LES PLUS GRANDS
MIRACLES DE JESUS

Vue de l'ISS, la Palestine où Jésus a accompli ses plus grands miracles

La Palestine vue de la station spatiale internationale : à gauche en bas (nuages), le Sinaï encadré par les deux branches de la mer Rouge. À droite en bas, l'Arabie Saoudite. bordée, plus haut, par la Jordanie, et plus haut encore par l'Irak et la Syrie. À gauche en haut, la Méditerranée, la Palestine à sa droite, avec la mer Morte clairement visible à droite, et la vallée du Jourdain en gris au-dessus de la mer Morte. Plus haut, le massif du mont Hermon (petits nuages blancs), et à l'ouest, le littoral du Liban. On voit bien le décrochement, le long de la côte, de Saint-Jean d'Acre/Haïfa.

Sommaire de la page

Les miracles les plus inouïs de Jésus ont authentifié sa qualité de Fils de Dieu et le message de Bonne Nouvelle qu'il est venu délivrer aux hommes. Avec compassion et amour, il a guéri tous ceux qui le souhaitaient. 

- Les miracles de Jésus, d'abord  signes de sa compassion envers la misère humaine

- Premier miracle de Jésus cité dans les Évangiles

- Évangiles commentés sur le thème des miracles de Jésus en Palestine il y a 2000 ans

  • Miracles de guérison

    • des dix lépreux

    • de la belle-mère de Pierre

    • de l'homme à la main atrophiée

    • de la fille de la Cananéenne

    • de l'Israélite possédé par un esprit impur

    • du lépreux

    • de l'homme malade depuis 38 ans à Bethesda

    • du serviteur du centurion

    • du paralysé passé par le toit

    • des deux possédés cachés dans les tombes

    • des malades qui touchent la frange de son manteau

    • de l'aveugle à Siloé

    • de l'aveugle de Jéricho

  • Miracles divers​

    • La multiplication des pains (rapporté par les quatre évangélistes à la fois)

    • La pêche miraculeuse

    • La tempête calmée sur le lac de Gennesareth

    • Jésus marche sur l'eau du lac, Pierre aussi

  • Jésus a ressuscité :

    • Le fils de la veuve de Naïm

    • La fille de Jaïre

    • Son ami Lazare

Les miracles de Jésus, d'abord signes de sa compassion envers la misère humaine

En Palestine, et dans les territoires environnants qui à présent  sont une partie de la Syrie, du Liban, de la Jordanie, Jésus, l'homme Dieu, a déployé Sa Toute-Puissance, Sa Bonté, Sa Compassion, Son Amour pour les hommes, au service du message de Bonne Nouvelle qu'il était venu délivrer au nom de son Père. Chaque miracle de Jésus est d'abord une marque de sa profonde compassion envers la souffrance, la maladie, la misère humaine, avant d'être une manifestation de Sa Toute-Puissance.

Compassion de Jésus qui guérit les malades

Jésus libérant du mal des hommes possédés par le démon, au bord du lac de Tibériade

Cette puissance s'est révélée par une façon de parler, de se comporter, un message à nuls autres pareils, mais aussi par des miracles inouïs que Dieu seul peut réaliser.

En Palestine, Jésus, Dieu le Fils, s'est incarné et est né d'une femme sans aucune intervention d'un homme, l'Esprit Saint ayant fécondé sa mère. Ainsi est-il devenu l'Homme-Dieu.

Dans toute la région, il a ressuscité des morts, marché sur l'eau, guéri des lépreux et autres maladies mortelles, libéré des personnes possédées par les forces du mal, etc. Et cela instantanément, et parfois à distance.  C'est la signature de Dieu descendu du ciel et venu directement parler et guérir les hommes sur Terre.

 

Des foules de plus en plus nombreuses sont venues à lui pour l'écouter et être guéries. Il n'a refusé personne et a guéri tous ceux qui venaient à lui ou qui lui étaient amenés, c'est-à-dire des milliers de personnes, au cours de journées harassantes où se donnait sans compter. Et cela pendant trois ans. Avant de guérir la maladie, la paralysie, il guérissait d'abord l'âme.

Mais Jésus n'est pas à confondre avec un guérisseur. Ces miracles et signes étaient déployés, certes par amour et compassion envers les misères humaines, mais aussi pour authentifier sa qualité de Fils de Dieu porteur d'un message de Bonne Nouvelle qu'il est venu annoncer au nom de Son Père : Dieu est amour et son Fils va se livrer librement en rachat des péchés des hommes, une contremesure destinée à :

  • rouvrir les portes du ciel fermées depuis la faute d'Adam et Ève

  • acquérir la vie éternelle avec Dieu après la mort

  • contrecarrer Satan, qui veut entraîner l'homme, durant sa vie sur terre, dans la déchéance, afin de lui offrir avec jouissance, au moment de la mort, la souffrance éternelle loin de Dieu, en son abominable compagnie.

 

Message fabuleux ! Merveilleux Père qui n'abandonne pas ses enfants. Dieu dans toute son extravagance d'amour pour sauver les hommes. D'abord, lui, le Dieu Tout-Puissant, s'incarne en homme, avec les limites que cela implique, et ensuite, il veut mourir, lui, le Dieu éternel, sous forme d'un homme pour racheter la faute des deux premiers hommes. Etc. Et ce afin de permettre aux hommes de retrouver la place privilégiée qu'ils avaient avant la faute déclenchée par une ruse de Satan : une vie sans mal, dans l'amour et la beauté éternelle du paradis, dans la contemplation des abîmes de grandeur de Dieu.

Or, les miracles tout d'amour de Jésus ont précipité sa mise à mort par les autorités religieuses juives auxquelles il faisait ombrage. Ces hommes de pouvoir jaloux qui croyaient être seuls investis de l'autorité de Dieu, et avaient au fil des siècles travesti le message originel de Dieu en y injectant une multitude de lois et d'observances impossibles à respecter, ignoraient qu'en le crucifiant, ils exécutaient en tout point le plan prévu par le Père, Notre Père, qui a ressuscité Son Fils le 3e jour après la mise au tombeau. 

 

La Résurrection de Jésus a surauthentifié  le message délivré et sa qualité de Fils de Dieu, de Messie annoncé dans les Écritures Saintes depuis la nuit des temps. Les nombreuses personnes auxquelles il est apparu en ont ensuite témoigné au péril de leur vie. Ainsi, les Évangiles se sont répandus au fils des siècles jusqu'au confins de la Terre.

 

VICTOIRE DE LA VIE SUR LA MORT, DE L'AMOUR SUR LE MAL.

Eau changé en vin à Cana, le premier miracle de Jésus dans les Évangiles, par l'intercession de Marie

Jésus change l'eau en vin à Cana, vitrail rare

Premier miracle de Jésus rapporté dans les Évangile, celui de Saint Jean, durant des noces, à Cana, une bourgade située à quelques kilomètres au nord de Nazareth, en Galilée. Invité à un mariage avec ses premiers disciples Jésus y retrouve aussi sa mère.

Le repas se déroule mais le vin vient à manquer, ce que remarque Marie, qui le lui signale. La réponse de Jésus à sa mère peut paraître abrupte au premier abord, mais elle a plusieurs significations (il n'était pas dans les intentions de Jésus de commencer à faire des miracles à ce moment ou en ces circonstances, notamment), mais Marie a l'oreille de son Fils qui agit. L'eau qu'ont puisée, sur sa demande, les serviteurs des mariés, est transformée en vin par Jésus qui ne lésine pas sur la quantité du nombre de jarres et sur la qualité, qui sera louée par l'un des convives. La plupart des invités ne se rendent compte de rien, mais les disciples et les serviteurs, eux, savent ce qu'il a fait.

Quant à Marie, la façon dont elle présente le manque de vin à son Fils montre qu'elle sait parfaitement qu'il peut résoudre le problème. Cela sous-tend évidemment que Jésus a déjà réalisé un ou des miracles devant les yeux de Marie et, on peut le penser, Joseph. Mais cela n'est pas relaté dans les Évangiles, qui restent quasi-muets sur la vie de Jésus pendant ses trente premières années de vie, humble et pauvre charpentier de Nazareth.

Évangiles commentés sur le thème des plus grands miracles accomplis par Jésus en Palestine

Guérison 10 lépreux

« Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé »

(Lc 17, 11-19)

 

« En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. » À cette vue, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés. L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain. Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. » 

Au temps de Jésus, en Palestine, avoir la lèpre, c'était, encore plus qu'aujourd'hui, être condamné à vivre en marge de la communauté humaine. La législation du Lévitique en témoigne : "Le lépreux portera ses vêtements déchirés et ses cheveux dénoués et il criera : Impur ! Impur ! Tant que durera son mal il demeurera à part ; sa demeure sera hors du camp" (Lv 13,45).

Et de fait, c'est à l'entrée d'un village que Jésus entend qu'on l'appelle : "Jésus, maître, prends pitié de nous !" Dix lépreux sont là, compagnons de misère, mais décidés à saisir la chance de leur vie, la dernière chance, puisqu'ils sont rejetés des hommes.

Ils se tiennent à distance, par habitude, par crainte, peut-être, d'indisposer Jésus en osant s'approcher ; et jamais la distance ne leur a paru si dure à supporter.

Ainsi en va-t-il de nous, dans notre relation à Jésus et à Dieu. Nous croyons que notre lèpre nous rend indignes de l'amour du Père et qu'elle va rebuter le Seigneur. Nous avons encore peur de nous approcher tels que nous sommes ; nous avons peine à croire que Dieu nous aime ainsi, tels que nous sommes ; non pas qu'il aime notre lèpre spirituelle, mais il nous aime tout lépreux que nous sommes, car il n'y a place, dans le cœur de Dieu, ni pour le rejet ni pour le dégoût :  "D'un cœur broyé, Seigneur, tu n'as pas de mépris" (Ps 51,19).

Nous imaginons sans cesse qu'une distance nous sépare du Christ. Or jamais le Christ n'est plus proche que lorsque nous souffrons, lorsque nous sentons le poids de la solitude et que nous nous croyons coupés de tout secours humain.

Et Jésus ne brusque rien. Il respecte la gêne des lépreux, qui se sentent si laids et si peu agréables. Il ne leur dit pas : "Approchez, approchez donc ; je vais vous guérir !", mais, avec beaucoup de douceur et de doigté : "Allez vous montrer aux prêtres."

En effet, d'après la Loi il revenait aux prêtres d'abord de faire le constat officiel de la guérison, puis d'offrir divers sacrifices, à la charge de l'homme guéri et à la mesure de ses possibilités financières.

"Allez ... pour le constat !" Jésus leur demande un acte de foi total : se mettre en route pour le constat de guérison, alors que leur lèpre est encore là, sous leurs yeux, qui leur ronge la chair. Ils partent néanmoins, sur la seule parole de Jésus.

Quelques instants plus tard, c'est la guérison, subite, complète, pour les dix en même temps.

Les dix ont cru ; mais un seul a remercié : le plus pauvre, le plus méprisé de tous, le seul samaritain de la petite bande de lépreux. Les neuf ont reçu le cadeau du Christ, et cela leur a semblé normal. La bonté de Dieu ne les a pas tirés de leur égoïsme ; ils ont saisi avidement le bienfait, sans entendre l'appel ; ils n'ont pas compris qu'à travers cette guérison, Jésus leur faisait signe, que Dieu les libérait pour la louange et le service.

Le samaritain, lui, est revenu, oubliant le constat ; il est revenu, fou de joie, parlant tout haut et ne cessant pas de remercier Dieu. Il a pris conscience que le Christ l'aimait au point de le guérir, et devant cette évidence bouleversante : "Jésus m'a aimé", il vient se prosterner aux pieds du Maître, pour lui dire avec son corps guéri, avec son cœur soudain adouci par la joie, le merci qui n'est dû qu'à Dieu.

Jésus guérit des possédés

Aux autres villes aussi,

il faut que j’annonce

la Bonne Nouvelle »

(Lc 4, 38-44)

 

« En ce temps-là, Jésus quitta la synagogue de Capharnaüm et entra dans la maison de Simon. Or, la belle-mère de Simon était oppressée par une forte fièvre, et on demanda à Jésus de faire quelque chose pour elle. Il se pencha sur elle, menaça la fièvre, et la fièvre la quitta. À l’instant même, la femme se leva et elle les servait. Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses infirmités les lui amenèrent. Et Jésus, imposant les mains à chacun d’eux, les guérissait. Et même des démons sortaient de beaucoup d’entre eux en criant : « C’est toi le Fils de Dieu ! » Mais Jésus les menaçait et leur interdisait de parler parce qu’ils savaient, eux, que le Christ, c’était lui. Quand il fit jour, Jésus sortit et s’en alla dans un endroit désert. Les foules le cherchaient ; elles arrivèrent jusqu’à lui, et elles le retenaient pour l’empêcher de les quitter. Mais il leur dit : « Aux autres villes aussi, il faut que j’annonce la Bonne Nouvelle du règne de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé. » Et il proclamait l’Évangile dans les synagogues du pays des Juifs. »

Trois petites scènes, très courtes, très simples, mais qui nous font entrer dans l'intimité de Jésus.

Après l'office de la synagogue, Jésus se rend chez Simon, pour y passer la journée. Mais la maison est désorganisée, comme toute maison de malade. La belle-mère de Simon, couchée, ne peut pas le recevoir. Elle n'a même plus la force de demander quoi que ce soit : ce sont les autres qui implorent Jésus en sa faveur.

Et voilà que Jésus, d'un mot, commande à la fièvre, comme il chasse, aujourd'hui encore, toute fièvre de nos vies, fièvre aiguë de l'action désordonnée, fièvre lente de ceux qui ont perdu la fraîcheur du premier don. Jésus guérit d'un mot cette femme, à cause de la foi de ses proches ; et aussitôt, sans un mot, elle se remet à servir. C'est sa réponse à la prévenance du Seigneur : assumer de nouveau par amour son existence quotidienne.

 Au coucher du soleil, quand la chaleur est retombée et qu'on peut transporter les malades, Jésus guérit tous ceux qu'on lui amène, les malades physiques et les malades mentaux, des hommes, des femmes, des vieillards, des jeunes, lassés de souffrir ou en proie à leurs démons quotidiens. Autour de Jésus, des centaines de personnes appellent, réclament, s'impatientent ; et lui, dans la foule, trouve le temps d'aimer chacun, de regarder chacun, d'imposer les mains à chacun comme s'il était l'unique.

Enfin, dernière scène et dernière leçon : très tôt le matin, Jésus cherche la solitude. Il n'a pas boudé l'action ; il s'est dévoué tout au long de la journée, il a guéri jusqu'à la tombée de la nuit, mais il a besoin de la prière, et il s'en donne les moyens.

La foule le rejoint et voudrait le retenir, et c'est bien là aussi notre réflexe, quand nous avons rencontré le Seigneur. Nous voudrions prolonger à volonté ces moments de paix, ces instants où enfin nous avons été vrais devant Dieu, ces heures où vraiment le Christ a été en nous le grand vivant.

Or le Christ nous renvoie à notre mission, à sa propre mission qui est universelle : "Aux autres villes aussi il me faut annoncer la bonne nouvelle du Règne de Dieu, car c'est pour cela que j'ai été envoyé."

Le seul moyen de ne pas perdre le contact avec le Maître, c'est de repartir sans cesse avec lui.

Jésus guérit homme main atrophiée jour du sabbat synagogue

« Est-il permis, le jour du sabbat,

de sauver une vie ? »

(Mc 3, 1-6)

 

« En ce temps- là, Jésus entra de nouveau dans une synagogue ; il y avait là un homme dont la main était atrophiée. On observait Jésus pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat. C’était afin de pouvoir l’accuser. Il dit à l’homme qui avait la main atrophiée : « Lève-toi, viens au milieu. » Et s’adressant aux autres : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver une vie ou de tuer ? » Mais eux se taisaient. Alors, promenant sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leurs cœurs, il dit à l’homme : « Étends la main. » Il l’étendit, et sa main redevint normale. Une fois sortis, les pharisiens se réunirent en conseil avec les partisans d’Hérode contre Jésus, pour voir comment le faire périr. »

« Le Fils de l'homme est maître, même du sabbat », ainsi se terminait l'Évangile que nous lisions hier, et nous avons du mal à imaginer à quel point de telles paroles pouvaient remuer, étonner, chacun des auditeurs de Jésus.

Le Fils de l'homme, c'est-à-dire l'envoyé de Dieu tel que le décrivait le prophète Daniel, est maître, même du sabbat, comprenons : il a le pouvoir d'interpréter aux hommes la volonté de Dieu, même le commandement du repos sabbatique.

Sur un point, les adversaires de Jésus ne se trompaient pas : Jésus revendiquait bien une sorte d'égalité avec Dieu, et cela devait effectivement paraître blasphématoire... À moins que Jésus ne donne des preuves de sa mission, et de son pouvoir divin. Et c'est ce qu'il fait en appelant le paralysé : "Viens te mettre là, devant tout le monde...". L'homme n'a rien demandé, et c'est Jésus qui prend l'initiative, mais, comme toujours dans les Évangiles, le miracle s'adressera directement à la foi, ici à la foi de tous les témoins dans la synagogue, et Jésus joint à son geste de guérison une catéchèse sur le sabbat, qui est en même temps un enseignement sur sa personne.

Les théologiens, du temps de Jésus, se rendaient compte que Dieu ne cessait pas vraiment d'œuvrer le jour du sabbat, sinon, disaient-ils, la nature et les vivants cesseraient d'exister. Or les hommes continuent de naître et de mourir, même le jour du sabbat. Un rabbi (R. Yohanan) expliquait :"Dieu a gardé dans sa main trois clés, qu'il ne confie à personne : la clé de la pluie, la clé de la naissance, la clé de la résurrection des morts (jugement)". Aucun doute pour les rabbins : Dieu utilisait ces clés même le jour du sabbat.

On saisit, dès lors, le raisonnement de Jésus : "Vous me reprochez de sauver une vie le jour du sabbat. Mais vous admettez bien que ce jour-là Dieu fasse œuvre de vie ! Laissez-moi donc agir pour la vie, et reconnaissez que je fais l'œuvre même de Dieu …"Je suis maître du sabbat... J'ai reçu la clé du sabbat !".

La main paralysée qui se remet à vivre, c'est, aux yeux de Jésus, une preuve de son pouvoir divin : tout comme Dieu, uni à son Père, Jésus a la puissance de faire vivre et revivre. Pour ses ennemis aveuglés, ce miracle est une raison de le faire mourir : "Une fois sortis, les Pharisiens se réunirent avec les politiciens (partisans d'Hérode) pour voir comment faire mourir Jésus". C'est la tentation de l'incroyance à toute époque : on retourne contre Dieu même ses preuves d'amour.

Quant à nous qui avons trouvé en Jésus Sauveur le sens de notre vie, de notre présence sur terre et de tous nos dévouements, approchons-nous, dans la foi, pour être guéris des paralysies de notre intelligence et de notre cœur ; approchons-nous de Jésus, maître de la vie, et tendons-lui, sans attendre, notre âme desséchée.

Audace de la Cananéenne récompensée

« Femme, grande est ta foi ! »

(Mt 15, 21-28)

 

« En ce temps-là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! » Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. »

Jésus n'avait pas souvent la chance d'admirer, mais par deux fois au moins l'occasion lui a été fournie par des étrangers, le centurion de Capharnaüm et cette femme du Liban. "Femme, grande est ta foi," lui dit Jésus.

Comment donc s'y est prise cette libanaise pour frapper à ce point Jésus ?

Tout d'abord elle est décidée à ne pas manquer son heure, à ne pas manquer le passage du Messie dans son pays et dans sa vie. Avant même d'avoir pu s'approcher, elle crie ; "elle nous poursuit de ses cris", disent même les disciples. "Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David". Elle ne connaît pas Jésus, mais elle sait au moins ce qu'on dit de lui dans son pays, et, arrivée aux pieds de Jésus, elle continue à prier sans se lasser : "Seigneur, viens à mon secours !"

Or, dans un premier temps, Jésus semble écarter sa demande, comme pour Marie à Cana. Il s'en explique à ses disciples : "Je n'ai été envoyé que pour les brebis perdues de la maison d'Israël" ; et pour la femme il trouve une autre explication très imagée, tirée de la vie de tous les jours : "Il ne sied pas de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens". Notons bien que Jésus ne dit pas : "pour le donner aux chiens", mais "aux petits chiens, et la nuance est grande.

La femme saisit l'image au bond, et grâce aux petits chiens, elle va révéler toute l'audace de sa foi. Elle va insister, discuter, faire pression respectueusement sur le cœur du Messie d'Israël : "Certes, moi, l'étrangère, je ne fais pas partie de la famille ; mais pour les petits chiens il y a au moins les miettes !" Et d'ailleurs, le propre des petits chiens, c'est de ne pas se laisser oublier lorsque les maîtres sont à table. Ils circulent, ils s'arrêtent, ils quémandent en remuant les oreilles, et il y a toujours l'un des convives à se laisser attendrir.

Jésus semble opposer les enfants et les petits chiens. Pas du tout, rétorque la femme, les enfants sont de connivence avec leurs compagnons de jeu, et si les enfants sont à table, les petits chiens sont à table aussi ... enfin sous la table, mais ils n'y perdent rien. Oui, le Messie est venu d'abord pour Israël, mais Israël doit partager son Messie avec les nations.

"Femme, grande est ta foi, dit Jésus, qu'il t'advienne selon ton désir". Tout est donc dans la force du désir, de notre désir. Ce n'est pas l'amour du Seigneur qui a des limites, c'est notre désir qui se limite et qui se lasse, c'est notre prière qui s'arrête trop tôt, comme si nous n'avions pas droit à la miséricorde. Et effectivement nous n'y avons pas droit, effectivement nos misères auraient de quoi nous rendre étrangers à la famille de Dieu. Ce que Jésus attend de nous, c'est l'audace de cette étrangère, qui nous fera dire : "Seigneur, je sais que je n'ai droit à rien, mais tu me feras bien l'aumône de quelques miettes, et cela suffira à mon bonheur !

Repartir heureux avec les miettes du Seigneur, ces miettes qui guérissent et qui nourrissent, ces miettes qui suffisent pour transformer toute une vie, voilà ce qui est en notre pouvoir.

D'ailleurs jamais Jésus n'a donné de miettes ; il a même rassasié des foules, et il restait des corbeilles lorsqu'il donnait le pain ; il est venu pour que nous ayons la vie en abondance. À partir du moment où le Messie est mort et ressuscité pour le monde entier, il n'y a plus ni juif ni grec, il n'y a plus de petits chiens sous la table. À partir du moment où le Fils de Dieu est venu s'asseoir à notre table, il n'y a plus qu'un seul peuple, il n'y a plus d'étrangers. Autour de sa table, il n'y a plus que des enfants de Dieu, rassasiés à part entière, à la mesure de leur désir.

Miracle multiplication des pains

« Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés »

(Mt 14, 13-21)

 

« En ce temps-là, quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied. En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades. Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! » Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. » Jésus dit : « Apportez-les moi. » Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins. Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants. » 

Les premières communautés chrétiennes ont beaucoup médité sur le miracle des pains, à tel point que les Évangélistes ont recueilli dans la tradition orale six récits de l'épisode, dont deux chez Marc et deux chez Matthieu ; Manifestement, ils ont voulu ne rien laisser se perdre des souvenirs de leur communauté.

Et ils ne se sont pas trompés en accordant à ce miracle des pains une place privilégiée dans leur Évangile. C'était un geste qui regardait à la fois vers le passé, vers le présent et vers l'avenir.

Vers le passé, car il rappelait le don de la manne au désert, et donc la providence inlassable de Dieu pour son peuple tout au long de son histoire ; de plus, pour ceux des premiers chrétiens qui connaissaient l'Ancien Testament, la mention des corbeilles pleines de restes évoquait immédiatement le miracle du prophète Élisée, raconté en 2 Rg 4,43-44.

Ainsi, par ce miracle des pains, Jésus se présentait comme supérieur à la fois :

- à Moïse, qui n'avait été que témoin du don de la manne,

- à Élisée, qui n'avait nourri que cent personnes.

Pour le présent, le miracle était destiné à susciter la foi en Jésus chez les Galiléens. Depuis des mois, Jésus parlait, dans leurs synagogues et en plein air ; mais ses guérisons avaient finalement plus de succès que son message. Quelques jours auparavant, Jésus venait d'être pratiquement rejeté par ses compatriotes de Nazareth : après quelques prédications dans la synagogue de sa jeunesse, il avait dû se rendre à l'évidence : on ne le suivait pas, on s'obstinait à attendre de lui les prises de position et les entreprises d'un Messie politique.

C'est malheureusement encore dans ce sens que les Galiléens vont réagir au miracle des pains : ils voudront, dit saint Jean, enlever Jésus pour le faire roi, alors que Jésus voulait être perçu comme l'Envoyé de Dieu, le vrai berger d'Israël, capable, au nom et avec la puissance de Dieu, de rassembler et de nourrir son peuple.

Mais en même temps qu'un appel à la foi de tous les Galiléens, le miracle des pains voulait être un enseignement destiné aux Douze. Le souci des foules, la pitié pour les brebis sans berger, l'attention à tous les besoins de l'humanité, tous ces sentiments qui dictaient la conduite journalière de Jésus devaient passer désormais dans le cœur des disciples : "Donnez-leur vous-mêmes à manger".

Au-delà de la faim matérielle des hommes, que les Apôtres ne pourront jamais oublier, Jésus vise une faim plus radicale, qu'il est seul à pouvoir combler : la faim de la parole de Dieu, de cette parole qui ouvre l'avenir et qui met debout ceux qui l'entendent. Nourris par Jésus avec la foule dans le désert, les Apôtres, à leur tour, devront nourrir le peuple de Dieu, avec le pain même de Jésus, le pain de sa révélation et le pain vivant de son Corps ressuscité.

Et c'est là que le miracle des pains pointe vers l'avenir.

Le pain à satiété dans le désert préfigure l'Eucharistie que Jésus donnera à son peuple la veille de sa mort. Vous avez remarqué que les gestes de Jésus lors de la multiplication des pains sont les gestes du chef de famille bénissant le pain à chaque repas, ceux-là mêmes que Jésus refera le soir du Jeudi-Saint : "Jésus prit du pain, le rompit, le bénit et le donna à ses disciples."

Et plus lointainement encore, le miracle du peuple rassasié préfigure, dans la pensée de Jésus, le rassemblement définitif de tous les hommes de bonne volonté dans le Royaume du Père ; c'est un avant-goût du Royaume messianique dont Jésus parle si souvent dans ses paraboles.

D'où l'importance d'un petit détail, que les Évangélistes ont relevé : il restait douze corbeilles ; entendons : les douze tribus d'Israël avaient été rassasiées, le peuple de Dieu tout entier avait trouvé la joie auprès du Messie.

Chaque jour l'Eucharistie de la communauté tourne nos yeux vers le passé, vers le moment de la mort glorifiante de Jésus, cette Heure où, une fois pour toutes, il est passé de ce monde au Père.

En même temps, chaque communion des frères ou des sœurs à l'Eucharistie, à l'action de grâces du Seigneur, pointe vers l'avenir définitif, et anticipe le moment où Jésus viendra de nouveau, pour nous prendre tous, corps et âme, dans sa gloire.

N'attendons pas que l'Eucharistie devienne pour nous évidente. Jésus ne l'a pas instituée pour cela, mais pour nous introduire plus sûrement dans son mystère. Lorsque nous tenons l'Eucharistie dans nos mains, ce que nous voyons, ce que nous touchons, ce que nous goûtons, n'est que l'entrée dans le mystère. Tout repose en définitive sur la parole de Jésus, que nous redisons sans pouvoir en épuiser la richesse : "Ceci est mon Corps ; ceci est mon Sang".

Il commande même aux esprits impurs

« Il enseignait en homme qui a autorité »

(Mc 1, 21-28)

 

« Jésus et ses disciples entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui. Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. » Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de la Galilée. »

Sous l'Ancienne alliance, lorsqu'on parlait de la sainteté de Dieu, on exprimait trois choses à la fois, trois composantes inséparables :

- la sainteté-majesté, c'est-à-dire la distance du créé au Créateur, la sainteté du Tout Autre, chantée en Isaïe (chap.6) par les Séraphins : "Saint, saint, saint le Seigneur Dieu de l'univers ; le ciel et la terre sont remplis de sa gloire."

- la sainteté comme emprise sacrée de Dieu sur les choses, les lieux et les hommes, c'est-à-dire la sainteté qui consacre, qui met à part, qui réserve à Dieu ; et ainsi l'on parlait du Temple saint, parce que le Dieu saint y habitait, de la Loi sainte, parce que s'y exprimait la volonté de Dieu ;

- mais la sainteté de Dieu offrait une troisième composante : elle était ressentie comme une plénitude de vie offerte aux hommes, tournée vers l'homme, et s'ouvrant à la communion avec l'homme, bref : la sainteté du Dieu Tout Proche.

Cette richesse de l'idée de sainteté, quand il s'agit de la sainteté de Dieu, donne tout son poids à la scène que les Évangélistes situent à Capharnaüm, au début de la prédication de Jésus.

Dans la synagogue, tout le monde est suspendu aux paroles de Jésus, quand, dans la foule, un énergumène met à vociférer : "Jésus de Nazareth, es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu !"

 

Derrière ce cri, il faut voir beaucoup plus que la lucidité d'un malade mental, impressionné par la personne de Jésus. Car l'homme dit "nous" : "Que "nous" veux-tu ? qu'avons-"nous" à  faire avec toi ?", et ce "nous" renvoie, non pas aux braves gens qui écoutent Jésus, mais à toutes les forces du refus que l'Ennemi voudrait mobiliser. La présence et la parole de Jésus sont tellement impressionnantes que les forces du mal elles-mêmes sont contraintes de crier la vérité : "Tu es le Saint de Dieu", et tu es saint d'une sainteté qui vient de Dieu et qui révèle Dieu.

 

Ce qui transparaît ainsi à travers Jésus, c'est bien, en effet :

- une sainteté-majesté, cette autorité de Jésus qui frappe les auditeurs, et qui vient de l'intérieur de lui-même,

- une emprise sacrée sur le cœur des hommes, tellement forte et immédiate qu'elle chasse l'esprit mauvais.

- une plénitude de vie qui émane de Jésus et qui s'offre aux hommes, comme une amitié toute gratuite, cette amitié qui fait si peur aux possédés et qu'ils refusent frénétiquement : "Es-tu venu pour nous perdre ?"

 

Nous ne sommes pas des possédés. Et pourtant, ne sommes-nous pas visités, à certaines heures, par l'Esprit du refus ? par une certaine peur de la lumière ? Nous sentons bien, parfois, que l'Évangile de Jésus voudrait bousculer nos réflexes de fermeture, d'autosuffisance, que la parole vivante et puissante de Jésus voudrait pénétrer, comme le glaive de l'Esprit, à la jointure de notre cœur, là où se décident l'accueil ou l'imperméabilité, le dialogue ou le mutisme, la docilité ou le raidissement, la transparence ou la dissimulation, le découragement ou l'espérance. Nous percevons clairement que l'amour de Dieu voudrait chasser de nous toute crainte, mais nous nous défendons, pour sauver quoi ? - une misère, une misère d'autonomie devant Dieu et devant nos frères ou nos sœurs.

 

Le Christ s'offre à notre amitié, il s'offre à faire de nous des êtres de communion, et nous répondons : "Es-tu venu pour me perdre ?". Que cette Eucharistie soit pour nous la rencontre du Fils de Dieu qui rend libre, et l'accueil de sa nouveauté, toujours imprévisible.

 

Que l'Esprit nous donne force et lumière pour redire au Christ vainqueur : "Je sais qui tu es, le Saint de Dieu, et que tu viens pour me sauver, pour nous sauver. Que me veux-tu, Jésus de Nazareth ?

 

Seigneur, que veux-tu de moi ?"

Résurrection fils de la veuve de Naïm

Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi »

(Lc 7, 11-17)

 

« En ce temps-là, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule. Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme. Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : « Ne pleure pas. » Il s’approcha et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » Et cette parole sur Jésus se répandit dans la Judée entière et dans toute la région. »

 

Très souvent, dans les Évangiles, les miracles opérés par Jésus sont entourés de tout un contexte pédagogique, et Jésus prend soin d'éveiller lui-même la foi chez ceux qu'il va guérir.

Ici rien de tel : aucun dialogue préalable, ni avec le mort, bien sûr, ni avec sa mère ; aucune explication sur la portée de son geste, et ce que le récit met en relief, c'est l'initiative inconditionnelle prise par Jésus.

La femme de Naïn ne demandait rien. Près de la mort, on n'a rien à demander. Elle touchait le fond du malheur, elle prenait la mesure de sa solitude en suivant la civière ; et au milieu de tous ces gens qui l'accompagnaient avec sympathie elle se sentait, paradoxalement, plus seule que jamais. Pourquoi Jésus a-t-il ramené de la mort le jeune homme ? L'Évangile nous le dit clairement : parce qu'il a eu pitié de sa mère, parce qu'il ne voulait plus la voir pleurer, parce qu'il a voulu lui rendre son fils. "Ne pleure plus !" : toute la tendresse de Jésus pour les hommes passe dans ces trois mots.

Puis tout se déroule très simplement, comme s'il s'agissait de gestes ordinaires. Jésus arrête la civière et relève le jeune homme. Alors le garçon parle ; et c'est le signe qu'il vit vraiment, qu'il a repris place dans le réseau d'affection et d'amitié où il s'épanouissait avant la mort.

Ce qu'il y a de plus saisissant dans un miracle comme celui-là, c'est justement que la puissance de Dieu fait irruption dans l'ordinaire de la vie, que la merveille s'accomplit sans faire appel au merveilleux. Vivre et faire vivre, c'est toujours l'ordinaire pour Dieu ; et lorsque Jésus, à Naïn, efface provisoirement la mort pour empêcher une mère de pleurer, il ne fait qu'anticiper le geste eschatologique par lequel il effacera à jamais toute mort, toute douleur, toute larme. Et ce moment-là sera si grand, si digne de Dieu, si cohérent avec sa puissance et son amour, que tout sera simple, évident, ordinaire.

A Naïn la puissance de Dieu a fait irruption en plein monde des hommes, à un détour de l'existence quotidienne, sans crier gare, sans s'annoncer, et sans demander permission, simplement parce que Jésus a eu pitié, simplement parce que Dieu lui-même est libre, divinement libre.

La puissance du Christ peut aussi nous atteindre, nous transformer, nous relever de la mort sans que nous y soyons pour quoi que ce soit, pas plus que ce jeune homme, qui n'a eu qu'à s'asseoir et se mettre à parler.

La puissance du Christ, enfin, bien souvent nous interpelle, nous pose question et exige réponse, comme ce fut le cas, ce jour-là, pour les braves gens de Naïn. Combien voyons-nous, dans nos communautés ou autour d'elles, de progrès, de guérisons, de résurrections spirituelles, qui ne doivent rien à notre savoir-faire, sans que grandisse pour autant notre foi ou notre certitude d'être aimés, sans que nous reconnaissions une manifestation du Seigneur ni une merveille de sa pitié ?

Les gens de Naïn, eux, ont été "frappés de crainte" ; c'est-à-dire qu'ils ont perçu, avec saisissement, la présence efficace de Dieu et tout le sérieux de son amour.

Ainsi le miracle de Naïn, en devançant leur foi, les a mis en route vers la foi. De même, bien souvent, la pitié divinement libre de notre Sauveur, en devançant notre attente, nous met en route vers un nouveau seuil d'espérance.

À nous de savoir Le reconnaître quand il passe près de la porte de la ville, de notre communauté, de notre cœur, et qu'il s'arrête pour nous prendre en pitié.

Je le veux, sois purifié

« À l’instant même, la lèpre le quitta »

(Lc 5, 12-16)

 

« Jésus était dans une ville quand survint un homme couvert de lèpre ; voyant Jésus, il tomba face contre terre et le supplia : « Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. » Jésus étendit la main et le toucha en disant : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, la lèpre le quitta. Alors Jésus lui ordonna de ne le dire à personne : « Va plutôt te montrer au prêtre et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit ; ce sera pour tous un témoignage. » De plus en plus, on parlait de Jésus. De grandes foules accouraient pour l’entendre et se faire guérir de leurs maladies. Mais lui se retirait dans les endroits déserts, et il priait. »

 

Les lépreux, en Israël comme dans tout le monde antique, étaient bannis de la communauté des hommes. Ils devaient séjourner à l'extérieur des villes et pouvaient tout au plus mendier aux portes. Pire encore que cet isolement social, les lépreux devaient supporter la réprobation des gens, qui les considéraient comme punis par Dieu et les rendaient en quelque sorte responsables de leur propre malheur.

 

Détresse physique, solitude morale, abandon par la communauté : toute la misère du monde dans la vie d'un même homme !

 

Voilà le lépreux prosterné devant Jésus, et la foi est déjà incluse dans la demande qu'il lui adresse, la face contre terre : "Seigneur, si tu le veux, tu peux me guérir !" Il ne dit pas : Si tu peux", car de cela il est persuadé ; mais bien : "Si tu veux. Si tu veux, tu peux faire pour moi ce que déjà tu as fait pour tant d'autres ! Tu as le pouvoir sur le malheur et le mal ; il te suffit de vouloir, et ma lèpre s'en ira, tout de suite, pour toujours ; je retrouverai ma joie de vivre, ma place dans la cité, mon honneur d'homme et de croyant."

 

L'homme est pressé, décidé, insistant. Il a porté son mal depuis des années, mais maintenant il ne peut plus se résigner puisque Jésus est là et qu'il y peut quelque chose s'il se laisse attendrir.

 

À cette foi impatiente du lépreux, Jésus répond immédiatement, et en personnalisant au maximum la guérison. Il étend la main : il veut toucher l'intouchable, abolir toute distance et faire sauter tous les tabous ; il veut que l'homme sente une main fraternelle posée sur lui. Alors seulement le lépreux entend ces mots, qu'il avait lui-même soufflés à Jésus : "Je le veux, sois purifié !", et la parole de Jésus accomplit ce que son geste déjà signifiait : l'homme est guéri au contact du Sauveur, et la lèpre s'en va sur un seul ordre du Fils de Dieu.

 

Aujourd'hui encore, Jésus, s'il le veut, peut nous guérir de nos lèpres. Lèpres de l'intelligence : tous les slogans de la facilité, toutes les ironies, toutes les critiques superficielles, qui entament notre foi et nous ferment au monde de Dieu ; lèpres du cœur : les égoïsmes quotidiens, les rejets, les intolérances, les petites haines cachées, et aussi toutes ces tristesses qui nous détruisent et qui chassent la vie autour de nous.

 

Comment se fait-il qu'après tant de rencontres avec le Maître notre mal nous ronge encore et nous désespère ? Sans doute y sommes-nous encore trop résignés, parce que nous ne croyons pas encore de toutes nos forces que Jésus peut et veut nous rendre l'énergie et la joie. Il attend un sursaut de notre confiance, il guette en nous ce moment d'abandon où pour lui tout deviendra possible. Comme le lépreux, il nous faut demander la guérison avec une certitude de pauvre, parfois la face contre terre, mais toujours éveillés dans notre foi en l'amitié de Jésus : "De tout cela, Seigneur, si tu le veux, tu peux me guérir !"

 

C'est bien là, en effet, notre prière, audacieuse, confiante, les jours où nous consentons à rencontrer le regard du Christ.

 

 Le Seigneur pourrait nous répondre :

 

"Je le veux, mais toi, le veux-tu ? Es-tu prête à reprendre toute ta place parmi les vivantes et celles qui donnent la vie ? Es-tu prête à servir à part entière, sans t'appuyer sur la pitié des autres ? Es-tu prête à ne plus t'identifier à ta misère ? Veux-tu vraiment que je te redresse, que j'illumine tes yeux, que je guérisse ta mémoire ? Es-tu prête au pardon, es-tu prête à construire ? Et si tes forces reviennent, donneras-tu à ton Dieu le meilleur de ton temps, le meilleur de tes joies, le plus riche de ton cœur ?"

 

Seigneur, toi, tu le sais : tu sais bien que je t'aime ! Seigneur, lave-moi, et je serai blanche plus que neige. Seigneur, donne-moi de vouloir guérir !

Jésus guérit infirme 38 ans piscine probatique Bethesda

« Aussitôt l’homme fut guéri »

(Jn 5, 1-16)

« À l’occasion d’une fête juive, Jésus monta à Jérusalem. Or, à Jérusalem, près de la porte des Brebis, il existe une piscine qu’on appelle en hébreu Bethzatha. Elle a cinq colonnades, sous lesquelles étaient couchés une foule de malades, aveugles, boiteux et impotents. Il y avait là un homme qui était malade depuis trente-huit ans. Jésus, le voyant couché là, et apprenant qu’il était dans cet état depuis longtemps, lui dit : « Veux-tu être guéri ? » Le malade lui répondit : « Seigneur, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l’eau bouillonne ; et pendant que j’y vais, un autre descend avant moi. » Jésus lui dit : « Lève-toi, prends ton brancard, et marche. » Et aussitôt l’homme fut guéri. Il prit son brancard : il marchait ! Or, ce jour-là était un jour de sabbat. Les Juifs dirent donc à cet homme que Jésus avait remis sur pied : « C’est le sabbat ! Il ne t’est pas permis de porter ton brancard. » Il leur répliqua : « Celui qui m’a guéri, c’est lui qui m’a dit : “Prends ton brancard, et marche !” » Ils l’interrogèrent : « Quel est l’homme qui t’a dit : “Prends ton brancard, et marche” ? » Mais celui qui avait été rétabli ne savait pas qui c’était ; en effet, Jésus s’était éloigné, car il y avait foule à cet endroit. Plus tard, Jésus le retrouve dans le Temple et lui dit : « Te voilà guéri. Ne pèche plus, il pourrait t’arriver quelque chose de pire. » L’homme partit annoncer aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait guéri. Et ceux-ci persécutaient Jésus parce qu’il avait fait cela le jour du sabbat. »

 

Jésus aurait pu dire : "Je n'irai jamais dans ce lieu" car à la piscine de Béthesda la religion était souvent mêlée de magie, et l'on y vénérait, autant que Yahweh, Asklépios, le dieu grec de la guérison. Or Jésus a tenu justement à témoigner de la miséricorde de Dieu au bord de cette piscine où les malheureux, pour garder un espoir, se contentaient d'un amalgame de croyances.

C'est Jésus lui-même qui prend l'initiative. Non seulement l'homme ne demande rien, mais il s'en ira guéri, sans même savoir le nom de son guérisseur.

"Veux-tu être guéri ?", demande Jésus et, comme souvent dans l'Évangile de Jean, l'homme se méprend d'abord sur ses paroles. Pour ce paralysé, être guéri supposerait une triple chance : il faudrait que l'eau bouillonne, qu'il soit présent à ce moment-là, qu'il trouve quelqu'un pour le plonger dans l'eau.

"Guérir, ce n'est pas pour moi", pense l'homme ; et pourtant il revient, depuis des années, sans se résigner, sans se décourager, sans renoncer à l'espérance.

"Veux-tu être guéri ?", nous demande Jésus ; et nous comprenons : "Veux-tu que je te guérisse, tout de suite, et chaque jour ?". Si c'est Jésus qui nous guérit, alors ce n'est plus une question de chance, mais une question de foi, et il nous suffit d'obéir aux trois ordres de Jésus : "lève-toi" ; "prends ton grabat" ; "marche".

"Lève-toi !" - C'est pour nous tout un programme. Il nous faut quitter le grabat, signe de la paralysie, de la puissance et de la dépendance, et accepter de vivre debout, menacés, vulnérables, certes, mais restaurés dans notre dignité et dans notre autonomie d'êtres libres.

Ce serait si facile, parfois, de se faire porter par les autres, et d'imposer aux autres le poids de nos misères et de notre inertie ! Il serait si tentant de nous installer dans nos paralysies spirituelles !

"Prends ton grabat" ; car ta guérison sera définitive. Tu n'auras pas à revenir auprès de la piscine ; tu n'auras plus à en vouloir aux autres, jamais là au bon moment ! Emporte le signe de ta servitude. Renonce pour toujours à te faire porter. Et ne laisse, sous tes yeux et sous les yeux des autres, aucune trace de ton infirmité.

"Marche".  Mets en œuvre ta nouvelle liberté et la santé que moi, je te donne. Marche, et témoigne, chemin faisant, que moi, Jésus, je fais les œuvres qui n'appartiennent qu'à Dieu, les œuvres que Dieu lui-même n'interrompt pas le jour du sabbat : je donne la vie et j'accueille dans la vie éternelle.

Pour être guéris par Jésus, sur la route de notre Exode, il nous suffit de faire, avec sa force à lui, ces trois choses toutes simples que nous finissions par croire impossibles : Nous lever à son appel, emporter une bonne fois pour toutes les tristesses de notre passé, marcher avec la certitude d'être aimés de Celui qui nous sauve.

Jésus guérit le serviteur du centurion

« Même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi ! »

(Lc 7, 1-10)

 

« En ce temps-là, lorsque Jésus eut achevé de faire entendre au peuple toutes ses paroles, il entra dans Capharnaüm. Il y avait un centurion dont un esclave était malade et sur le point de mourir ; or le centurion tenait beaucoup à lui. Ayant entendu parler de Jésus, il lui envoya des notables juifs pour lui demander de venir sauver son esclave. Arrivés près de Jésus, ceux-ci le suppliaient instamment : « Il mérite que tu lui accordes cela. Il aime notre nation : c’est lui qui nous a construit la synagogue. » Jésus était en route avec eux, et déjà il n’était plus loin de la maison, quand le centurion envoya des amis lui dire : « Seigneur, ne prends pas cette peine, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. C’est pourquoi je ne me suis pas autorisé, moi-même, à venir te trouver. Mais dis une parole, et que mon serviteur soit guéri ! Moi, je suis quelqu’un de subordonné à une autorité, mais j’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : “Va”, et il va ; à un autre : “Viens”, et il vient ; et à mon esclave : “Fais ceci”, et il le fait. » Entendant cela, Jésus fut en admiration devant lui. Il se retourna et dit à la foule qui le suivait : « Je vous le déclare, même en Israël, je n’ai pas trouvé une telle foi ! » Revenus à la maison, les envoyés trouvèrent l’esclave en bonne santé. »

C'était vraiment un Romain pas ordinaire : un occupant qui se souciait de bâtir une synagogue, un officier malheureux de voir souffrir un esclave ! Et comme c'est le cas souvent pour les hommes au cœur droit, c'est sa charité qui l'a mis sur le chemin de la foi.

Sa première idée a été d'amener Jésus jusqu'au malade. L'Évangile le dit clairement : "Il lui envoya quelques notables juifs pour le prier de venir afin de sauver l'esclave". Puis, dans un deuxième temps, alors que Jésus déjà s'approche de la maison, le centurion s'effraie de l'honneur que Jésus va lui faire, et il envoie des amis, cette fois, pour dire à Jésus :  "Ne prends pas cette peine !". Ce qui revient à dire : "Sauve-le sans venir ; sauve-le de là-bas où tu es !"

Quelle lutte magnifique dans le cœur de cet homme : il veut voir Jésus et il a besoin de lui, mais il se sent indigne, et par loyauté il se dérobe. Il fait venir Jésus, et il prend de la distance, comme s'il ne pouvait rencontrer le Sauveur que par notables ou amis interposés.

Mais cette distance que crée son humilité n'arrêtera pas le pouvoir de Jésus ni son amour. Le centurion le sait, il le croit de toutes ses forces, et il le fait dire à Jésus par ses amis : "Tu n'as qu'à parler, et la maladie va t'obéir ! Dis seulement un mot, et ce sera un ordre de guérison : seulement un mot, et ce sera fait !"

La réponse de Jésus est une merveille de délicatesse.

D'abord il ne fait pas un pas de plus. Il n'ira pas chez ce Romain dont pourtant il admire la foi, justement pour laisser à la foi toute sa grandeur et pour respecter l'humilité du centurion. Et non seulement Jésus n'avance pas vers la maison, mais il ne prononce même pas la parole attendue ; il ne dit même pas : "La foi de cet homme a sauvé le garçon", parce que le centurion n'est pas là pour entendre lui-même la parole qui sauve.

Jésus n'avance plus ; il se retourne même vers la foule, pour lui dire, à elle, ce qu'il aurait aimé dire à cet homme : "Même en Israël je n'ai pas trouvé une telle foi !"

Même au Carmel Jésus ne trouve pas toujours cette audace dans la foi. Il rencontre souvent en nous des réflexes d'humilité, la certitude que nous ne valons pas son dérangement, mais pas toujours la certitude heureuse, joyeuse, qu'il peut tout faire en nous sans même se déranger, et que pour lui "il n'y a pas de distance" (Élisabeth de la Trinité). De là où il est, de la gloire qu'il habite, il peut nous guérir et veut nous sauver. Il lui suffit d'un mot, mais ce mot, que nous n'entendons pas, nous avons à croire qu'il le dit.

Le centurion était certain que Jésus le dirait. Les envoyés ne l'ont pas entendu, mais Jésus, à l'insu de tous, a bien donné son ordre puisque, "de retour à la maison, les envoyés ont trouvé l'esclave en bonne santé".

Il suffit au Seigneur d'une parole, d'une parole créatrice, pour sauver chacun de ceux que nous portons dans le cœur. Mais le malade, c'est nous aussi ; et l'Église, toujours réaliste dans sa liturgie, retourne pour une fois la parole de Jésus et nous fait dire pour nous-mêmes, à chaque Eucharistie, comme un acte de foi plein de douceur : "Dis seulement une parole et je serai guéri !"

Guérison paralytique passé par le toit

« Le Fils de l’homme a autorité

pour pardonner les péchés »

(Mc 2, 1-12)

 

« Quelques jours après la guérison d’un lépreux, Jésus revint à Capharnaüm, et l’on apprit qu’il était à la maison. Tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte, et il leur annonçait la Parole. Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé, porté par quatre hommes. Comme ils ne peuvent l’approcher à cause de la foule, ils découvrent le toit au-dessus de lui, ils font une ouverture, et descendent le brancard sur lequel était couché le paralysé. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. » Or, il y avait quelques scribes, assis là, qui raisonnaient en eux-mêmes : « Pourquoi celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? » Percevant aussitôt dans son esprit les raisonnements qu’ils se faisaient, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements ? Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire à ce paralysé : “Tes péchés sont pardonnés”, ou bien lui dire : “Lève-toi, prends ton brancard et marche” ? Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… – Jésus s’adressa au paralysé – je te le dis, lève-toi, prends ton brancard, et rentre dans ta maison. » Il se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde. Tous étaient frappés de stupeur et rendaient gloire à Dieu, en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil. » 

 

De la foi ou de l'incroyance, qu'est-ce qui l'emportera dans le cœur des hommes ? C'est le drame qui traverse tout le ministère de Jésus, et il est déjà présent dès les premiers jours à Capharnaüm.

Jamais cet homme n'avait ressenti aussi douloureusement sa paralysie. Non seulement, comme tous les jours, il était incapable de marcher, mais il était, ce jour-là, incapable de s'approcher de Jésus. Qu'a-t-il fait ? S'est-il découragé, a-t-il abandonné tout espoir, en se disant : "La guérison, c'est pour les autres, ceux qui ont de la chance !" ? Non, il a osé demander ce service à quatre camarades : portez-moi jusqu'à Jésus ! Il a accepté d'avoir besoin des autres, et les quatre porteurs sont entrés de bon cœur dans son projet et son acte de foi. L'Évangile le souligne, il ne dit pas : Jésus vit sa foi, mais leur foi, et c'est à leur foi commune qu'il a voulu répondre.

Tous les jours ce mystère de la bonté de Jésus et de la charité des hommes se reproduit sous nos yeux ; tous les jours, si nous le voulons, nous pouvons y entrer. Partout, autour de nous, des paralysés sont là, immobiles sur leur brancard, avec dans leurs yeux toute leur détresse et toute leur espérance. Ce sont les pauvres de Jésus, pauvres de moyens de vivre, pauvres de santé, d'amitié, d'espérance. Et leurs yeux nous disent : Me conduiras-tu jusqu'à Jésus ? Me porteras-tu à Jésus ? Saisiras-tu mon brancard avec trois autres volontaires ?

Seul Jésus peut rejoindre nos frères jusqu'au fond de leur misère, et aimer tous les pauvres du monde. Notre lot à nous, c'est l'impuissance, même lorsque nous servons les pauvres à longueur de journée ; car pour un brancard que nous portons, il en est cent qui restent à terre. Et vous, sœurs du Carmel, vous n'avez même pas la consolation d'avoir soulagé au moins quelques misères, car Jésus vous veut au poste avancé de la prière, et c'est dans le cœur du Maître qu'il vous faut rejoindre ceux qui souffrent, les tout proches comme les plus lointains.

Voilà donc le paralysé aux pieds de Jésus, guettant un geste, une parole. Or la première parole de Jésus est tout à fait surprenante, inattendue. Elle va faire appel encore plus à la foi de cet homme : "Confiance, mon fils, tes péchés sont pardonnés". Le paralysé aurait pu dire : "Mais, Seigneur, ce n'est pas cela que je te demande ! Je veux marcher, ce sont mes jambes que je veux ! Je viens à toi avec la misère de mes jambes, et tu me parles de péché !"

Jésus aurait pu commencer par guérir le corps, et s'occuper ensuite du cœur de cet homme et de son péché. Pour lui c'était aussi facile de dire : "Lève-toi et marche", que : "Tes péchés te sont remis !", car Jésus avait pouvoir aussi bien sur le malheur que sur le mal.

Il commence par le mal, pour l'ôter du cœur de l'homme, comme pour dire : "Le grand malheur pour toi, c'est le péché".

Mais pour bien nous montrer que la souffrance du monde est un tourment pour lui, Jésus ajoute aussitôt : "Lève-toi, prends ta civière et va dans ta maison". Et l'homme se lève, guéri de son péché et guéri dans son corps. Il emporte sa civière, pour oublier tout son passé de souffrance, car Jésus vient de faire de lui un homme nouveau, tourné vers l'avenir, avec une nouvelle espérance.

Aujourd'hui encore, mes sœurs, nous allons rencontrer Jésus, nous allons communier à son Corps et à son Sang. C'est le moment de quitter notre civière, de laisser là toutes les tristesses du passé, toutes les craintes pour l'avenir. Jésus est là, de quoi aurions-nous peur ? Jésus est là, qui nous guérit, soyons heureux de le servir, "rien que pour aujourd'hui", comme disait la petite Thérès 

Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur

« Sois sans crainte »

(Lc 5, 1-11)

 

« En ce temps-là, la foule se pressait autour de Jésus pour écouter la parole de Dieu, tandis qu’il se tenait au bord du lac de Génésareth. Il vit deux barques qui se trouvaient au bord du lac ; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans une des barques qui appartenait à Simon, et lui demanda de s’écarter un peu du rivage. Puis il s’assit et, de la barque, il enseignait les foules. Quand il eut fini de parler, il dit à Simon : « Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche. » Simon lui répondit : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. » Et l’ayant fait, ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer. Ils firent signe à leurs compagnons de l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent, et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient. À cette vue, Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. » En effet, un grand effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, devant la quantité de poissons qu’ils avaient pêchés ; et de même Jacques et Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras. » Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout, ils le suivirent. »

La rencontre commence, ce matin-là, d'une manière presque banale. Jésus demande à Simon un tout petit service : l'éloigner un peu du rivage pour que sa voix porte mieux et que tout le monde entende. Cela ne coûte pas grand-chose, et Simon accepte de bonne grâce. Mais notons un détail qui sans doute ne lui a pas échappé, pas plus qu'aux autres pêcheurs : Jésus se met au travail au moment où eux viennent de terminer, au moment où ils ont renoncé et rangent leur matériel, pensant qu'il est maintenant trop tard pour prendre quoi que ce soit, et que l'échec est définitif ce jour-là.

Même quand il est trop tard pour les réussites humaines, il n'est jamais trop tard pour Dieu, et Dieu nous demande souvent, aux moments de fatigue ou de découragement, ce petit geste qui n'a l'air de rien, mais qui déjà nous met en marche vers lui.

Cependant Simon n'est encore qu'au début de ses surprises. Quand Jésus a fini de parler, il l'envoie pêcher, loin du rivage, en eau profonde. Simon est persuadé que c'est inutile, après une longue nuit infructueuse, mais il y a la parole de Jésus, plus forte que toutes ses évidences, plus sûre que ses doutes, plus impérieuse que son découragement. Et parce que, par la foi, ou du moins par sa confiance au "rabbi", il a su dépasser les limites de son bon sens trop humain, la pêche va dépasser ses espérances, et la disproportion même de la prise soulignera que c'est l'œuvre de Dieu.

Quand Dieu agit dans une vie, tout devient royal ; mais le plus difficile est de lui laisser les mains libres.

Première réaction de Simon et de ses compagnons : la stupeur et la crainte : "Éloigne-toi de moi, Seigneur !" Tout à l'heure, après avoir entendu Jésus parler aux foules, Simon lui disait : rabbi". Maintenant, après avoir vu sa puissance, il l'appelle Seigneur. Il a bien perçu la majesté de Dieu en Jésus, mais c'est encore, pour lui, une majesté qui éloigne ; elle éveille l'adoration, mais pas encore l'amour : "Éloigne-toi de moi car je suis un pécheur !"  Simon imagine qu'il faut mettre une distance entre l'homme indigne et Dieu qui fait merveille. Mais Dieu qui est le tout autre veut être aussi le tout proche. Non seulement il est le tout-puissant, mais il veut être le tout aimé. C'est pourquoi Jésus écarte la peur : "Rassure-toi !". Et comment rassure-t-il le disciple ? En lui confiant une mission et en l'appelant à collaborer avec lui : "désormais ce sont des hommes que tu prendras."

Simon prendra des hommes dans son filet comme il a pris ce jour-là des poissons : à l'heure où il s'y attendra le moins, et uniquement sur la parole de Jésus.

Souvent ce qui freine notre amour, c'est la peur. Peur de ce que le Christ peut faire pour nous, en nous, par nous ; peur de gagner le large une fois pour toutes ; peur de rencontrer un Dieu qui nous dépasse ; peur de jeter le filet dans notre vie sur la seule parole de Jésus.

Or "l'amour parfait bannit la peur", et c'est à la fois pour nous guérir de la peur et pour réveiller notre amour que le Christ nous fait entendre de nouveau son appel, son ordre, sa promesse : "tu pêcheras des hommes, tu entreras avec moi dans l'œuvre du salut".

L'essentiel est de laisser le Christ nous conduire en haute mer jusqu'où il veut, nous aimer autant qu'il veut nous aimer. La pêche suivra, à l'heure de Dieu.

Deux possédés gadaréniens porcs

« Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? »

(Mt 8, 28-34)

 

« En ce temps-là, comme Jésus arrivait sur l’autre rive, dans le pays des Gadaréniens, deux possédés sortirent d’entre les tombes à sa rencontre ; ils étaient si agressifs que personne ne pouvait passer par ce chemin. Et voilà qu’ils se mirent à crier : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu pour nous tourmenter avant le moment fixé ? » Or, il y avait au loin un grand troupeau de porcs qui cherchait sa nourriture. Les démons suppliaient Jésus : « Si tu nous expulses, envoie-nous dans le troupeau de porcs. » Il leur répondit : « Allez. » Ils sortirent et ils s’en allèrent dans les porcs ; et voilà que, du haut de la falaise, tout le troupeau se précipita dans la mer, et les porcs moururent dans les flots. Les gardiens prirent la fuite et s’en allèrent dans la ville annoncer tout cela, et en particulier ce qui était arrivé aux possédés. Et voilà que toute la ville sortit à la rencontre de Jésus ; et lorsqu’ils le virent, les gens le supplièrent de partir de leur territoire. »

 

Un troupeau de démons dans un troupeau de porcs : tout finit dans le lac. C'est l'histoire de bien des illusions spirituelles.

Le territoire qui borde la rive est du lac de Tibériade, et que l'on appelait "la Décapole" (les dix villes), était, à l'époque de Jésus, une région à la population fortement mélangée. On y trouvait en majorité des païens, donc des mangeurs de porc, qui passaient pour des hommes méfiants et peu fréquentables. L'une des villes s'ap­pelait Gadara.

En montant vers Gadara depuis le lac, on traverse une région montagneuse très escarpée. La pierre est trouée de grottes, refuge traditionnel des voyageurs et des nomades, voire des brigands et des possédés. Ces grottes étaient souvent des sépulcres, désaffectés ou non. Les vagabonds pouvaient occuper la pièce étroite atte­nante au tombeau proprement dit. C'est là qu'habitaient deux êtres sauvages, inapprochables, qui s'en prennent directement à Jésus.

La question que posent les deux possédés est centrale dans le récit de saint Matthieu : "Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici, avant le temps, pour nous tourmenter ? " Ici : en plein pays païen ! Avant le kairos : chez saint Matthieu, le kairos est le temps de la moisson définitive et du jugement final.

Comme souvent dans les Evangiles, les possédés sont doués d'une mystérieuse clairvoyance, qui leur fait à la fois craindre et reconnaître l'autorité de Jésus, Fils de Dieu. Ces démoniaques, même si leur miroir est déformant, ont saisi l'essentiel de la mission de Jésus : la victoire de l'Envoyé de Dieu a déjà commencé ; le salut est déjà présent sur la terre des hommes.

Les démons tentent alors de faire la part du feu, de se réserver un domaine, une zone de pouvoir ; et ils marchandent avec Jésus : "D'accord, nous quittons les hommes, mais laisse-nous les animaux, ces animaux im­purs !"

Mais on ne marchande pas avec Dieu qui sauve, et le message pour nous est limpide : au service de Dieu, le partage du cœur est impossible. La suite du récit le montre clairement : le transfert des porcs ne sert de rien, et tout le troupeau se précipite dans le lac. Toute la puissance du mal est d'avance vaincue par le Christ.

Ainsi en va-t-il de tous nos marchandages. Nous ne pouvons pas dire au Christ :

"Laisse-moi au moins telle facilité, telle demi-mesure, telle zone d'influence ; laisse-moi le droit à telle ou telle faiblesse ; laisse-moi ma rudesse en communauté, la dureté de mes jugements, mon envie de colporter du négatif, laisse-moi mon ironie envers ton Église ; laisse-moi choisir dans le message qu'elle annonce. Ne me demande pas de lâcher toutes mes attaches ; permets-moi de garder mon confort intellectuel, mon quant-à-moi en communauté, et ma tentation de faire route toute seule".

Non : il n'y a pas de position de repli ; il n'y a pas, à notre portée, de troupeau disponible ; il n'existe pas de compromis où nous pourrions trouver le bonheur, car l'amour veut tout prendre. Le Sauveur est là, déjà vain­queur ; c'est lui qu'il faut suivre ; c'est lui qui a la vie.

Laissons sauter dans le lac une bonne fois tout le troupeau de nos misères.

Jésus calme la tempête

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ?

N’avez-vous pas encore la foi ? »

(Mc 4, 35-41)

 

« Ce jour-là, le soir venu, Jésus dit à ses disciples : « Passons sur l’autre rive. » Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque, et d’autres barques l’accompagnaient. Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait. Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Les disciples le réveillent et lui disent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Après une série de paraboles (4,1-34), adressée pour une part aux disciples, une série de quatre miracles (4,35 - 5,4), la tempête apaisée, la guérison du démoniaque, le rappel à la vie de la fille de Ya'ir et la guérison de la femme au flux de sang, rappellent que le pouvoir du Messie se manifeste autant par des actes que par des paroles. De plus ce pouvoir atteint aussi bien la nature que les démons ou la mort.

Le cadre, c'est le lac, que les disciples vont traverser vers l'est, puisque l'épisode suivant les situe en pays païen. Une tempête se lève, comme lorsque le vent venu de la mer rencontre les bourrasques du désert syrien, et Jésus dort, sur le coussin du timonier qu'il a mis sous sa tête.

Écoutons ce qu'expriment les disciples, puis Jésus, avant de nous demander l'importance, pour nous, de cet apaisement de la tempête.

Chez les disciples, c'est la peur, et ils reprochent presque à Jésus de s'en désolidariser : "Maître, cela ne te fait rien que nous périssions !" Rien sur la confiance, rien sur la foi, sinon une vague impression que Jésus, s'il le voulait, y pourrait quelque chose. D'ailleurs les disciples ont pris l'initiative d'emmener Jésus "comme il se trouvait", suivi d'une flottille qui ne parvenait pas à se séparer de lui.

Jésus, d'abord passif et comme absent, est réveillé : c'est l'heure de sa puissance. Il commande à la mer démontée, comme Dieu a menacé le chaos primitif (Ps 104,7), et il dit : "Silence ! Tais-toi !", comme à l'esprit impur (1,25). Sur le champ, la mer obéit, comme il est dit dans le Psaume : "II ramena la bourrasque au silence et les flots se turent. Ils se réjouirent de les voir s'apaiser, il les mena jusqu'au port de leur désir"(Ps 107,29-30). Et Jésus, à son tour, fait des reproches : "Vous avez eu si peur, parce que vous manquez de foi !" Comme s'ils pouvaient courir un danger alors que Jésus est là, et qu'il dort. Et la "grande crainte" que les disciples éprouvent (cf. Jonas 1,10) ne débouche que sur une question : "Qui donc est-il ?"

La vie spirituelle nous fait revivre souvent l'angoisse des disciples. Quand les dangers, les incertitudes ou les incompréhensions s'amoncellent autour de nous, notre premier réflexe est de craindre, comme si nous étions seuls, et condamnés à périr, comme si Jésus n'était pas en nous, pour nous fortifier et nous tirer de l'isolement. Ce qui nous surprend, c'est le calme qui se fait en nous quand Jésus a parlé et quand nous l'avons appelé au secours. Quand nous descendons en nous jusqu'au niveau de la foi, quand nous acceptons de voir les choses et les personnes comme Jésus les voit, quand nous décidons de nous en remettre à lui et d'adopter son langage, notre barque cesse de faire eau de toutes parts, le vent tombe, et nous nous reprenons à espérer.

Mais il est des tempêtes, subites ou habituelles, que nous ne pouvons affronter avec nos seules forces et dont Jésus veut se rendre maître. Il faut seulement que nous allions plus loin qu'une question, et qu'un acte de foi authentique vienne nous libérer.

Qu'est-ce qui pourrait lui faire obstacle, si le vent et la mer lui obéissent ?

Jésus guérit tous les malades qui viennent à lui

« Tous ceux qui touchèrent la frange

de son manteau étaient sauvés »

(Mc 6, 53-56)

 

« En ce temps-là, après la traversée, abordant à Génésareth Jésus et ses disciples accostèrent. Ils sortirent de la barque, et aussitôt les gens reconnurent Jésus : ils parcoururent toute la région, et se mirent à apporter les malades sur des brancards là où l’on apprenait que Jésus se trouvait. Et dans tous les endroits où il se rendait, dans les villages, les villes ou les campagnes, on déposait les infirmes sur les places. Ils le suppliaient de leur laisser toucher ne serait-ce que la frange de son manteau. Et tous ceux qui la touchèrent étaient sauvés. »

 

Saint Marc nous décrit un peu une journée-type de la vie publique de Jésus, en cette première période galiléenne qui fut un succès foudroyant pour le Fils de Marie, le prophète de Nazareth.

Et ce qui frappe de prime abord, c'est l'extrême simplicité des rapports entre le Messie et son peuple. Simplicité de la part de Jésus lui-même : Il ne se dérobe pas, il ne fuit pas l'enthousiasme de la foule ; il ne met pas de limites à son pouvoir de guérison ; il laisse émaner de sa personne ce pouvoir de salut des corps et des âmes, qui est en lui, vrai homme, un pouvoir vraiment divin ; il n'exige pas de tous ces pauvres de Galilée une démarche religieuse très élaborée, mais au contraire il accepte de bonne grâce même les témoignages un peu naïfs de la confiance des hommes. Les gens le reconnaissent maintenant, après la multiplication des pains, et partout où il arrive, on rassemble en hâte tous les malades, quels qu'ils soient.

Et Jésus laisse faire tous ces pauvres qui espèrent. Ils veulent le toucher, saisir son vêtement, et Jésus s'y prête avec bonne grâce, car, sous cette forme très simple, la foi des Galiléens rejoint une réalité très profonde : c'est bien la sainte humanité du Fils de Dieu qui est porteuse de la vie, en même temps que porteuse du pardon.

Simplicité de la part de ces hommes qui accueillent le Christ :

Ils ne posent pas de préalable à la rencontre et ne marchandent pas leur confiance ; ils saisissent humblement l'espérance que Jésus leur offre ;

Ils n'attendent pas de mieux savoir qui il est : ils savent déjà ce qu'il a fait, et ils croient en lui "à cause de ses œuvres" ;

Ils ne laissent pas passer l'occasion de leur vie, et ils acceptent de ramasser toutes leurs forces dans un seul acte d'espérance ;

Ils viennent au Christ tels qu'ils sont, avec les misères de leur corps et de leur cœur ;

Ils ne sont pas exigeants, ils ne réclament pas un contact spécial pour eux de la main du Christ :

il leur suffit de la frange de son manteau "et tous ceux qui le touchaient étaient guéris".

Si nous ne sommes pas encore guéris, ne serait-ce pas que nous tardons à nous allonger sur le grabat, que nous refusons d'admettre la profondeur de notre détresse et le besoin que nous avons du pardon de Dieu ?

Pourtant nous savons bien que c'est ce pardon qui nous ouvrirait la route de la paix de Dieu. C'est d'ailleurs vers cette paix que saint Paul nous conduit dans la lecture d'aujourd'hui. Il nous laisse deux sortes de consignes, qui pourraient fournir les grands axes de notre examen de conscience :

Consignes de vie personnelle : soyez joyeux, travaillez à votre perfection ;

Consignes de vie fraternelle : soyez d'accord, encouragez-vous mutuellement, vivez en paix.

C'est cette collaboration humaine que Dieu Trinité réclame de nous en faisant de nous sa demeure ; "laissez-vous réconcilier avec Dieu"

Comme les malades de Galilée étendus sur la place des villages, il faut laisser Dieu venir à nous, comme Dieu d'amour et de paix, comme le Dieu qui aime et qui pacifie ; il faut laisser agir en nous la grâce du Seigneur Jésus Christ, qui nous redonne à nous-mêmes en nous redonnant à Dieu ; il faut nous ouvrir à la koinônia (communion) du Christ, qui est à la fois une grâce d'intimité avec Dieu et une grâce de partage des richesses qu'il nous apporte.

Pierre s'enfonce dans l'eau après avoir marché sur le lac

« Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! »

(Mt 14, 22-36)

 

« Jésus avait nourri la foule dans le désert. Aussitôt il obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire. Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! » Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! » Après la traversée, ils abordèrent à Génésareth. Les gens de cet endroit reconnurent Jésus ; ils firent avertir toute la région, et on lui amena tous les malades. Ils le suppliaient de leur laisser seulement toucher la frange de son manteau, et tous ceux qui le faisaient furent sauvés. »

 

L'Évangéliste Matthieu avait sans doute un faible pour saint Pierre, en tout cas il ne manque pas une occasion de le mettre en vedette aux côtés de Jésus.

Jésus est resté dans la montagne...

Jésus est loin et les disciples luttent presque toute la nuit contre la mer démontée et contre le vent. Les disciples sont en difficulté, et Jésus prolonge sa prière. C'est seulement dans le dernier quart de la nuit qu'il rejoint la barque en marchant sur les eaux, accomplissant ce que le Ps 77 disait de Dieu lui-même, le Dieu vainqueur au jour de la Mer Rouge :

"Sur la mer fut ton chemin, ton sentier sur les eaux innombrables ; et tes traces, nul ne les connut".

À bord, c'est l'affolement. Tout le monde crie. Jésus, de loin, calme son monde : "Confiance, c'est moi, n'ayez pas peur !". Cette voix, dans le vent, est bien celle de Jésus, et la silhouette lui ressemble. Mais comment un homme peut-il être debout sur le lac en furie ?

Pierre réagit le premier à la voix. C'est dans les grandes occasions qu'il se révèle, et Jésus ne s'est pas trompé en le choisissant. Il faut prendre une décision : si vraiment c'est le Seigneur, il faut l'accueillir tout de suite. Mais comment savoir ? C'est alors que Pierre prend l'initiative : "Seigneur, si c'est bien toi, ordonne-moi de venir vers Toi sur les eaux !"

Est-ce présomption ? Est-ce un goût de l'extraordinaire ? Non : c'est simplement une intuition géniale de la foi de Pierre : si c'est le Seigneur, je peux être où il est, je peux le rejoindre là où il parle, je peux tenir debout par sa puissance.

Et dans le vent, la même voix calme se fait entendre : "Viens !". C'est bien le Seigneur ! D'un bond, Pierre se retrouve sur l'eau. Il marche, comme Jésus a marché ! Mais le vent ne faiblit pas ; Pierre peine ; il prend peur ; il pense maintenant plus à la force du vent qu'à la force de Jésus. Et voilà qu'il enfonce : "Seigneur, sauve-moi !"

Pierre saisit la main que Jésus lui tend, et cette main, rien que cette main, le raffermit sur l'eau. "Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?"

Jésus avait aimé l'audace de Pierre. C'était le plus beau geste que la foi ait suscité chez un disciple. Pierre faisant une folie de confiance : quelle récompense pour Jésus ! quel espoir pour l'avenir !

Mais la peur a tout gâché. Non pas tout, car le geste était beau, et à lui seul il a comblé Jésus de joie. Le brave Pierre : en voilà un qui sait compter sur son Seigneur !

Quand ils montent tous deux dans la barque, brusquement le vent tombe, comme s'il voulait s'agenouiller, lui aussi, avec les disciples, comme s'il se mettait à l'unisson de leur liturgie.

"Vraiment, tu es Fils de Dieu", disent les compagnons de Pierre. La foi du Rocher a été contagieuse. Il se souviendra longtemps de cette nuit-là, et nous aussi, nous pouvons nous en souvenir pour nourrir notre espérance, car cette aventure spirituelle que Pierre a vécue est pour nous l'histoire du second appel, non pas le premier appel que nous avons perçu, comme Pierre au début : "Viens à ma suite", mais le second appel qui vient tôt ou tard après les tempêtes ou dans les tempêtes de la vie consacrée, au moment où l'on ne peut plus compter sur rien, hormis Dieu.

Nous luttons, longtemps parfois, contre les vents contraires de la vie, contre les bourrasques de l'aventure fraternelle, contre les tentations de facilité, contre l'usure de la joie missionnaire, contre la lassitude de prier ou les refus de dialogue. Mais rien n'y fait, car Jésus n'est pas là, du moins il nous semble qu'il n'est pas vrai­ment là où nous souffrons. En réalité, dans la tempête il s'est rapproché de nous. Alors, dans un sursaut de foi, nous disons : là où il est, je peux être, moi aussi ; là où il va, je veux aller, moi aussi ; pour moi, vivre, c'est le Christ.

Et c'est bien cela que Jésus attend de nous : une confiance audacieuse, au-delà de toutes les impressions, au-delà de tout ce qui s'agite dans notre cœur ou notre intelligence. Mais désormais c'est lui seul qu'il faut regarder. Quand on se regarde soi-même, on perd de vue l'horizon. Quand on regarde ses pieds, on enfonce. "Homme de peu de foi, femme de petite foi, pourquoi as-tu douté ?"

C'est une aventure communautaire en même temps qu'une aventure personnelle que nous fait vivre la foi : une aventure personnelle dans une aventure communautaire.

Tous peinent à faire avancer la barque ; tous se méprennent sur l'identité de Celui qui vient à eux, tous ont peur à l'approche de Jésus, tous se prosternent ensuite dans la barque.

Pierre seul s'enhardit à demander au Seigneur : "Ordonne-moi de venir à Toi". Pierre seul entend l'appel personnel de Jésus : "Viens !". Pierre seul se sent enfoncer dans la mer et crie : "Seigneur, sauve-moi !". Seul il connaît la seconde peur, alors même qu'il s'approche de Jésus. Seul il a perçu la force de la main du Christ.

Nous connaissons, nous aussi, ces appels du Seigneur qui nous arrivent dans la tempête ; "Viens", dit Jésus ."Viens à moi, reviens à moi". Mais cela nous semble impossible, parce que les bourrasques de la vie sont trop fortes, parce que notre vie nous apparaît sous le signe de l'échec, parce que, pour Le rejoindre, il faudrait marcher sur la houle, avancer, sans appui, sur un chemin mouvant.

Pour parvenir à la paix, il nous faut accepter un chemin d'insécurité, ne pas cesser de regarder Celui qui nous appelle, et ne pas lâcher la main qu'Il nous tend toujours.

Homme de peu de foi, femme à la foi fragile, pourquoi as-tu douté ? pourquoi n'as-tu pas osé faire confiance ?

Talitha Koumi, jeune fille lève-toi

« Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! »

(Mc 5, 21-43)

 

« En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait. Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. » Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui- ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur. Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger. »

L'Évangile d'aujourd'hui nous rapporte deux miracles de Jésus emboîtés l'un dans l'autre.

Arrêtons-nous à celui qui est décrit comme en passant, et qui a lieu en plein milieu de la foule, une foule si dense qu'elle écrasait Jésus et ses disciples.

Une femme, désespérée de voir son mal empirer depuis douze ans en dépit des sommes dépensées, arrive par derrière dans la foule et parvient à toucher le vêtement de Jésus. C'est ce qu'elle voulait, car elle se disait : "Cela suffira ; je serai guérie !"

De fait - à l'instant même, dit Marc - la source de son sang se dessécha, et elle ressentit dans son corps qu'elle était guérie de son mal.

Mesurons bien l'audace de sa foi, de cette foi qui l'a sauvée, selon la parole de Jésus lui-même. Elle vient par derrière, parce qu'elle se sent indigne, parce que son mal, selon la loi, fait d'elle une impure.

Elle vient par derrière sans être vue de Jésus, sans pouvoir rencontrer son regard, sans pouvoir se dire : "IL a fait attention à moi."

D'avance elle se contente d'une guérison anonyme, et sa foi lui dit qu'une force sortira de Jésus en réponse à son geste ; son espérance de pauvre est d'avoir part à la bonté de Jésus, même comme une femme sans nom et sans visage, perdue dans la foule, gênée par la foule, et aussitôt de nouveau happée par la foule.

C'est bien l'expérience que nous faisons souvent dans la prière : impossible de croiser le regard de Jésus, impossible de se sentir reconnu et compris.

Il ne reste plus qu'à traverser l'épaisseur de la fatigue, et à fendre la foule des souvenirs obsédants, pour tenter de toucher ne fût-ce que le vêtement du Seigneur, qui continue son chemin.

Désespérant de tous les moyens humains, nous implorons la guérison sans un mot, par des gestes qui disent notre foi et notre espérance, et nous ne parvenons à toucher que le vêtement du Sauveur, sans rien percevoir de son visage.

Parfois Jésus semble nous guérir sans se retourner, sans nous avoir identifiés, comme en poursuivant sa route.

Mais ce n'est là que le moment d'épreuve, qui donne la preuve et la mesure de notre amour.

Car Jésus ne peut se contenter d'une guérison impersonnelle. Non seulement une force sort de lui, non seulement il restaure et il sauve, mais il veut savoir, il veut voir : "Qui a touché mes vêtements ? Qui m'a touché ?"

Et il regarde autour de lui celle qui a fait ce geste.

Après la guérison, le face à face ; après le geste désespéré pour atteindre Jésus par derrière, le prosternement d'une femme guérie, tremblante et heureuse ; après l'intuition que le mal est stoppé, la parole décisive du Sauveur : " Va en paix ; sois saine, sois guérie de ton mal".

Ce que Jésus a fait ce jour-là pour la Galiléenne éclaire son comportement envers nous.

Dès que nous approchons de lui avec foi, nous sommes sûrs d'être guéris de notre mal ; et même s'il choisit d'abord de poursuivre son chemin, guettons, prions, demeurons dans la paix : déjà il se retourne et nous cherche des yeux.

Jésus ressuscite Lazare

« Je suis la résurrection et la vie »

(Jn 11, 1-45)

 

« En ce temps-là, il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade. Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? » Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ; mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. » Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. » Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil. Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! » Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! » À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. » Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. » Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré. Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer. Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. »

La mort, la vie. Deux grands mots, deux grandes énigmes pour notre intelligence et pour notre cœur. Instinctivement nous remettons toujours à plus tard notre confrontation avec elles, comme on pousse discrètement vers le bord de l'assiette les morceaux un peu durs, ou comme on laisse s'empiler sur la table des dossiers urgents.

L'épisode de l'Évangile que saint Jean nous fait méditer aujourd'hui vient au-devant de nos craintes et de notre malaise. Il nous permet de regarder un instant sans angoisse la vie et la mort, sur un horizon de paix et d'espéran­ce. Laissons-nous guider par les réactions des deux sœurs, puis par les réponses de Jésus.

Marie et Marie, mariées ni l'une ni l'autre, avaient parfois du mal à harmoniser leurs tempéraments; mais elles se rejoignaient dans une même affection pour leur frère Lazare. Or voilà que Lazare tombe gravement mala­de ; et les sœurs, ensemble, envoient un message à Jésus, un appel admirable d'amitié et de discrétion : "Seigneur, celui que tu aimes est malade". Quel modèle de prière ! Souvent, devant le calvaire des maladies incurables et devant la lente dégradation de ceux qui nous sont le plus chers, nous ne savons pas, nous ne savons plus que deman­der à Dieu. Mais la prière des deux sœurs dit tout, et le dit bien, car elle prend Jésus par le cœur : "Celui que tu aimes est malade".

Une fois Jésus arrivé à Béthanie, chacune réagit à sa manière. Marthe, entreprenante, va au-devant du Maître ; Marie reste assise dans la maison. Mais Marthe, gênée et peinée sans doute d'avoir été seule au rendez-vous, vient dire à sa sœur, tout bas, pour ne pas brusquer son chagrin : "Le Maître est là, et il t'appelle".

L'une après l'autre les deux sœurs, en abordant Jésus, lui disent cette phrase, si souvent échangée entre elles depuis quatre jours : "Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort !", tu l'aurais empêché de mourir ! Elles semblent dire à la fois : "De loin, tu n'y pouvais rien" et "Maintenant qu'il est mort, tu ne peux plus rien !"

Comment va réagir Jésus ?

Retiré depuis quelques semaines au-delà du Jourdain pour ne pas provoquer ses ennemis, Jésus revient à Jérusalem, malgré le danger, et toute son attitude révèle l'authenticité de sa vie affective.

À deux reprises, il frémit intérieurement, en voyant le chagrin de Marie et de ceux qui l'accompagnent, puis lorsqu'il entend quelqu'un dire : "Celui qui a ouvert les yeux de l'aveugle n'a pas été capable d'empêcher Lazare de mourir". Et surtout, devant le tombeau, Jésus pleure, des larmes d'homme, si bien que les gens disent : "Voyez comme il l'aimait !"

Jésus, qui allait librement à sa passion, a connu comme nous tous le tragique de la mort et de la séparation. Mais il regarde plus loin que la mort corporelle, et, pour prouver qu'il a pouvoir sur la vie éternelle, il va redonner à son ami quelques années de vie parmi les siens. À Marthe, qui lui dit : "Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour", Jésus répond en centrant tout sur sa personne de Fils de Dieu : "Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?"

À nous, hommes et femmes du XXIe siècle après sa naissance, Jésus vient dire aujourd'hui: "Crois-tu cela ?" Et il résume en quelques mots le credo de la vie et de la résurrection, ce credo qui est pour nous porteur de paix et d'espérance : la mort n'est qu'un sommeil, dont il nous réveillera ; la vie nouvelle est déjà en lui, déjà offerte, déjà donnée à ceux qui mettent en lui leur foi ; et cette vie-là traversera la mort corporelle, car lui, le Fils de Dieu, qui nous fait vivre avant, nous fera vivre après. Bien plus, notre corps lui-même, ce corps de joie et de misère, aura part à cette vie éternelle, à ce bonheur sans rivage, quand Jésus, le Ressuscité, nous ressuscitera au dernier jour.

Baptisé(e), crois-tu cela ?

Crois-tu, aujourd'hui, que les choses définitives commenceront pour toi quand tout aura cessé ?

Crois-tu, appuyé(e) sur ton Dieu, que son projet de vie englobe toutes nos morts ?

Crois-tu que Jésus, le Ressuscité, donne d'avance un sens à ta mort, et que cela, aujourd'hui, change le sens de ta vie ?

Frères et sœurs, à quelques jours de la fête de Pâques, réchauffons notre foi à la foi de l'Église, et disons comme Marthe, avec la même loyauté, avec la même joie : "Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu venu dans le monde".

Puis, après avoir rencontré notre Sauveur dans cette eucharistie, repartons, plus lucides et donc plus heureux, vers notre tâche fraternelle, vers notre vie de dévouement et de partage, "pour la gloire de Dieu et le salut du monde" ; repartons, comme Marthe, vers ceux que nous aimons, et partageons-leur notre secret, tout bas, pour ne pas les contraindre dans leur liberté:

"Le Maître est là, et il t'appelle".                                                               

Guérison de l'aveugle Siloé

« Il s’en alla et se lava ; quand il revint, il voyait »

(Jn 9, 1-41)

 

En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Jésus répondit : « Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. » Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé.

 

L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? » Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. » Et on lui demandait : « Alors, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? » Il répondit : « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : ‘Va à Siloé et lave-toi.’ J’y suis donc allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. » Ils lui dirent : « Et lui, où est-il ? » Il répondit : « Je ne sais pas. » On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle. Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. » Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés.

 

Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. » Or, les Juifs ne voulaient pas croire que cet homme avait été aveugle et que maintenant il pouvait voir. C’est pourquoi ils convoquèrent ses parents et leur demandèrent : « Cet homme est bien votre fils, et vous dites qu’il est né aveugle ? Comment se fait-il qu’à présent il voie ? » Les parents répondirent : « Nous savons bien que c’est notre fils, et qu’il est né aveugle. Mais comment peut-il voir maintenant, nous ne le savons pas ; et qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas non plus. Interrogez-le, il est assez grand pour s’expliquer. » Ses parents parlaient ainsi parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, ceux-ci s’étaient déjà mis d’accord pour exclure de leurs assemblées tous ceux qui déclareraient publiquement que Jésus est le Christ. Voilà pourquoi les parents avaient dit : « Il est assez grand, interrogez-le ! »

 

Pour la seconde fois, les pharisiens convoquèrent l’homme qui avait été aveugle, et ils lui dirent : « Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. » Il répondit : « Est-ce un pécheur ? Je n’en sais rien. Mais il y a une chose que je sais : j’étais aveugle, et à présent je vois. » Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? » Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ? Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? » Ils se mirent à l’injurier : « C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples. Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. » L’homme leur répondit : « Voilà bien ce qui est étonnant ! Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux. Dieu, nous le savons, n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors.

 

Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui. Jésus dit alors : « Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent : « Serions-nous aveugles, nous aussi ? » Jésus leur répondit : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’, votre péché demeure. »

Les Pharisiens, les parents, l'aveugle: trois réactions différentes au miracle que Jésus accomplit, trois attitudes différentes devant Jésus, lumière du monde.

Les Pharisiens s'enferment de plus en plus dans leur refus.

Au début, ils semblent admettre le fait de la guérison : "Comment as-tu recouvré la vue ? Que dis-tu de celui qui t'a ouvert les yeux ?" ; mais ensuite les plus hostiles accaparent le débat et jettent le doute dans l'esprit des gens : "Après tout, qu'est-ce qui nous prouve qu'il était vraiment aveugle ?"

Lors du dernier interrogatoire, ils ne cherchent plus du tout la vérité. Ils tentent seulement de prendre l'hom­me en défaut, en lui faisant répéter les détails du miracle : "Que t'a-t-il fait ? Comment t'a-t-il ouvert les yeux ?" ; et ils finissent par insulter le témoin. Ils le rendent même coupable de son malheur : "Tu n'es que péché depuis ta naissance, et tu viens nous faire la leçon !"

C'est le drame des Pharisiens : ils croient voir et se ferment à la lumière ; ils croient savoir, et ils le répètent :

"Cet homme ne vient pas de Dieu (puisqu'il guérit le jour du sabbat)". "Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur !" "Nous savons, nous, que Dieu a parlé à Moïse !"

Ils croient savoir, mais deviennent aveugles !

Ne leur jetons pas la pierre. Regardons plutôt ce qu'est devenue dans notre vie, dans notre cœur, la foi de notre jeunesse, et ce que nous faisons, quotidiennement, de la lumière de Jésus.

Notre monde, si beau pourtant, est malade, et il suffit d'ouvrir la télévision ou les journaux pour mesurer à quelle vitesse les ténèbres reviennent dans nos pays et dans nos sociétés, et combien les hommes, responsables ou non, s'aveuglent sur les grands enjeux d'aujourd'hui et de demain.

Jésus propose sa lumière, une lumière toujours douce, mais toujours exigeante; et nous nous accrochons à des habitudes de vie ou à des modes de pensée!

Jésus, aujourd'hui encore, "travaille"(5,17) pour illuminer le monde; mais son message rencontre en nous le doute, la routine, et parfois l'ironie.

Même les parents de l'aveugle ont biaisé avec la vérité :

"Nous sommes certains que c'est bien notre fils et qu'il est né aveugle. Comment maintenant il voit, nous l'ignorons ! Qui lui a ouvert les yeux, nous l'ignorons ! Interrogez-le : il est assez grand ; qu'il réponde de lui-même !"

Les Pharisiens disaient : "Nous savons !"

Les parents disent : "Nous ignorons", et nous ne voulons pas savoir. Quoi ! Leur fils est guéri après tant d'années de cécité, et ils ne veulent pas savoir ! Ils refusent de se compromettre pour lui ! Et cela pour ne pas perdre leur place dans la synagogue ou l'estime de leur quartier ! Comme elle nous rend lâches, la peur, même parfois ceux que nous aimons …

Mais c'est l'attitude de l'aveugle qui doit nous parler davantage au cours de cette montée vers la lumière de Pâques.

D'abord il n'a rien dit. Il a perçu la présence de Jésus devant lui, sans le voir.

Il a entendu ensuite des paroles étranges : "Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde". Mais à quoi bon parler de lumière à un aveugle-né ?

C'est alors qu'il a senti la boue appliquée sur ses yeux, comme si Jésus voulait signifier par là : "Le Créateur a fait l'homme avec la glaise du sol, et moi je le recrée avec un peu de boue".

Et l'aveugle a obéi. Toujours sans rien voir. Il s'est rendu à la piscine de Siloah, la piscine de l'Envoyé, il s'est lavé à la piscine indiquée par Jésus, l'Envoyé de Dieu.

Là encore, rien. Mais au retour, il voyait. Alors il s'est mis en route vers la lumière, vers la source de sa lumière, vers la connaissance de Jésus.

Et ses paroles reflètent bien l'itinéraire de sa foi : il parle d'abord de l'homme qu'on appelle Jésus ; un peu après, il dit : "C'est un prophète !" ; et plus tard il réplique hardiment aux Pharisiens : "Si cet homme n'était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire !"

Quelques instants encore, et l'homme voit enfin, de ses yeux, de ses yeux guéris, Jésus, qui lui a donné pour la première fois la lumière, et même une double lumière: la lumière des yeux et la lumière de la foi.

Et une fois de plus, c'est Jésus qui prend les devants : "Jésus apprit qu'ils l'avaient chassé. Il vint alors le trouver et lui dit : "Crois-tu, toi, au Fils de l'homme ?" ; autrement dit : "Crois-tu à celui qui vient du ciel pour rassembler les hommes en un royaume pour le Père ?"

Et lui de répondre : "Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ?" - "Eh bien, tu l'as vu; c'est lui qui te parle".

C'est notre prière à nous aussi, sauvés de nos ténèbres par Jésus, illuminés au baptême, et compromis courageusement par notre fidélité à l'Évangile :

"Qui es-tu, Seigneur ? Au milieu de ma vie, au début de ma vie, en cette fin de ma vie, révèle-toi à moi, pour que ma foi te réponde !"

L'homme dit : "Je crois, Seigneur" ; et il se prosterna devant lui. 

L'aveugle de Jéricho : « Confiance, il t'appelle ! »

« Alors que Jésus approchait de Jéricho, un aveugle mendiait, assis au bord de la route. Entendant la foule passer devant lui, il s’informa de ce qu’il y avait. On lui apprit que c’était Jésus le Nazaréen qui passait. Il s’écria : « Jésus, fils de David, prends pitié de moi ! » Ceux qui marchaient en tête le rabrouaient pour le faire taire. Mais lui criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! » Jésus s’arrêta et il ordonna qu’on le lui amène. Quand il se fut approché, Jésus lui demanda : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Il répondit : « Seigneur, que je retrouve la vue. » Et Jésus lui dit : « Retrouve la vue ! Ta foi t’a sauvé. » À l’instant même, il retrouva la vue, et il suivait Jésus en rendant gloire à Dieu. Et tout le peuple, voyant cela, adressa une louange à Dieu. »

(Luc 18, 35-43)

« En ce temps-là, tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! » Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! » Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. » L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! » Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. » Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin. »

(Mc 10, 46b-52)

Jésus, avant d'aborder la longue montée vers Jérusalem, traverse Jéricho, dans la vallée du Jourdain, puis il sort de la ville, accompagné d'une foule assez nombreuse, celle des pèlerins qui montaient comme lui, pour la Pâque, à la Ville Sainte. C'est à ce moment précis que saint Marc situe l'épisode de l'aveugle Bar Timée.

Pour mieux saisir et ressaisir ce qui s'est passé, nous allons suivre les faits : d'abord du point de vue de la foule, puis du point de vue de Jésus, et enfin du point de vue de Bar Timée lui-même, avant d'actualiser l'épisode dans notre vie de chrétiens.

Pour la foule, c'est bien simple : Bar Timée est un gêneur. Non seulement il est dépendant des autres pour ses longs déplacements, non seulement il mendie, mais voilà qu'il se met à crier ! Les handicapés sont toujours ressentis comme gênants par les sociétés où règne le confort, même lorsqu'ils ne crient pas, même lorsqu'ils n'ont pas de voix pour se faire entendre. Et le plus grave des handicaps, c'est de ne pas pouvoir accéder à la foi, soit à cause de barrières culturelles, soit à cause des séquelles d'une éducation, soit à cause du contre-témoignage des croyants, ou encore à cause du poids d'une vie de péché.

Combien d'hommes et de femmes, combien de jeunes, sont encore là , au bord de la route, entendant passer ceux qui marchent avec Jésus, ceux qui ont Jésus, ceux qui parfois se servent de Jésus, sans pouvoir faire autre chose que de tendre la main vers un peu d'amitié, vers un regard, vers un moment de dialogue.

Pour Jésus, la présence de l'aveugle Bar Timée va être, une fois de plus, l'occasion d'entamer et de contester l'égoïsme de la foule, l'égoïsme de chacun lorsqu'il est dans la foule.

Pourtant Jésus est, ce jour-là, l'homme de la foule, le héros de la foule. Ces gens qui l'accompagnent, qui l'entourent, qui l'accaparent, sont les mêmes qui vont, à la fin du voyage, l'acclamer à Jérusalem.

Or Jésus, malgré le brouhaha des conversations, entend le cri isolé de l'aveugle. Jésus, en s'arrêtant, fait s'arrêter la foule. Car cet homme, cet aveugle que la foule néglige, et même qu'elle rabroue pour le faire taire, est, aux yeux de Jésus, unique, irremplaçable, et il sera, ce jour-là, le privilégié de son amour.

Jésus, comme à son habitude, va se comporter en éducateur. Il éduque la foule à la charité active ; sans faire aucun reproche à tous ces gens qui passaient sans voir l'aveugle, sans le remarquer, Jésus dit simplement : "Appelez-le". La foule devient ainsi le relais de la charité de Jésus.

Quant à l'aveugle, c'est sa foi qui va être éduquée. Jésus attend qu'il arrive devant lui, et lui demande : "Que veux-tu que je fasse pour toi ?" Cela nous semble évident, mais Jésus sait l'importance de la parole pour cet aveugle : Bar Timée ne voit pas Jésus ; il ne peut rien lire, rien deviner, dans les yeux de Jésus. Il faut que Jésus lui parle pour qu'il y ait communication entre eux deux. Et puis surtout, Jésus veut donner à cet homme la joie d'exprimer sa confiance : "Rabbûnī, que je retrouve la vue !" Rabbûnī : c'est plus et mieux que "rabbī" ; c'est non seulement : "maître", mais "mon maître !"

Nous sommes maintenant à même de revivre cette guérison comme Bar Timée l'a vécue, en nous disant : l'aveugle, c'est moi.

Une grande foule n'est pas toujours une aubaine pour un mendiant ; et Bar Timée aurait pu se résigner ce jour-là. Mais entendant dans la foule parler de Jésus, le prophète de Nazareth, il se met à crier : "Fils de David, Jésus, aie pitié de moi !" Autrement dit : "Jésus, toi qui es le Messie attendu, aie pitié de moi !" Le passage de Jésus à Jéricho, c'est la chance de sa vie : il ne la laissera pas passer. Il a deux minutes pour crier, deux minutes pour attendrir Jésus.

Les instants que nous passons ensemble pour la liturgie de ce matin peuvent être les minutes d'une rencontre intense du Christ. Jésus s'arrête pour nous ; le tout est d'oser crier, d'oser lui faire confiance : "Jésus, aie pitié de moi, ton aveugle".

Bar Timée sent qu'on s'approche de lui, et il perçoit tout à coup quelques paroles, les plus belles que l'on puisse entendre sur terre de la part de compagnons ou de compagnes : "Confiance, lève-toi, Jésus t'appelle !" Rejetant son manteau, il se lève d'un bond : "Rabbûnī, que je revoie !"

Et nous voici, d'un bond, aveugles, devant Jésus que nous devinons sans le voir encore. Aveugles, mais confiants ; aveugles, mais certains que Jésus se rendra maître de notre aveuglement.

Rabbûnī, que je retrouve la vue !

Que je sache reconnaître ta visite, discerner les traces de ton amour, voir ta main qui m'invite.

Que je voie comment me situer en chrétien dans un monde de plus en plus complexe, de plus en plus dur.

Que je sente ton amour et ta fidélité à l'œuvre dans ma vie communautaire, familiale, personnelle.

Que j'aperçoive comment rester constructif là même où les efforts et les intentions sont faussés par les idéologies ou dénaturés par les mass media.

Que je sache voir ton dessein d'amour même lorsqu'il y a à souffrir dans l'Église, avec l'Église, par l'Église, pour l'Église et le salut du monde.

Rabbûnī, que je voie de nouveau par quel chemin rajeunir mon premier amour.

Que je trouve les mots pour témoigner de toi, et les gestes qui enjambent le conflit des générations.

Que je t'entende aujourd'hui me dire : "Va, ta foi t'a sauvé !"

Que je m'attache à tes pas pour te suivre sur la route en "glorifiant Dieu".
 

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