suivez-le. Quelque part qu'il entre, dites au maître de la maison: Le maître dit: Où est le lieu où je mangerai la Pâque avec mes disciples ? Et il vous montrera une grande chambre haute, meublée et toute prête: c'est là que vous nous préparerez la Pâque ». (Marc 14,12-15).

Les disciples voient l'homme portant une cruche d'eau
Jésus gravissant le mont des Oliviers

Les disciples partent, et arrivent à la ville. L'obéissance est préférable à l'enthousiasme passager. Laissons au monde ses acclamations éphémères, et soumettons notre vie au Père des esprits. Bientôt, l'Agneau de Dieu, fondement d'un royaume éternel, allait être élevé sur une croix, et il attendait des siens une piété plus durable que la nuée du matin.

 

Ami lecteur, êtes-vous aujourd'hui dans des préparatifs importants ? Vous faut-il aller prochainement dans une ville ? Bannissez toute crainte, toute appréhension. Jésus est merveilleux. Il voit tout, et il connaît tout. En voici la preuve :

« Vous rencontrerez un homme ». Il en sera de même pour vous. Apercevoir ou croiser un homme dans une ville est pour le moins ordinaire. Il y en a des milliers. Mais Jésus ne parle jamais pour ne rien dire. Cet homme-là allait servir de guide aux deux disciples. Le Seigneur prépare les circonstances pour que vous rencontriez la personne qui vous guidera dans vos démarches. Votre Sauveur s'appelle le Fidèle et le Véritable. Il donnera du succès à vos entreprises. Un serviteur marchant fidèlement avec Dieu et sur son ordre, ne peut jamais être déçu ou trompé. Jésus sait ce qui est devant vous : la cité, ses habitants, le travail à accomplir. Dans sa prescience, il connaît déjà vos futures rencontres. N'est-ce pas rassurant ? Partez donc en vous appuyant sur la parole de Dieu.

« Portant une cruche d'eau ». Cette précision évite toute démarche précipitée et irréfléchie. Non seulement le Seigneur a prévu la personne qui vous assistera dans vos démarches, mais de plus, vous ne pourrez pas douter. Christ vous donnera les convictions, les certitudes dont vous avez besoin. « Suivez-le », avait dit Jésus. Nous ne pouvons pas suivre n'importe qui, mais lorsque Jésus nous assure de son plan pour notre vie, nous pouvons avancer sans crainte.

 

La suite est admirable de précisions. Dans toute la ville, Jésus connaît une maison en particulier. Il sait qui en est le propriétaire. Il sait aussi qu'une chambre est libre, qu'elle se trouve à l'étage, qu'elle est meublée, garnie, toute prête. Voilà de quoi rassurer ma lectrice qui doit, à la rentrée prochaine, quitter le nid familial pour la ville de X, afin d'y poursuivre des études supérieures ; calmer les craintes d'une famille chrétienne contrainte de déménager pour des raisons professionnelles; fortifier la foi de quiconque a besoin de Jésus dans les multiples domaines de sa vie.

 

« Ils partirent, et trouvèrent les choses comme Jésus le leur avait dit ». Vous aussi, vous trouverez. Jésus ne ment ni ne déçoit jamais. Soyez confiant. Votre Maître vous rassure sur l'issue des événements. Il change les cœurs, courbe les volontés, renverse les oppositions, écarte les adversaires. Admirable Jésus !

© https://www.batissezvotrevie.fr

Jésus vous porte sur son cœur

Jésus vous porte sur son Cœur 

Extraits d'Évangiles
sur le thème des promesses de Jésus

Jésus enseignant au temple

« Celui qui perdra sa vie

à cause de moi la sauvera »

(Mc 8, 34 – 9, 1)

 

« En ce temps-là, appelant la foule avec ses disciples, Jésus leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. Quel avantage, en effet, un homme a-t-il à gagner le monde entier si c’est au prix de sa vie ? Que pourrait-il donner en échange de sa vie ? Celui qui a honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. » Et il leur disait : « Amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d’avoir vu le règne de Dieu venu avec puissance. »

Le destin de Jésus sera celui de Pierre ;"passe derrière moi", lui disait Jésus dans l'Évangile d'hier. Le destin de Jésus sera notre destin ; et Jésus dit aujourd'hui, à l'adresse des disciples et de la foule entière :"Si quelqu'un veut suivre derrière moi, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive !"

Jésus ne dit pas : "Qu'il prenne ma croix". Car il n'y aura qu'un seul Golgotha, celui du Fils de Dieu fait homme, celui où Jésus est mort par les hommes et pour les hommes. Que chacun prenne sa croix ; voilà la pensée de Jésus, et que chacun l'assume comme lui l'a assumée, pour aimer jusqu'à l'extrême de l'amour.

Mais pour nous la croix demeure toujours imprévisible ; elle ne se précise que peu à peu, et parfois change de visage à divers moments de la vie.

Il y a la croix du corps et la croix du cœur, la croix de la solitude et la croix de la vie commune, la croix de celles qu'on oublie et la croix de celles qui plient sous la charge.           

Il y a la croix à consentir pour rester fidèle, coûte que coûte, et la croix qui nous atteint au creux même de notre fidélité.

Les croyants prennent très au sérieux les paroles du Seigneur sur ceux qui veulent le suivre, et l'on est souvent dans l'admiration en constatant avec quelle spontanéité, avec quelle générosité, des chrétiens de tous âges accueillent comme une croix, dans la lumière du Seigneur, les épreuves de santé et les épreuves familiales ou communautaires. 

Mais comme nous avons de la peine à reconnaître notre croix, notre croix sanctifiante, dans les choses qui nous atteignent et qui ne devraient pas être, dans les incompréhensions, les injustices ou les ingratitudes, dans les impasses communautaires, dans des situations sans remède, où le mal semble dominer !

Comme il est difficile, alors, de continuer à aimer jusqu'à l'extrême, de continuer à porter les choses ou les personnes pour la gloire de Dieu et le salut du monde, en mettant de l'amour partout où l'amour manque, en apportant le sourire au nom de Jésus et de son Évangile, en perdant sa vie pour que la vie fasse son œuvre !

Comme il est difficile de deviner la croix dans des situations injustifiées ou injustifiables ! Mais la croix de Jésus, justement, était injustifiable ! Injustifiable, son faux procès ! Injustifiable, sa mort entre deux bandits ! Jésus a su aimer au milieu de toute cette haine, entrant jusqu'au bout dans le dessein du Père ; il a su mourir pour les hommes au moment où les hommes le faisaient mourir.

Et c'est bien aussi le sens de toutes nos croix : dire "oui" au Père pour une nouvelle victoire de l'amour.

Vous qui m'avez suivi vous recevrez le centuple

« Vous qui m’avez suivi,

vous recevrez le centuple »

(Mt 19, 27-29)

 

« En ce temps-là, Pierre prit la parole et dit à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre : quelle sera donc notre part ? » Jésus leur déclara : « Amen, je vous le dis : lors du renouvellement du monde, lorsque le Fils de l’homme siégera sur son trône de gloire, vous qui m’avez suivi, vous siégerez vous aussi sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël. Et celui qui aura quitté, à cause de mon nom, des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre, recevra le centuple, et il aura en héritage la vie éternelle. » 

 

Le jeune homme riche vient de s'éloigner, tout triste.

Il était venu s'enquérir de la vie éternelle, et Jésus lui a suggéré : "Va, vends tout ce que tu possèdes ; puis viens, et suis-moi". C'était trop pour lui, et Jésus commente : "Un riche entrera difficilement dans le Royaume des cieux".

Les disciples ont été "très impressionnés", dit l'Évangile. Ils ont fait sans doute le lien entre les sacrifices proposés à ce jeune homme et leur propre aventure à la suite du Maître. Depuis plusieurs mois, maintenant, le bureau de Matthieu est fermé ; dans le petit port de Capharnaüm les barques de Simon sont à quai, et au fond des barques les filets ont séché.

"Eh bien, dit Pierre, nous, nous avons tout laissé et nous t'avons suivi ! Qu'en sera-t-il donc pour nous ? (Littéralement : Qu'y aura-t-il pour nous ?)" Question profondément humaine ...

Tout être humain a besoin de se projeter dans un avenir prévisible, et donc un peu maîtrisable. Chacun veut pouvoir appuyer son espérance sur quelques prévisions, et Pierre, sans marchander son adhésion, voudrait quand même avoir un minimum d'assurances.

Mais Jésus n'en donne aucune à Pierre pour le temps présent. Il évoque le monde nouveau, le renouvellement de toutes choses, "la nouvelle genèse, palingénèsia". Alors, mais alors seulement, les Apôtres auront part à la seigneurie universelle du Ressuscité ; ils siégeront avec lui pour gouverner ("juger") les tribus innombrables des sauvés.

Puis Jésus embrasse d'un seul regard, bien au-delà des Douze, tous ceux qui auront fait le pas et auront renoncé à tout pour le suivre.

Beaucoup d'hommes et de femmes, en effet, vont accepter ce que le jeune homme riche a refusé.

Ils vont quitter la maison, qui est le cadre du bonheur ; des terres, c'est-à-dire un travail apaisant et la sécurité pour les jours à venir ; un père et une mère, c'est-à-dire le passé familial et - pour chacun - ses racines vivantes en ce monde ; des frères et des sœurs, c'est-à-dire un premier cercle d'affection et de confiance, base et modèle pour d'autres réseaux de relations amicales, des enfants, enfin, qui sont les fruits d'un amour, et l'assurance, pour longtemps, d'une tendresse partagée.

À l'appel de Jésus, ils auront renoncé à tout cela. En échange, qu'y aura-t-il pour eux ? "Ils recevront beaucoup plus", dit Jésus ; beaucoup plus "maintenant, en ce temps-ci", précise l'Évangile de Marc. Et ce "maintenant" nous pose question.

Où trouver ce "plus" ? Où le repérer, comment le mesurer ?

Face aux sécurités bien tangibles que nous avons quittées pour suivre le Seigneur, les joies du "surplus" paraissent souvent peu évidentes et peu sensibles ! À certaines heures de la vie consacrée, nous percevons surtout l'ampleur des sacrifices consentis, et la tentation nous vient de nous accrocher de nouveau à des œuvres rentables, à un épanouissement personnel ou à des relations gratifiantes pour le cœur.

Jusqu'au jour où, par grâce, nous prenons conscience que nous faisons fausse route en visant l'avoir, le pouvoir, le faire-valoir, parce que Dieu nous offre beaucoup mieux : un supplément d'être.

De loin en loin, en revenant sur une tranche de vie, et en prenant le temps de rendre grâces, nous découvrons que nous avons grandi, à notre insu, en liberté intérieure, parce que nous avons perdu toute fièvre, parce que nous avons lâché tout besoin de nous comparer, parce que nous avons renoncé à toute hâte, pour nous plier avec joie aux lenteurs de Dieu.

Nous avons trouvé une source plus pure de bonheur, du jour où nous avons choisi non pas d'être portés, mais de porter ; non pas d'être valorisés, mais de mettre les autres en valeur ; non pas d'occuper l'espace, mais de sanctifier le temps.

Nous nous sommes rapprochés du cœur de Dieu en rejoignant un peu sa passion de faire vivre, en nous efforçant de comprendre pour mieux pardonner, et en laissant l'Esprit Saint ouvrir notre cœur à la compassion.

C'est ainsi, les mains chaque jour un peu plus vides, que nous nous préparons à l'héritage, à la vie éternelle.

Jésus fait son discours des béatitudes sur la montagne

« Réjouissez-vous,

soyez dans l'allégresse ! »

(Mt 5, 1-12a)

 

« En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » 

Heureux les pauvres de cœur …

Heureux, non pas ceux qui vivent dans la misère, la dépendance totale et l'insécurité ; non pas ceux à qui sont refusés tout épanouissement et toute croissance culturelle ; non pas ceux qui sont marqués dans leur psychisme et qui jamais ne seront adultes et pleinement responsables d'eux-mêmes, mais les pauvres de cœur, les pauvres en esprit, en pneuma.

Or le pneuma, la ruah, c'est non seulement l'intime de l'homme, la source de ses aspirations et de ses décisions profondes, mais l'intime de l'homme qui est tourné vers Dieu, qui est en relation à Dieu, en réceptivité par rapport à Dieu.

Heureux, bienheureux, donc, ceux qui devant Dieu se retrouvent pauvres, s'acceptent pauvres, se veulent pauvres, ceux qui consentent à demeurer, devant Dieu, dans le désir, ceux qui mettent leur joie à attendre tout du Seigneur.

La vie de pauvreté, les choix de pauvreté matérielle, sont au service de ce bonheur, de cette Béatitude, du pauvre devant Dieu. Pour nous ouvrir à ce supplément d'être, devant Dieu, nous nous libérons des contraintes de l'avoir.

Pour ceux qui se veulent, devant Dieu, tout accueil, toute soumission, tout offrande filiale, les biens de cette terre sont simplement, humblement, sereinement, support de la vie, outils de service, corbeille de pain pour le partage.

Nos mains s'ouvrent parce que les mains de Dieu sont ouvertes ; nos mains donnent parce que les mains de Dieu rassasient tout vivant, notre cœur ne retient pas les choses parce que Dieu est amour et toujours en acte de faire vivre.

Nous trouvons, certes, dans la vie religieuse ou l'existence consacrée, des normes et des habitudes de pauvreté ; mais notre désir de pauvreté est d'emblée bien plus large que toutes les habitudes, bien plus libre que toutes les normes, parce que nous sommes pauvres d'abord en pneuma, d'abord dans notre relation à Dieu. Comme filles et fils de Dieu, nous sommes déjà établis en relation de pauvreté ; et notre vie de pauvre ne sera jamais que la livrée quotidienne de notre grand désir, de notre réponse d'amour. 

Le Père donnera son Esprit Saint

« Demandez, on vous donnera »

(Lc 11, 5-13)

 

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : “Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.” Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : “Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose.” Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut. Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » 

 

Le Seigneur nous propose aujourd'hui deux paraboles en une : celle de l'ami qui se laisse fléchir, et celle du père qui n'a dans le cœur et dans les mains que de bonnes choses pour son fils.

Mais les deux débouchent sur la même leçon : Dieu aime qu'on insiste dans la prière, et on arrive toujours à le toucher.

Si déjà l'ami importuné finit par se lever de guerre lasse, à plus forte raison Dieu ne nous fera-t-il pas trop attendre. D'ailleurs il n'y a pour lui ni nuit ni sommeil, et il ne risque pas de réveiller personne, car chez Dieu personne ne songe à dormir.

Si déjà un père humain n'a pas de raisons de décevoir ou de tromper son enfant, s'il n'ira pas lui donner, au lieu du poisson ou de l'œuf qui peuvent le nourrir, le serpent ou le scorpion qui vont le faire mourir, à plus forte raison Dieu ne va-t-il pas détruire en nous l'enfant qu'il a engendré par l'Esprit Saint.

Ainsi, comme très souvent dans ses paraboles, Jésus veut nous montrer aujourd'hui que nous nous trompons sur le cœur de Dieu, que nous n'avons pas idée de sa tendresse, et que nous ne comprenons pas à quel point notre prière le touche.

Que nous priions pour un ami ou pour nous-mêmes, si nous partons battus, c'est que nous ne croyons pas à l'amour du Père. Souvent nous nous plaignons de ne pas être exaucés ; mais que valait notre prière ? Il y a tant de choses pour lesquelles nous sommes d'avance résignés : résignés à telle tiédeur dont nous n'attendons plus d'être délivrés, résignés à telle misère que nous admettons déjà comme une fatalité, résignés à une compréhension moyenne des "bonnes choses" de Dieu, alors que Dieu n'attend que notre désir pour nous faire entrer dans son mystère, résignés à telle rupture ou à telle froideur envers nos frères, au point d'imaginer que Dieu, lui aussi, a classé les êtres définitivement.

Trop vite on cesse de demander, on cesse de chercher, on ne frappe plus à la porte de Dieu ; ou bien l'on frappe comme en s'en allant, sans attendre qu'il ouvre. Mais cette résignation camoufle souvent les petitesses de notre amour. Celui qui insiste peu, aime peu. Celui qui n'espère pas pour tout reste à mi-chemin de l'amour.

Évidemment nous ne pouvons pas attendre de Dieu qu'il aille au-devant de nos caprices. Il préfère nous traiter en adultes, quitte à nous réserver de loin en loin de ces petites surprises toutes divines que nous sommes seuls à pouvoir reconnaître et qui font jaillir en nous l'action de grâces des pauvres.

Dieu connaît les bonnes choses qui nous conviennent, et nous savons en tout cas qu'il nous accordera sans mesure son Esprit Saint, si nous le demandons pour nous et pour nos frères.

Quant aux amis qui viennent à nous sans prévenir, au hasard des routes de la vie ; quant à tous ceux qui comptent sur nous et dont la confiance pèse si lourd parfois, dans la nuit où nous sommes, nous savons d'avance qu'il y a une place pour eux dans le cœur du Père et que Dieu, pour eux, nous prêtera de son pain.

Cherchons, demandons, frappons à la porte ; c'est toujours Dieu lui-même  qui vient ouvrir. La porte s'ouvre, en tout cas, à chaque Eucharistie : Dieu nous donne son Fils, et c'est déjà toute sa réponse.

Je prierai le père et il vous donnera le Paraclet

« Je ne vous laisserai pas orphelins »

(Jn 14, 15-21)

 

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. »

 

 

Depuis une trentaine d'années, le monde a fait des pas de géant aussi bien dans la maîtrise des techniques nouvelles que dans la médecine, la chirurgie, et beaucoup de sciences humaines. Et pourtant les journaux, les revues, la télévision et les conversations journalières laissent apparaître une sorte d'angoisse en ce début du troisième millénaire, parce que la haine demeure puissante entre beaucoup de peuples, parce que la barbarie resurgit ici ou là, aussi bien dans notre vieux continent que dans le tiers monde, parce que la science ne peut pas relever sur commande le défi des maladies nouvelles, et enfin parce que le tissu de notre société occidentale se trouve fragilisé par un  chômage galopant et par l'effacement des valeurs familiales.

Et nous, les chrétiens, qui sommes porteurs de l'Évangile pour le monde, nous à qui Jésus a révélé le prix de chaque vie et le sens de l'histoire, nous emboîtons le pas aux prophètes de la morosité, et il nous arrive, à nous aussi, de vivre, de penser, de réagir comme si le monde des hommes était abandonné à lui-même, comme si le cœur des hommes n'avait plus ni racines ni certitudes.

Jésus, aujourd'hui encore, vient triompher de notre désarroi et de notre tristesse, et il nous redit, avant de nous fortifier par son Eucharistie, la parole d'espérance qu'il nous a laissée quelques heures avant de souffrir pour nous : "Je ne vous laisserai pas orphelins".

L'orphelin est en quête d'affection et de sécurité, parce qu'il a perdu ses racines et les repères premiers de son cœur. Les disciples, un moment, croiront avoir tout perdu à la mort de Jésus ; ils se croiront orphelins, sans guide vers le Père et sans lumière sur la route. Mais l'Esprit Saint, l'Esprit de la Pentecôte, leur ouvrira les yeux, et ils verront celui que le monde du refus ne pourra plus voir :

"Je ne vous laisserai pas orphelins : je viens à vous encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus ; vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez, vous aussi !"

Jésus, en disant : "Vous me verrez vivant", renvoie à deux expériences des disciples :

- vous me verrez, lors de mes apparitions, durant quarante jours ;

- vous me verrez, vous pourrez toujours me voir, vous me verrez chaque jour, par les yeux de la foi.

Quelle lumière sur notre vie personnelle, sur l'Église de Jésus et le destin du monde : "Vous me verrez vivant, et vous vivrez !" Avec Jésus, c'est toujours la vie qui sera victorieuse. Ce qui nous fait vivre, ce qui nous fera vivre au cœur même des incertitudes, c'est de voir Jésus vivant, de le voir vivre près du Père et vivre en nous. "En ce jour-là", ajoute Jésus, en ce jour qui s'étirera jusque la fin des temps, "vous connaîtrez que je suis dans le Père, que vous, vous êtes en moi, et moi en vous".

Toute notre foi chrétienne est là, toute notre espérance aussi, concentrées en deux phrases de Jésus. Ce que nous connaîtrons, au long de notre vie chrétienne, ce que notre adhésion de foi nous fera découvrir de plus en plus, avec un émerveillement grandissant, c'est que le Christ Jésus est en son Père, qu'il a en partage, pour toujours, la gloire qui n'est due qu'à Dieu. Jésus Christ est Seigneur, Dieu souverain à la droite du Père.

Mais cette vie de Jésus, Seigneur de la gloire, nous concerne tous ; et Jésus y insiste : "Vous connaîtrez que vous êtes en moi, et moi en vous". Vous en moi, moi en vous: ce qui nous est promis là, c'est une réciprocité totale entre nous et le Ressuscité.

Le Christ nous inclut en lui, frères et sœurs, et ainsi, par lui, avec lui, en lui, nous passons dans le Père. Alors nous trouvons nos racines, notre assurance filiale, notre vraie liberté. Loin d'être touchés, comme l'orphelin, d'une blessure de solitude, loin de nous retrouver fragiles et démunis, autonomes mais malheureux de l'être, nous voyons, dans la foi, le Père venir à nous pour établir en nous sa demeure :

"Celui qui m'aime sera aimé de mon Père".

 "Si quelqu'un m'aime, mon Père l'aimera"

Voilà la promesse qui remet en route tous les désespérés.

Voilà la force intérieure qui fait les apôtres et les saints: la certitude d'être aimé.

Hostie eucharistie moi je suis le pain de vie

« Je suis le Pain de la Vie »

(Jn 6, 35-40)

 

« En ce temps-là, Jésus disait aux foules : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. 

Mais je vous l’ai déjà dit : vous avez vu, et pourtant vous ne croyez pas. 

Tous ceux que me donne le Père viendront jusqu’à moi ; et celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors. 

Car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. 

Or, telle est la volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour. 

Telle est la volonté de mon Père : que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » 

"C'est moi qui suis le Pain de la vie."

Notre évangile d'aujourd'hui s'ouvre sur cette affirmation centrale de tout le discours de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm. Affirmation qui sera développée à deux niveaux :

- d'abord au niveau "sapientiel", celui de l'adhésion de notre intelligence au message ; et à ce niveau le pain de la vie désigne la révélation apportée par Jésus, la parole qui vient éveiller notre foi.

- puis au niveau proprement sacramentel et eucharistique, où le pain de la vie sera la chair de Jésus Christ ressuscité.

Dans les quelques versets que l'Église nous fait lire aujourd'hui, c'est le premier thème, sapientiel, que Jésus aborde devant ses auditeurs : il est le Pain de la vie parce qu'il apporte aux hommes la parole de Dieu qui va nourrir leur foi, parce qu'il est la Sagesse de Dieu qui est venue dresser la table pour les hommes, la table de la parole et de l'Eucharistie.

D'où l'importance accordée à la foi dans ces premières phrases de Jésus.

Pour lui, la foi est une démarche de tout l'homme : croire, c'est "venir à lui" ; une démarche vers Lui, l'Envoyé de Dieu ; un acte de confiance inconditionnelle qui ne laissera en l'homme ni regret, ni déception, ni frustration : "Celui qui vient à moi n'aura pas faim ; celui qui croit en moi n'aura jamais soif".

Et Jésus de résumer l'itinéraire de toute conversion.

L'homme vient au Christ, librement, parce qu'il est saisi par sa personne et son message : c'est le moment où le disciple est "donné" par le Père au Fils qui le révèle. Et ce croyant qu'il reçoit du Père, le Fils ne le rejette jamais. Pourquoi ? - parce qu'il veut réaliser pour cet homme la volonté du Père, qui est un projet de vie et de bonheur. "La volonté de Celui qui m'a envoyé, dit Jésus, c'est que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés, et que tout homme qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle."

Mesurons bien le formidable optimisme qui se cache dans cette promesse du Seigneur : le Père n'a pour nous, pour chacun et chacune, qu'un projet de vie, et c'est Jésus qui nous la transmet, dès lors que nous venons à lui par la foi et que nous reconnaissons en lui le Fils de Dieu.

Dès que nous disons oui au message de Jésus, à l'influence de Jésus, à l'appel de Jésus, la vie éternelle commence son œuvre en nous. Que nous en ayons conscience ou non, que la foi soit en nous une certitude heureuse ou un combat de tous les jours dans l'opacité de la prière, que nous ayons la joie de sentir la victoire de Jésus toute proche ou que nous vivions à certaines heures notre quête de Dieu sous le signe de l'échec, la vie fait son œuvre: Jésus, parole de Dieu et Pain de la vie, s'offre à combler notre faim.

Accueillir le Fils et croire en lui, c'est avoir la vie éternelle ; voir le Fils à l'œuvre pour notre conversion, en dépit de tous les sentiments de solitude ou d'abandon, c'est s'ouvrir à la vie éternelle ; discerner la présence du Fils de Dieu au creux de nos pauvretés personnelles et communautaires, c'est laisser toute sa place à la vie éternelle.

Quand le chemin de la foi nous paraît long, quand nous perdons courage devant les lenteurs de l'Église ou de nos communautés, quand nous ressentons avec chagrin l'inertie de notre propre cœur, redisons-nous que Celui qui nous appelle a le pouvoir d'éterniser notre amour. Jésus l'a promis : "Quiconque voit le Fils et croit en lui a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour."

La voix venue d'en haut

« Je vous donne ma paix »

(Jn 14, 27-31a)

 

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. Désormais, je ne parlerai plus beaucoup avec vous, car il vient, le prince du monde. Certes, sur moi il n’a aucune prise, mais il faut que le monde sache que j’aime le Père, et que je fais comme le Père me l’a commandé. » 

 

"Je vous laisse la paix, dit Jésus dans son discours d'adieux, je vous la laisse en partant, comme un testament spirituel". Mais est-il si évident que la paix soit le lot des disciples de Jésus ? Les persécutions n'ont jamais cessé, et l'épreuve fait partie du quotidien des croyants !

C'est pourquoi Jésus insiste : "Je vous donne ma paix ". La paix qui ne nous quittera pas, c'est la paix de Jésus, sa paix personnelle de Fils de Dieu fait homme ; et elle sera toujours à recevoir comme un don du Crucifié élevé dans la gloire.

Quand nous songeons à la paix, nous évoquons d'instinct la tranquillité ou l'absence de dangers. Les hommes de la Bible y voyaient aussi et surtout un achèvement et une plénitude, et c'est par là qu'il nous faut chercher la paix telle que Jésus la donne.

Le "monde", au sens johannique du terme, c'est-à-dire le monde du refus et de l'oubli, le monde quand il se construit sans référence à Dieu, tente désespérément de se donner la paix, à l'échelle universelle par l'équilibre des armements, à l'échelle des groupes humains par la neutralisation des agressivités. Ce n'est pas négligeable, et c'est souvent onéreux, mais c'est toujours plus ou moins la paix sur un volcan : les pressions internes demeurent et les tensions renaissent. C'est toujours une paix incertaine et inquiète. À nous-mêmes, disciples de Jésus, la paix apparaît souvent comme une conquête difficile, qu'il s'agisse de l'harmonie communautaire, de l'entente familiale ou de la sérénité de notre propre cœur face aux énervements ou à la solitude.

Jésus, lui, ne donne pas sa paix "comme le monde la donne". Avec lui notre cœur n'a plus lieu de "se troubler ni de craindre" ; car la paix qu'il nous offre est liée directement à sa présence et à sa parole.

Lui-même puisait la paix dans la présence de son Père :

"L'heure vient où vous me laisserez seul ; mais je ne suis pas seul, le Père est avec moi" (16,33) ; et avec insistance il a voulu lier le don de sa propre paix à sa présence de Ressuscité. Par trois fois dans l'Évangile de Pâques, il est dit : Jésus se tint au milieu d'eux, et il leur dit : "La paix soit avec vous" (20,19.21.26). Et c'est bien ce qu'il promettait lors de la Cène en nous donnant sa paix : "Je m'en vais, et je viens à vous" (14,28).

Si donc nous voulons recevoir la paix de Jésus, entrer dans sa paix de Fils, il suffit de l'accueillir, lui qui vient à nous, lui qui "se manifeste" à tous ceux qui sont aimés du Père. Avec Jésus, en Jésus, la paix est déjà là, toujours déjà là : "Il est lui-même notre paix" (E 2,14).

Et quand bien même nous perdrions le sentiment de sa proximité, sa parole la réaffirme à notre foi, sa parole qui vient de la paix et conduit à la paix, sa parole de Révélateur, qui a dit à l'avance que sa Croix aurait un sens et que nos croix trouveraient sens dans la sienne :

"Je vous ai parlé dès maintenant, avant l'événement, afin que, lorsqu'il arrivera, vous croyiez. Je vous ai dit ces choses pour qu'en moi vous ayez la paix" (14,29 ; 16,33).

Et c'est en nous remémorant ces paroles prophétiques de Jésus que le Paraclet nous introduit chaque jour dans la paix, en même temps que dans la vérité tout entière.

Nous avons à construire la paix, la paix de concorde, qui écarte les obstacles et rouvre patiemment l'espace du dialogue. Mais le plus sûr moyen de devenir des artisans de la paix, c'est de la recevoir humblement comme don de Dieu en Jésus Christ, comme don de Jésus présent et parlant à sa communauté.

Alors seulement la paix, en nous et entre nous, devient achèvement et plénitude, parce que, au cœur même des épreuves, elle est certitude de la victoire du Fils de Dieu.

Je suis le chemin, la vérité, la vie

« Moi, je suis le Chemin,

la Vérité et la Vie »

(Jn 14, 1-6)

 

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : ‘Je pars vous préparer une place’ ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père. »

 

À cet endroit de l'Évangile de Jean, le discours après la Cène devient dialogue, puisque, après avoir conversé avec Pierre (13,38), Jésus s'adresse ici à Thomas, puis à Philippe.

"Seigneur, disait Thomas, nous ne savons même pas où tu vas, comment pourrions-nous en savoir le chemin ?" Et Jésus de répondre par une phrase insondable, où l'on ne peut entrer que le cœur grand ouvert : "Moi, je suis le chemin et la vérité et la vie".

 Il est le chemin parce qu'il est la vérité.

 Il est à lui seul toute la vérité que Dieu révèle aux hommes, toute la vérité sur Dieu qui se révèle. Tout ce qu'on peut dire du Père est déjà dit par le Fils ; tout ce qu'on peut connaître du Père est pleinement manifesté dans le Fils : Jésus est chemin de connaissance, chemin de vérité.

Il est aussi le chemin parce qu'il est la vie.

Toute la vie que le Père offre aux hommes est déjà donnée dans son Fils : "Telle est en effet la volonté de mon Père, dit Jésus, que quiconque voit le Fils et croit en lui, ait la vie éternelle" (6,40). Tout homme en marche vers le Père est en route vers la vie, et il la trouve déjà en rencontrant le Christ. Jésus est chemin de vie : il est déjà la vie, lui qui mène à la vie.

Jésus est à la fois la vérité et la vie, parce que, à la fois, il manifeste le Père et introduit les hommes dans sa communion ; mais tant que nous sommes pèlerins vers la gloire, Jésus est pour nous la vérité et la vie sur le mode du chemin, du chemin à suivre, sur le mode du passage, du passage obligé.

"Personne ne va au Père que par moi", dit Jésus. Si donc nous avons l'impression d'être perdus dans notre quête de Dieu, si nous revenons, de loin en loin, devant les mêmes impasses, si nous sommes tentés de perdre courage parce que toute route s'efface, il suffit, pour retrouver le chemin, de s'ouvrir de nouveau à la vérité de Jésus et de recevoir comme un pauvre la vie qu'il nous offre.

Il suffit même de voir Jésus pour voir le Père, de connaître Jésus pour connaître le Père, si l'on regarde résolument avec les yeux de la foi. Et c'est ce que Jésus révèle à Philippe. À sa demande : "Seigneur, montre-nous le Père !", il répond : "Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant, Philippe, tu ne m'as pas connu ?" Il y avait donc, tout au long de la vie de Jésus, quelque chose à connaître, quelqu'un à reconnaître, au travers et au-delà de ses paroles et de ses actes. Il y a, encore aujourd'hui, à reconnaître dans le Jésus des Évangiles, non seulement l'envoyé de Dieu, mais la manifestation parfaite du Père. Il faut reconnaître en Jésus, que l'on voit agir, que l'on entend parler, le Fils éternel venu "raconter" Dieu (1,18), le Bien-Aimé qui peut dire : "Je suis dans le Père et le Père est en moi. Les paroles que je dis, je ne les dis pas de moi-même : le Père, demeurant en moi, accomplit ses propres œuvres".

C'est à cause de cette communion indicible que Jésus est vérité de Dieu ; c'est à cause de cette intimité que Jésus est vie de Dieu pour les hommes. De son vivant sur terre, déjà Jésus était habité par la gloire de Dieu ; cheminant parmi nous il était déjà chemin vers le Père, lien immédiat avec le Père. À plus forte raison nous mène-t-il jusqu'au Père, maintenant qu'il est assis pour toujours à sa droite et qu'il attire à lui tous les hommes.

Même les cheveux de votre tête sont tous comptés

« Ne craignez pas ceux

qui tuent le corps »

(Mt 10, 26-33)

 

« En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Ne craignez donc pas les hommes ; rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière ; ce que vous entendez au creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps. Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, moi aussi je me déclarerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. » 

 

 

"Ne craignez pas... courage !" Telle est la consigne de Jésus qui noue en gerbe les quatre paroles retenues aujourd'hui par la liturgie.

Il s'agit, dans sa pensée, non pas de ces craintes fugitives qui gênent ou empoisonnent la vie de tous les jours, mais de la crainte qui saisit le croyant au moment de témoigner de sa foi et de son attachement à Jésus-Christ ; la crainte de paraître fou, ou demeuré, ou dépassé ; la crainte de la persécution, dont Jésus vient de parler dans le contexte de saint Matthieu : "Vous serez haïs de tous à cause de mon nom".

Et si nous demandons à Jésus ce qui peut nous aider à traverser la crainte, sa réponse nous semblera étrange. Il la donne juste avant sa consigne, lorsqu'il dit : "Le disciple n'est pas au-dessus du Maître, ni le serviteur au-dessus de son Seigneur. Puisqu'ils ont traité de Béelzéboul le maître de maison, à combien plus forte raison le diront-ils de ceux de sa maison !"

Ainsi notre raison de ne pas craindre, c'est que notre destin reproduit celui du Serviteur de Dieu, et que dès le départ nous sommes compromis par lui et avec lui. Notre assurance, notre audace de témoins, est donc d'emblée paradoxale : ce qui doit nous immuniser contre la peur, c'est que notre Maître est allé jusqu'à la mort !

Mais Jésus ajoute aussitôt une autre raison de ne pas nous laisser entamer par la crainte : "Rien n'est voilé qui ne sera dévoilé. Rien n'est secret qui ne sera connu." Ce n'est pas là remarque banale, comme si Jésus disait : "Tout vient à son heure", "tout finit par se savoir", c'est l'affirmation, par le Christ, que la lumière est déjà victorieuse, et que Dieu accompagne le témoignage de ses fils et de ses filles parce qu'il veut, par eux et par elles, dévoiler au monde ses richesses. Il ne faut pas avoir peur, pas plus pour nous que pour notre message. Car si nous sommes porteurs de ce que Dieu révèle, il n'y a rien à craindre ni de l'oppression physique, ni de la solitude intellectuelle, ni des mutations de la culture et de l'histoire, ni de la perte de tout modèle autre que Jésus-Christ.

Celui qu'il faut craindre, nous dit Jésus, c'est Celui qui a le pouvoir de vouer à la géhenne et le corps et l'âme, c'est-à-dire Dieu lui-même, qui seul est maître de l'irréversible, Dieu, maître de la mort et de la vie. Mais ici le mot craindre change de sens, quand on passe de la crainte des hommes à ce que le monde juif appelait "la crainte de Dieu".

La crainte de Dieu, au sens biblique, c'est un mélange de respect et d'affection, c'est à la fois le sens de la majesté de Dieu et une spontanéité filiale pour lui obéir ; c'est, en quelque sorte, la délicatesse de l'homme en réponse à la délicatesse de Dieu. C'est pourquoi, alors que la crainte des hommes, ou de leur jugement, ronge, paralyse et mène au doute, la crainte de Dieu, au sens biblique, réveille sans cesse en nous le meilleur de nous-mêmes et nous rend aptes à percevoir la tendresse de notre Dieu qui s'occupe si bien des moineaux et compte tous les cheveux de notre tête.

Le témoin de Jésus, c'est donc un homme de foi chez qui l'amour pour Dieu a banni la crainte des hommes, et qui est prêt, malgré ses limites et ses faiblesses, à confesser hardiment le Christ sauveur, à se déclarer pour lui devant les hommes, c'est-à-dire à se déclarer solidaire de lui, en tout temps et en tout milieu, partout où il est aimé, partout où il est trahi, partout où des hommes à tâtons, le cherchent.

Et ce témoignage-là, même s'il met en œuvre toutes les ressources humaines de l'apôtre, dépasse le niveau de l'habileté et du prestige ; il s'enracine humblement dans l'amitié avec Jésus, mort et ressuscité.

Ce que le disciple crie au monde, ce qu'il a le droit et de devoir de proclamer sur les toits, c'est ce que Dieu lui a murmuré à l'oreille, ce qu'il n'a jamais cessé de murmurer à son peuple. Voilà pourquoi notre témoignage ne peut être ni agressif, ni contraignant, et ne peut céder à aucune tentation d'impatience. Il renvoie à une parole entendue, à un visage toujours cherché. C'est un message tout d'intériorité et de douceur, enveloppé de la même miséricorde qui nous enveloppe nous-mêmes.

Jésus le nom qui sauve

« Ce n'est pas vous qui parlerez,

c'est l'Esprit de votre Père »

(Mt 10, 17-22)

 

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Méfiez-vous des hommes : ils vous livreront aux tribunaux et vous flagelleront dans leurs synagogues. Vous serez conduits devant des gouverneurs et des rois à cause de moi : il y aura là un témoignage pour eux et pour les païens. Quand on vous livrera, ne vous inquiétez pas de savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. Le frère livrera son frère à la mort, et le père, son enfant ; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mettre à mort. Vous serez détestés de tous à cause de mon nom ; mais celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé. » 

 

Devant les épreuves que connaissent actuellement nos communautés, paroissiales, diocésaines ou monastiques, nous nous surprenons à dire à Dieu, dans notre prière : "Seigneur, où es-tu ?", un peu comme les psalmistes, qui s'écriaient : "Pourquoi dors-tu, Seigneur ?"

L'Évangile d'aujourd'hui nous répond en nous replaçant devant deux certitudes, apparemment opposées :

Le Seigneur Jésus continue de nous envoyer : "Voici que moi, je vous envoie ".

Le Seigneur sait que la mission dépasse nos forces ; il sait que nous sommes démunis : "...Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups".

Mission risquée, mission dangereuse, mission impossible aux hommes seuls, et qui ne devient pensable qu'avec la force de Dieu.

Si nous regardions le rapport des forces uniquement du point de vue humain, il y aurait de quoi désespérer : brebis au milieu des loups, nous sommes battus d'avance, mangés d'avance. Et de fait, au cours des siècles, des milliers de disciples de Jésus ont payé de leur vie leur fidélité à l'Évangile. De nos jours encore des chrétiens sont enfermés, torturés, liquidés par les loups.

Pourtant, chaque jour, comme au premier jour, nous entendons le Christ nous redire : "Je vous envoie".

Quelle consigne nous donne-t-il pour cette confrontation avec le monde du refus ?

C'est une sorte d'énigme, une sorte de proverbe insaisissable, qui offre deux faces, mais dont on ne peut jamais savoir quel est l'endroit et quel est l'envers :

"Soyez avisés comme les serpents, et candides comme les colombes".

Non pas : tantôt avisés et tantôt candides, selon les personnes et les situations ; mais à la fois avisés et candides. C'est donc un équilibre sans cesse à trouver et qui n'est jamais donné une fois pour toutes ; c'est une non-violence volontaire, c'est-à-dire le refus de répondre à la haine par la haine, à l'agressivité par l'agressivité.

Nous aimerions écarter les résistances par les méthodes dont les hommes usent pour saisir le pouvoir et le garder, pour prendre la parole et l'imposer, pour se pousser en avant et occuper l'espace. Et Jésus nous suggère la douceur, qui est la grande force de ceux qui ne passent pas en force.

Il est vrai que cette non-violence du cœur nous mettra parfois en position de faiblesse. C'est alors qu'agira la puissance de l'Esprit, au point que le disciple de Jésus ne devra même plus se soucier de sa propre défense ; il devra rester brebis jusqu'au bout : "Lorsqu'on vous livrera, ne cherchez pas avec inquiétude comment parler ou que dire : ce que vous aurez à dire vous sera donné sur le moment, car ce n'est vous qui parlerez, mais l'Esprit de votre Père qui parlera en vous".

Quelle force pour nous dans ces paroles du Seigneur ; quelle lumière pour la vie communautaire !

Nous pouvons aller jusqu'au bout de la douceur, nous pouvons chasser de notre cœur jusqu'à la moindre miette de violence, d'amertume ou de sévérité : si nous sommes dénigrés ou attaqués pour notre foi, l'Esprit de Dieu parlera en nous.

De même, lorsque nous nous sentons traînés devant le tribunal du jugement des autres, tout notre soin doit être, non pas de préparer notre justification ou de remâcher notre défense, mais de nous en remettre à l'Esprit de notre Père, qui veut parler en nous. C'est lui qui se charge de notre honneur, de notre droit, de la justice qui nous est due ; et quand nous avons pris le chemin du pardon, c'est lui qui assume la tâche de liquider tous les conflits, d'effacer tout le passé d'ignorance et d'incompréhension entre deux frères ou deux sœurs ; c'est lui, l'Esprit de Jésus, qui tisse des liens nouveaux et recrée à neuf tous les liens distendus.

C'est lui qui peut nous garder dans la paix, sans illusions, comme le serpent, qui sait se taire, attendre et regarder, sans inhibition, comme la colombe, qui ose rester libre, malgré les pièges et les filets.

Très souvent, lorsque nous voudrions parler en laissant voir les crocs, pour nous protéger ou pour défendre des idées chères, les options que nous avons prises ou le style de vie qui nous passionne, mieux vaut redevenir brebis et nous ouvrir à la paix de l'Esprit, afin de mieux entendre, en nous et parmi nous, la voix du Berger.

Christ sur son trône sceptre et monde

« Pour Dieu tout est possible »

(Mt 19, 23-30)

 

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Amen, je vous le dis : un riche entrera difficilement dans le royaume des Cieux. Je vous le répète : il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des Cieux. » Entendant ces paroles, les disciples furent profondément déconcertés, et ils disaient : « Qui donc peut être sauvé ? » Jésus posa sur eux son regard et dit : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. » Alors Pierre prit la parole et dit à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre : quelle sera donc notre part ? » Jésus leur déclara : « Amen, je vous le dis : lors du renouvellement du monde, lorsque le Fils de l’homme siégera sur son trône de gloire, vous qui m’avez suivi, vous siégerez vous aussi sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël. Et celui qui aura quitté, à cause de mon nom, des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre, recevra le centuple, et il aura en héritage la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers. » 

 

Les deux textes d'aujourd'hui sont cousus, ou pour le moins faufilés, par un double thème : les limites de l'homme et la puissance de Dieu qui sauve.

Les limites de l'homme sont évidentes ; mais la présence active de Dieu bien souvent ne peut être per­çue que par la foi.

Ainsi de Gédéon, pressé de rentrer son grain pour le soustraire aux razzias des Madianites. Le Seigneur a une mission pour lui et l'insinue déjà dans la salutation de son envoyé : "Le Seigneur est avec toi, vaillant guer­rier !" - Avec moi, peut-être, pense Gédéon ; avec nous, ce n'est pas évident..."Pardon, mon Seigneur, si le Sei­gneur est avec nous, d'où vient tout ce qui nous arrive ?... Le Seigneur nous a abandonnés, livrés au pouvoir de Madian !" La réponse de Dieu balaie d'un coup toutes les objections et tous les pièges. C'est la réponse d'un Dieu libre qui conforte l'homme dans sa liberté : "Va, avec cette force qui est tienne, et tu sauveras Israël c'est moi qui t'envoie !"

"Va" : c'est un ordre, une mission.

"Avec ta force, telle qu'elle est", car telle qu'elle est, je veux m'en servir ;

"Tu sauveras Israël" : c'est bien toi qui vas combattre ; mais c'est moi qui donnerai la victoire : "C'est moi qui t'envoie". La moisson est disproportionnée, mais Dieu n'a que faire de nos calculs de probabilité. À chacun de nous il demande seulement : "Donne-moi ta force, telle qu'elle est !"

Dans l'Évangile, Jésus ajoute même : abandonne-moi ce qui fait ta richesse, si tu veux entrer dans le rè­gne de Dieu. Nous sommes toujours trop encombrés de nous-mêmes, de notre avoir ou de nos désirs, et par là inadap­tés au style du Royaume. Entrer dans la mission de Jésus, c'est devenir un fil fin et souple pour l'aiguille de Dieu, car c'est Dieu qui coud et qui brode.

Entendant les paroles de Jésus, les disciples furent extrêmement frappés, et ils disaient : "Qui peut être sauvé ?" Qui aura jamais cette finesse et cette légèreté que Jésus réclame ?

Jésus les regarda, de ce regard qui ouvrait toujours l'espérance, et il leur dit : "Pour les hommes, c'est impossible ; mais pour Dieu, tout est possible. "

La vraie force du disciple de Jésus, c'est la confiance. Allons donc avec cette force qui est nôtre.

Celui qui donnera à boire un simple verre d'eau fraîche

« Qui a perdu sa vie à cause

de moi la gardera »

(Mt 10, 37-42)

 

« En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »

 

Saint Matthieu a regroupé en un même discours un bon nombre de consignes de Jésus concernant la mission chrétienne et le style de vie des missionnaires chrétiens. Comme vous l'avez remarqué, ces quelques versets sont centrés sur l'idée d'accueil ; mais l'accueil peut être vu à plusieurs niveaux.

Il y a d'abord l'accueil des envoyés de Dieu.

Disons tout de suite que ces envoyés ne portent pas forcément tous la petite croix des clercs ou des religieuses. Hommes ou femmes, prêtres ou non, il s'agit des prophètes de la nouvelle Alliance, donc de tous ceux et de toutes celles qui ont quelque chose à dire dans l'Église de Jésus, non parce qu'ils l'ont lu dans une revue ou dans leur journal, mais parce qu'ils l'ont expérimenté, dans la force de l'Esprit Saint, parce qu'ils interprètent authentiquement les événements que traverse le peuple de Dieu.

"Qui accueille un prophète en qualité de prophète recevra une récompense de prophète." Cette parole de Jésus, nous pouvons la comprendre d'abord à la lumière de la première lecture : la femme qui a accueilli dans sa maison le prophète Élisée s'entend dire par l'homme de Dieu : "L'an prochain à cette époque, tu tiendras un fils dans tes bras." Autrement dit : celui qui accueille les messagers de Dieu, le message de Dieu, les suggestions de Dieu, voit venir dans sa vie une fécondité inespérée : c'est la récompense accordée par le prophète

Mais on peut comprendre aussi : celui qui accueille un prophète reçoit la même récompense que le prophète. Si c'est vraiment un prophète que nous recevons, et si nous l'accueillons à cause du message qu'il porte, à cause du Christ qu'il représente, à cause de l'appel qu'il nous transmet, lui "l'homme juste", il faut nous associer, librement et courageusement, à l'œuvre du prophète, il faut laisser entrer en nous l'espérance nouvelle et l'exigence inattendue dont il est le témoin, et c'est pourquoi Jésus nous promet, à nous aussi, une récompense de prophète et d'homme juste.

Évidemment, on ne peut accueillir tout le monde à la fois, on ne peut investir ses forces chrétiennes dans toutes les directions à la fois, ni non plus participer à la fois à toutes les entreprises missionnaires. Il y a d'authentiques disciples du Christ qui ne feront que traverser notre vie. L'important, nous dit Jésus, est de ne pas manquer le moment du verre d'eau.

Mais l'accueil le plus fondamental se situe à un autre niveau : celui de notre relation directe au Christ Sauveur.

"Celui qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille, plus que moi, n'est pas digne de moi", c'est-à-dire n'est pas de niveau avec ce que je lui offre, dit Jésus. Bien sûr, le Christ ne cherche absolument pas à déprécier ni même à relativiser les affections familiales. Lui-même, au moment de mourir, se souciait encore de sa mère, et il a tenu à ce que Marie soit intégrée à sa vraie place dans la communauté chrétienne. Le Christ ne veut pas non plus opposer les attachements humains et l'attachement à sa personne, comme s'ils étaient inconciliables, mais il proclame cependant avec force que, si nous voulons marcher à sa suite, notre marche ne doit pas être arrêtée ni même gênée par des liens affectifs.

En d'autres termes, le Christ ne peut se contenter des restes de nos forces, de notre temps, de notre amour. Il veut tout et tout de suite, et l'amour pour lui est premier et total. Toute autre affection, tout autre lien d'amitié ou d'amour doit être vécu, pour ainsi dire, à l'intérieur de ce don total que nous faisons au Christ. Mais - et c'est là une richesse inouïe du message de Jésus - nos affections humaines, ainsi ressaisies dans notre don au Christ, loin d'être niées, loin d'être dévaluées, loin d'être taries ou stérilisées, trouvent une vérité plus grande et se libèrent des contraintes de l'égoïsme.

On n'aime jamais autant que lorsqu'on aime en Dieu. Tant que Dieu, dans un cœur humain, reste le concurrent, quelque part se glisse la tristesse. Quand Dieu est accueilli comme source de tout amour, la tristesse même se change en joie, et l'on apprend à aimer avec tout son cœur.

Frappez on vous ouvrira

« Quiconque demande reçoit »

(Mt 7, 7-12)

 

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Ou encore : lequel d’entre vous donnera une pierre à son fils quand il lui demande du pain ? ou bien lui donnera un serpent, quand il lui demande un poisson ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent ! Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi : voilà ce que disent la Loi et les Prophètes. » 

 

Il faudrait être sans cœur pour tromper un enfant, pour le frustrer sans raison dans son désir, pour lui mettre en main un caillou et un serpent : des choses immangeables ou dangereuses.

Il nous faut parfois un effort pour nous montrer généreux envers un adulte, mais c'est tout naturellement que nous donnons aux enfants de bonnes choses, le meilleur des choses, celles qu'ils nous demandent, et même celles qu'ils ne savent pas demander parce qu'ils ne les connaissent pas encore.

Même quand notre cœur est dur, impatient ou soupçonneux dans la vie ordinaire, nous avons des trésors de tendresse tout prêts pour les enfants ; et par là, tout racornis que nous sommes, nous offrons pourtant une para­bole de la tendresse de Dieu, "combien plus" grande et spontanée que la nôtre !

Et c'est une invitation à la confiance dans la prière : "Demandez, et vous recevrez".

Dans la vie courante, ce n'est pas habituel. Au contraire, on va de bureau en bureau, d'une maison à une autre, d'un ami à un autre, et souvent on n'obtient pas, on ne trouve pas, et personne n'ouvre, parce que les gens n'ont pas le temps d'accueillir ni d'écouter, parce qu'ils ne peuvent ouvrir ni leur porte ni leur cœur, parce qu'ils n'ont pas assez de liberté pour nous aider à devenir libres.

Dieu, lui, inverse le cours des choses :

Quand on lui demande, on reçoit, parce qu'il met sa joie à donner ; quand on le cherche, on le trouve toujours, parce que lui-même, le premier, se donne à voir et à entendre; quand on frappe à sa porte, il ouvre tout de suite, parce que déjà il attendait.

Cependant, cette certitude d'être entendus, exaucés, comblés, Dieu nous la fait vivre au niveau de la foi, et non pas de manière émotionnelle ; c'est pourquoi la prière demeure difficile.

Nous demandons, et Dieu répond dans la durée, selon son rythme à lui, qui pour nous est lenteur.

Nous cherchons, et parfois Dieu nous laisse avec notre question, parce qu'elle agrandit l'espace de notre cœur et qu'elle nous fait marcher vers lui.

Nous frappons : Dieu entend, Dieu répond, car il est déjà là, toujours là ; mais il nous laisse, librement, pousser la porte.

C'est bien ce que nous avons à faire avant tout, en carême, et pour le carême : pousser la porte que Dieu laisse toujours entrouverte, venir à lui comme le fils prodigue, lui redire, avec nos mots à nous, ce que Esther, dans sa détresse, lui disait si bien : "Viens me secourir, car je suis seule et je n'ai que toi, Seigneur, toi qui connais tout !"

Même la reine Esther n'avait que lui, le roi des dieux, le Dieu des rois ; et c'est le même Dieu qui nous exauce, nous, les tâcherons du Royaume, pas fiers de nous, mais fiers de lui : "Souviens-toi, Seigneur ; fais-toi connaître au moment de notre détresse !"

Souviens-toi, Seigneur, que tu as voulu l'Alliance avec nos pères ; souviens-toi, Jésus, de ces vingt siècles de la nouvelle alliance ; souviens-toi, Père, des humains que tu as choisis dans tous les temps, pour faire d'eux, en chaque temps, un peuple qui t'appartienne.

Nous-mêmes, Seigneur, nous nous souvenons que "tu as fait pour eux tout ce que tu avais promis", et nous faisons mémoire, en cette Eucharistie, de ta longue fidélité.

Il est bien vrai que nous n'avons que toi, comme tous tes pauvres sur la terre, mais avec toi, nous avons tout : il nous suffit de ton amour.

Bon larron tu seras avec moi au paradis

« Jésus, souviens-toi de moi

quand tu viendras

dans ton Royaume »

(Lc 23, 35-43)

 

« En ce temps-là, on venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. » L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » 

Au temps du Christ, quand on menait un homme au supplice, sur tout le parcours jusqu'au lieu de l'exécution le condamné portait une pancarte blanche, ou encore on la faisait porter devant lui. On y inscrivait en lettres noires ou rouges le motif du châtiment.

C'est ainsi qu'on a pu lire, fixée au-dessus de la croix de Jésus, une inscription avec ces quelques mots méprisants : "Ho basileus tôn Ioudaiôn houtos : cet individu est le roi des Juifs".

Or, à cette même époque, la région appelée Palestine n'était pas sans roi. Elle en avait même deux : Hérode Antipas (4 av. - 39 ap.) en Galilée et en Transjordanie, et Philippe (4 av.- 34 ap.) dans le Golan.

Seule la Judée, avec Jérusalem, était contrôlée directement par le procurateur romain.

Si les juges de Jésus, en particulier le romain, avait pu retenir contre lui ce grief politique : "Il a voulu se faire roi", c'est que spontanément, durant la vie publique de Jésus, beaucoup de croyants, surtout dans le peuple, avaient reconnu en lui le Messie attendu par Israël, et un Messie Roi. On espérait que Jésus prendrait en main les destinées politiques du pays, lui qui avait su nourrir toute une foule en pleine campagne. On attendait de lui qu'il secoue le joug de l'occupant et qu'il redonne à son peuple l'indépendance d'autrefois.

Jésus, lui, se méfiait de cet enthousiasme et de ce que les gens mettaient sous le titre: Messie, fils de David. Fils de David, il l'était ; Messie, il l'était, lui l'Envoyé de Dieu; mais il ne voulait pas qu'on l'assimile aux rois terrestres. C'est pourquoi, au cours de son procès, il répondra à Pilate : "Ma royauté n'est pas de ce monde" (Jn 18,36).

La scène de la crucifixion nous permet de mesurer à la fois la force de l'espérance que Jésus avait suscitée et le désarroi de la foule devant un Messie crucifié.

Saint Luc nous décrit quatre groupes d'hommes autour de la croix: le peuple, qui regarde; les chefs juifs, qui ricanent; les soldats romains, qui se moquent. Jésus en croix est bien, comme le dira Paul, "un scandale pour les Juifs et une folie pour les païens" (1 Co 1,23). Quant au quatrième groupe, ce sont les deux malfaiteurs crucifiés avec Jésus : l'un se révolte et fait chorus avec les moqueurs, le second espère, et se désolidarise de la haine.

À quatre reprises revient le verbe sauver, en liaison avec le nom de Messie (Christ) ou de roi : "Il en a sauvé d'autres, qu'il se sauve lui-même, s'il est le Christ, l'Élu!" ;  "Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même !" ; "N'es-tu pas le Christ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi !"

Sans le savoir, sans s'en douter, ces hommes qui défient Jésus nous orientent vers l'essentiel du mystère de ses souffrances et de sa mort : Jésus ne veut pas se sauver de la croix, parce qu'il veut nous sauver par sa croix, par l'amour qu'il donne au Père sur la croix. Car c'est l'amour qui est force de salut, et non la souffrance par elle-même.

Nous tenons là, face à Jésus souffrant, une lumière qui éclaire notre propre destin et le destin de tous ceux que nous aimons. Jésus ne nous sauve pas de la croix, de notre croix, mais il nous sauve par sa croix, c'est-à-dire par l'amour qu'il nous a prouvé sur la croix; et il nous offre de faire à notre tour de notre croix une preuve d'amour

Vos noms sont inscrits dans les cieux

Vos noms se trouvent inscrits

dans les cieux »

(Lc 10, 17-24)

 

« En ce temps-là, les 72 disciples que Jésus avait envoyés revinrent tout joyeux, en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. » Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair. Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire. Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. » À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père. Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ; et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » Puis il se tourna vers ses disciples et leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous-mêmes voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. » 

 

C'est le retour de la première mission, et l'enthousiasme des premières réussites. Les disciples viennent d'expérimenter non seulement la force de l'Évangile pour le salut de tout croyant, mais le pouvoir du Nom de Jésus, c'est-à-dire de sa personne et de sa puissance, sur les forces hostiles au Règne de Dieu.

Et les disciples, tout joyeux, s'étonnent qu'un tel pouvoir soit passé par eux. Jésus alors replace leur succès dans le cadre de sa propre victoire : puisque son triomphe sur l'Adversaire est inauguré, puisque les énergies du Règne de Dieu sont déjà à l'œuvre dans le monde, il est normal que les démons soient soumis à ses envoyés.

Et le Seigneur de rassurer ses disciples de tous les temps : "Voici que je vous ai donné le pouvoir contre toute la puissance de l'Ennemi. Rien ne pourra vous nuire".

C'est donc encore une leçon d'optimisme et de confiance que Jésus veut inculquer à ceux qui portent son témoignage : l'apostolat chrétien, jusqu'à la fin du temps de l'Église, se déploiera sur un fond de victoire, et si nous croyons à la puissance du Christ qui nous sauve, jamais nous ne devrons nous étonner de ce qu'il réalisera en nous et par nous, dans notre pauvreté et malgré notre pauvreté.

Mais Jésus prend bien soin de purifier les joies que nous trouvons à le servir : "Ne vous réjouissez pas que les esprits vous soient soumis". Il ne peut donc être question de nous approprier les succès de la mission. Si le Christ nous a confié "la diaconie de la réconciliation" (2 Co 5,18) et s'il veut faire de nous les messagers de son projet sur le monde, la force qui sauve vient de lui et de lui seul.

Nul témoin du Christ ne peut ressaisir à son bénéfice les victoires que remporte l'amour de Dieu. Nulle communauté ne peut faire acte de propriétaire sur ce que Dieu, à travers elle, donne à l'Église : "Ce n'est pas nous que nous prêchons, dit Paul (2 Co 4,5), mais le Christ Jésus, le Seigneur ; nous ne sommes, nous, que [vos] serviteurs, pour l'amour de Jésus. Nous sommes en ambassade pour le Christ (2 Co 5,20), nous qui avons été choisis pour être de simples "intendants des mystères du Christ".

Et c'est ce choix irrévocable de Dieu qui doit faire notre joie : "Réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans les cieux", sur ce livre de vie que chante le psalmiste : "Mes actions, tes yeux les voyaient ; toutes elles étaient sur ton livre"(Ps 139,16; cf. 69,29), ce livre qui garde, en vue du salut (Dn 12,1), les noms de tous ceux qui auront lutté pour l'Évangile (Ph 4,3) et que le Christ aura associé à sa victoire : "Le vainqueur sera revêtu de blanc, et son nom, je ne l'effacerai pas du livre de vie, mais j'en répondrai en présence de mon Père" (Ap 3,5).

Dès lors, qu'importent le succès visible, tangible, mesurable, de notre témoignage ou l'échec apparent de nos vies ; la base inattaquable de notre espérance, c'est que nous existons dans le souvenir de Dieu.

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